Croissance: le village gaulois résiste

La note de conjoncture de l’INSEE cale de façon plus précise les attentes de l’institut de statistique sur l’allure du premier semestre 2019.
L’activité progresserait de 0.4% au premier et au second trimestre. L’INSEE a légèrement révisé à la hausse son chiffre du deuxième trimestre.
L’acquis pour 2019 serait ainsi de 1.1% à la fin du premier semestre. Pour atteindre la prévision du gouvernement à 1.4% (indiquée par Bruno Le Maire alors que dans la loi de finance la prévision est à 1.7%) il faut qu’à chaque trimestre la croissance du PIB soit de 0.4%. Ce chiffre est aussi celui publié récemment par la Banque de France.


L’articulation de la prévision de l’INSEE se cale sur deux éléments.
Le premier est le rebond de la demande interne au cours des premiers mois de 2019. Sur ce point, tous les experts sont d’accord. Les mesures qui ont été prises sur le pouvoir d’achat devraient être un soutien à la consommation des ménages. Le rythme de progression de celle ci passerait ainsi d’un chiffre moyen par trimestre de 0.125% en 2018 à 0.5% au premier trimestre et 0.4% au deuxième.
Le deuxième élément du cadre dessiné par l’INSEE est celui de l’environnement international. L’institut considère que l’inflexion observée à la fin de 2018 est un trou d’air et que l’environnement va rapidement se rétablir et permettre de retrouver une allure robuste. La demande adressée à la France est inchangée par rapport à la note de conjoncture de décembre. Et c’est un chiffre plutôt solide puisqu’elle progresse de 0.7% au premier trimestre et 0.9% au deuxième alors que le chiffre moyen pour 2018 était de 0.5% par trimestre.
Si effectivement le fort ralentissement du dernier trimestre, qui a conditionné la forte révision à la baisse des prévisions de l’OCDE (de 1.8% à 1% pour la zone Euro) et de la BCE (de 1.7% à 1%), ne se prolonge pas et même s’inverse la conjoncture peut être solide.
Une telle conjecture implique une allure plutôt robuste des exportations puisque le commerce mondial retrouve une trajectoire plus solide. Cela implique aussi un rebond de l’investissement des entreprises qui voient les perspectives de demande s’améliorer et qui profitent des avantages financiers (baisse de charges) pour investir.
Si le choc global est persistant alors l’allure des exportations est moins soutenue et l’investissement est moins dynamique, l’amélioration des conditions financières ne sont que des conditions permissives mais pas décisives lorsque la demande est médiocre.
L’allure de l’emploi sera aussi conditionné par le caractère persistant ou pas du choc.

Si l’on fait l’hypothèse d’un choc plus persistant en provenance du reste du monde alors les chiffres sont moins robustes au delà du saut du premier trimestre et sans être catastrophique la croissance tend vers 1.1- 1.2% et cela ne suggère pas nécessairement une réaccélération de la croissance en 2020 comme le suggère la Banque de France.
L’élément clé sera donc la dynamique globale au-delà des effets budgétaires de court terme liées aux mesures gouvernementales. La Fed, l’OCDE et la BCE s’interrogent sur l’allure que cette dynamique mondiale pourra avoir. La Fed ne veut plus prendre d’engagements (sur l’allure de ses taux d’intérêt et sur la réduction de son bilan) afin de pouvoir répondre à un possible choc global sans avoir les mains liées. Mais la France résiste à cette humeur chafouine.

Sur les premiers mois de 2019, la conjoncture dépendra largement de la demande interne et donc des mesures prises par le gouvernement sur le pouvoir d’achat. Une conséquence immédiate est que le gouvernement ne pourra s’engager dans une politique de réduction des dépenses publiques, étape préalable à une baisse crédible de la fiscalité. Une politique de réduction des dépenses annihilerait les mesures de soutien. Le déficit public restera donc élevé, probablement au mieux autour de 3.5% en 2019.

Huawei versus America

Qui peut, au regard de cette carte, s’attendre à un accord sino américain sur le commerce? La vraie question porte sur le leadership techno ? Huawei a une étape d’avance sur les US.

La carte suggère que la firme chinoise est déjà en négociations avancées avec de nombreux pays de l’Asie à l’Europe en passant par l’Afrique et l’Amérique latine. Dans le même temps, les US s’interdisent de travailler avec Huawei. Le Japon, l’Australie, la Nouvelle Zélande et Taïwan ont fait alliance avec les Etats-Unis.

L’Allemagne a subi récemment des pressions américaines pour ne pas basculer sur des infrastructures Huawei pour le remplacement de son réseau mobile. Les allemands ont passé outre ce qui montre aussi le changement d’équilibre qui pourrait se dessiner au dessus de l’océan Atlantique.

Comment attendre un accord qui validerait la dominance de l’un sur l’autre? De la Chine sur les US?

Il y a ici un risque de choc persistant susceptible d’affecter la conjoncture au delà du trou d’air que tout le monde veut voir pour se rassurer.

Encore un moment, monsieur le bourreau

Le parlement britannique est indécis. Le vote sur la possibilité d’un no deal est très partagé. 321 contre un no deal mais 278 en faveur d’une absence d’accord pour sortir.

La moitié des parlementaires souhaitent une sortie brutale de l’UE. L’idée, soutenue par de nombreux commentateurs, selon laquelle il suffirait d’abandonner la procédure de sortie parce que non populaire est fausse.

Ce qui est intéressant est que le parlement était très en faveur du “remain” juste après le référendum. Cela a pas mal évolué. C’est pour cela qu’un second référendum n’est en aucun cas une garantie d’un retour en arrière.

C’est cela la leçon du vote d’hier soir (mercredi).

Étape suivante ce soir avec le vote sur la demande de délai. Celui ci ne peut courir après le début du prochain semestre européen sinon les anglais devront voter aux élections pour le parlement européen.

Mais d’ici fin juin que peut on attendre de nouveau ? Et la Commission et les gouvernements européens vont ils valider cette prolongation pour pas grand chose.

Cet éventuel report fait penser à Madame du Barry demandant au bourreau le 8 décembre 1793 “Encore un moment monsieur le bourreau”. On sait que l’issue fut fatale.