La Fed brouille les cartes

Lors de la dernière réunion du comité de politique monétaire de la Fed (29 et 30 janvier), il a été acté la fin de la normalisation monétaire. Cela correspond à la fin du mouvement de hausse des taux d’intérêt (fed funds) et à un assouplissement, à définir, dans la gestion (réduction) du bilan de la banque centrale américaine.
Le plus étonnant est que la décision a été conditionnée par de possibles chocs extérieurs (Brexit, Chine,..) et non par une situation interne à corriger. C’est la première fois que la Fed prend une telle décision, la normalisation, sans faire directement référence à la situation économique interne.
Le changement d’orientation de la politique monétaire pouvait se faire sur des considérations purement internes plutôt que de faire référence à de possibles chocs externes. C’est ce hiatus qui interroge.

La dynamique lente de l’immobilier neuf en France

Les ventes de logements neufs, en dépit du rebond au T4 2018, sont sur une tendance au repli lorsque l’on regarde la moyenne sur 4 trimestres. Depuis le point haut du T3 2017 (sur la mesure en moyenne sur 4 trimestres), ces ventes ont reculé de plus de 10%. C’est considérable.

Les taux d’intérêt bas ne sont plus le signal permissif qu’ils ont pu être dans un passé récent. La vente de logements neufs, en moyenne, va donc dépendre davantage des conditions de revenus que des conditions de financement. Au regard de la croissance lente attendue en 2019 il n’est pas sûr que sur ces critères on puisse attendre un retournement fort et durable.

Les stocks de logements neufs sont stables lorsqu’ils sont exprimés en mois de vente. Ce délai est plus faible qu’en 2014-2016 lorsque les ventes étaient déprimées mais beaucoup plus élevé que dans la période précédent la crise immobilière de 2008. Les stocks sont à 10 mois de vente contre 7 mois avant la crise. Il n’est pas étonnant que les mises en chantier ne soient plus aussi dynamique.

L’équation immobilière porte sur des stocks moyens, des ventes qui baissent, des constructions en repli, des prix qui continuent de monter et des taux bas qui ne créent plus les incitations passées. Avec une dynamique des revenus limités par une croissance faible, c’est un marché qui n’est toujours pas pour les primo-accédants. La question immobilière reste posée en France

La production industrielle se contracte en zone Euro

Avec le repli de -0.9% de décembre, la production industrielle de la zone Euro recule de -5.3% sur le dernier trimestre (taux annualisé) et de -2.1% sur un an.
Le ralentissement du commerce mondial est une explication que le ralentissement européen a accentué.

On dispose désormais d’une image plus complète de l’activité industrielle en 2018. Les US s’en tirent bien, le Japon est toujours très volatil mais l’Europe se replie rapidement, faute d’une dynamique interne capable de compenser les chocs extérieurs. On retombe toujours sur cette éternelle question d’une dynamique coordonnée pour aller mieux. La dépendance aux impulsions du reste du monde est désormais trop importante et cela est très préoccupant

Brexit – Le coût cumulé est élevé depuis le référendum

Depuis le référendum sur le Brexit en juin 2016, la dynamique de l’économie britannique s’étiole. En témoigne le ralentissement de la croissance en 2018 à 1.4%, le rythme le plus lent depuis 2012 et une allure, comme en 2017, plus lente qu’en zone Euro et qu’en France.

Pour bien percevoir la divergence entre le Royaume Uni d’un côté et la France et la zone euro de l’autre, j’ai calculé une tendance démarrant en 2013 (début de la reprise partout) et se terminant au deuxième trimestre 2016 au moment du référendum.

La tendance de chaque pays est ensuite prolongée en conservant bien sûr les paramètres initiaux. Je calcule alors l’écart (en %) du PIB à cette tendance. Ce sont les trois courbes sur le graphe.

La courbe du Royaume Uni est 2.5% en dessous de sa tendance d’avant référendum. L’écart cumulé depuis le choix des britanniques reflète le coût associé à celui ci avant même que le Brexit ne soit formellement mis en place (le 29 mars 2019 théoriquement).

Dans le même temps, l’accélération de la croissance en zone euro et en France tout au long de 2017 inscrit ces deux pays, region, au dessus de leur tendance d’avant 2016. La France est 1.7% au dessus et la zone euro 0.8%.

En dépit du statut de principal partenaire commercial du Royaume Uni, l’expansion européenne n’a pas bénéficié aux britanniques. C’est un élément très troublant. Néanmoins le ralentissement attendu de la croissance de la zone euro, au delà des effets du Brexit, devrait peser sur la conjoncture outre-Manche et accroître, ex post, le coût du référendum.

Croissance attendue à 0.4% au premier trimestre par la Banque de France

La Banque de France a annoncé attendre une croissance de 0.4% au premier trimestre. N’est ce pas contradictoire avec l’ambiance morose de la conjoncture actuelle ?
La contradiction n’est qu’apparente. Les entreprises sont inquiètes mais à court terme de nombreux éléments plaident pour un rebond de la consommation des ménages. Celle-ci avait été médiocre au cours du dernier trimestre 2018 pour des raisons non directement économiques. Les ménages bénéficiaient pourtant au mois d’octobre de la baisse complète des charges qui avait débuté en janvier. Ils disposaient ainsi d’une hausse significative de pouvoir d’achat qui n’a pas alors été exploitée. Au cours du premier trimestre 2019, on pourra ajouter à cela les mesures d’aides présentées par le président Macron le 10 décembre dernier comme la hausse de la prime d’activité ou les primes versées. En outre, le ralentissement de l’inflation, en raison de la baisse du prix du pétrole, aura aussi un effet favorable sur le pouvoir d’achat.
Pour l’ensemble de ces éléments, la consommation devrait être robuste sur les premiers mois de l’année et tirer le chiffre de croissance à la hausse.

L’incertitude viendra principalement des entreprises. Au dernier trimestre 2018, leurs investissements ont franchement ralenti en raison d’un environnement global peu porteur et parce que l’incertitude sur la situation française était élevée. L’incertitude internationale n’est pas levée et c’est ce que signalent les différentes enquêtes évoquées dans la question. Les incertitudes sociales devraient aussi inciter les entreprises à sursoir leurs dépenses en capital.
Le commerce mondial restera déprimé, les signaux ne suggèrent pas de retournement rapide.

Dès lors le chiffre de 0.4% n’est pas excessif et repose principalement sur le rebond de la consommation

Cette allure de croissance peut-elle durer au cours des prochains trimestres ?  C’est la grande question. Il n’y aura pas d’impulsion en provenance des partenaires économiques de la France. La dynamique industrielle de l’Allemagne s’est dégradée très vite ces derniers mois et va être pénalisante. L’Italie est en récession et ne va pas en sortir rapidement. Le Royaume uni entre dans la zone de turbulence associée au Brexit. Les gains d’exportations liés à de grosses livraisons de matériels de transports ne se renouvelleront pas et de ce fait le commerce extérieur français risque de retrouver une contribution négative. Cela apparaît d’autant plus probable que la demande domestique française, via la consommation et les mesures évoquées plus haut, sera en opposition de cycle par rapport à nos voisins. Cela devrait favoriser les importations et renforcer la contribution négative du commerce extérieur. En outre, en raison des premiers effets des mesures Trump sur le commerce mondial (et asiatique en particulier) on ne peut pas spontanément attendre là aussi un changement de tendance rapide. Le risque est plutôt celui d’un ralentissement supplémentaire des échanges qui pénaliserait tout le monde.

La grande inconnue sera l’investissement des entreprises. Celui-ci dépend toujours et d’abord de la demande anticipée (effet dit d’accélérateur) et ne se réalise complètement que si les conditions financières le permettent. La demande globale adressée aux entreprises va se maintenir à un niveau bas. Les entreprises ne devraient donc pas se précipiter pour accroître leurs dépenses en capital même si les conditions financières sont très favorables. En effet, le double effet CICE-baisse de charges va doper le taux de marge des entreprises. Celui ci reviendra, en 2019, à un niveau très proche de ses plus hauts historiques. Sera-ce suffisant pour créer un boom de l’investissement ? Les entreprises semblent y croire comme le montre l’enquête sur l’investissement dans l’industrie de janvier. Les dépenses des entreprises devraient augmenter de 10% en 2019 après avoir été stables en 2018. Le détail de l’enquête suggère une forte hausse de la demande interne et externe, ce qui me parait être très excessif.

J’ai du mal à anticiper une reprise de l’investissement si la croissance et l’environnement économique sont peu dynamiques. En effet, si la situation reste incertaine, la hausse des dépenses en capital ne sera pas efficace et c’est pour cela que le chef d’entreprise préférera reporter ses dépenses en capital.

En d’autres termes, le chiffre de croissance sera plus proche de 0.3% que de 0.4% dans les prochains mois.

L’arrêt de la normalisation de la Federal Reserve – Ma chronique hebdo

La version pdf de post est disponible ici Ma Chronique du 4 février

La Federal Reserve américaine a décidé l’arrêt de la normalisation de sa politique monétaire lors de sa réunion des 29 et 30 janvier 2019.

Le mouvement de hausse des taux d’intérêt avait démarré en décembre 2015 de façon lente avant de s’accélérer un an plus tard. Les neuf hausses de taux ont fait passer le taux de référence de la banque centrale américaine de 0.25% (haut de fourchette) à 2.5% en décembre 2018. Lors de la conférence de presse, le président de la Fed, à la première question des journalistes, a indiqué que le taux des fed funds était, désormais, dans la zone de neutralité. Il n’y avait plus de biais accommodant et pas de biais restrictif. La confiance que Powell a dans la robustesse de l’économie US suggère que l’arrêt de la normalisation ne peut être perçu comme une pause.

Le mouvement de hausse a été long et peu vigoureux si on le compare, par exemple, au durcissement précédent de la Fed à partir de 2004. La comparaison montre aussi que le taux d’intérêt réel sur les fed funds était à l’époque bien plus élevé que ce qu’il est aujourd’hui. Il est actuellement marginalement au-dessus du niveau observé au début du processus de normalisation, en décembre 2015, contrairement à ce qui a pu être observé après 2004. La contrainte sur l’économie était alors plus marquée. Ce n’est pas franchement le cas dans la situation conjoncturelle actuelle.

La comparaison du niveau actuel du taux d’intérêt réel avec les épisodes antérieurs de resserrement montre que la situation actuelle n’a rien de comparable avec ses épisodes.
Le taux d’intérêt réel en novembre 2018 était de l’ordre de 0.4% (le taux d’inflation de décembre n’est pas encore disponible sur l’indice PCE). Il est bien plus faible qu’en 2006, qu’en 1999 ou qu’en 1990.Cela signale-t-il la fragilité de l’économie US qui ne serait pas susceptible de supporter un taux réel supérieur à 1%?  Ce serait très inquiétant et peu cohérent avec le propos de Jerome Powell indiquant que l’économie US allait bien.

On comprend mal, d’ailleurs, cet arrêt de la normalisation américaine au regard de cette même économie. Le taux de chômage est quasiment au plus bas, il est donc nécessaire à la banque centrale d’être contraignante. Par ailleurs, les prévisions de la Fed pour 2019 et 2020 sont au-dessus de la croissance potentielle US. Ce constat est aussi le consensus des économistes pour 2019 au moins. Dans ces conditions, la politique monétaire doit être plus contraignante pour éviter que la croissance ne soit à terme génératrice de déséquilibres à corriger. C’était d’ailleurs le signal envoyé Powell en 2018. A l’époque il indiquait que la politique budgétaire, trop volontariste pour une économie au plein emploi, devait être compensée par une stratégie monétaire plus restrictive afin de rééquilibrer le policy mix. Lors de sa conférence de presse du mercredi 30 janvier, le président de la Fed n’a pas évoqué cette question, elle a été évacuée alors que l’analyse reste identique. La seule possibilité d’interprétation économique de l’arrêt de la normalisation est soit l’attente d’une dégradation marquée des prévisions lorsqu’elle sera mises à jour en mars. Cela ne serait pourtant pas cohérent avec les propos de Powell. L’autre possibilité est que la Fed finalement fait le nécessaire pour prolonger le cycle économique à tout prix. L’arrêt du mouvement de hausse des taux cherche ainsi à réduire le niveau des taux hypothécaires et soulager le marché immobilier. Le risque est que, l’économie étant globalement encore vigoureuse, un tel mouvement ne se traduise par des déséquilibres qui seront par la suite difficile à résorber. La Fed prendrait ainsi le contre-pied de ce qui a été dit tout au long de 2018. C’est une attitude curieuse.

Le fondement économique de l’arrêt manque de clarté car toutes les interprétations sont possibles. La Fed laisse les investisseurs dans le flou. C’est peut-être le retour d’une politique moins lisible pour les investisseurs afin de pouvoir les surprendre. Les approches de ce type étaient courantes dans la littérature théorique de la politique monétaire il y a bien longtemps. Cela veut dire que le « forward guidance » n’a plus la même valeur que dans un passé récent. En d’autres termes, la logique de la politique monétaire a changé. D’une politique très lisible et réductrice du risque on passerait à un politique où l’interprétation des mouvements de la Fed par les investisseurs sera importante. Cela reste à confirmer mais cela apparaît comme un changement radical de doctrine.

Inflation en repli et activité en berne en janvier

Le taux d’inflation en zone euro ralentit encore au mois de janvier s’inscrivant à 1.4% après 1.6% en décembre 2018.
La principale raison de ce repli est à chercher dans la moindre contribution du prix de l’énergie. De 1% en octobre cette contribution est passée à 0.25% en janvier. Cette contribution va continuer de se contracter pour devenir négative au cours du premier trimestre. Cela traduira simplement le fait que le prix du pétrole en 2019 est plus bas que le prix enregistré en 2018.

Les indices d’activité en zone Euro ont continué d’envoyer le signal d’une activité réduite dans le secteur manufacturier. L’indice pour la zone Euro s’est ainsi inscrit à 50.5 en janvier soit une quasi-stagnation de l’activité par rapport à décembre. L’indice allemand est marginalement en-dessous du seuil de 50 alors que les indicateurs français et espagnol rebondissaient de façon modérée.
Ce ralentissement de l’activité manufacturière va continuer de peser sur la dynamique du commerce mondial. La zone Euro a depuis quelques mois une contribution négative. La zone Euro qui est un partenaire commercial majeur de nombreux pays émergents n’envoie pas un signal fort ni une impulsion positive.