Interview sur la croissance française

L’économiste Philippe Waechter, Directeur de la Recherche Economique chez Ostrum AM, était ce mercredi à 8h12 l’Invité de la Rédaction.

La Banque de France a publié hier mardi ses prévisions pluriannuelles actualisées… Elles prennent en compte notamment le fort gain de pouvoir d’achat né des mesures prises par le gouvernement suite mouvement des « gilets jaunes ». Philippe Waechter répondait aux questions d’Olivier Cammas…

https://www.radiototem.fr/media/com_podcastmanager/00-24-linterviewdumatin/TOTEM%20-%20L%20INTERVIEW%20DU%20MATIN%20du%2012-06-2019%20%C3%A0%2008h13.mp3

L’emploi progresse vite en France au T1

L’emploi salarié en France augmente très rapidement au premier trimestre. Avec 92800 emplois de plus, ce chiffre est comparable aux points hauts de 2017. La croissance est plus riche en emplois, c’est indéniable et les réformes sur le marché du travail y ont contribué.

Sur un an, l’emploi salarié augmente de 218 600 ce qui est beaucoup plus fort que ce qui était attendu.

Cette hausse de l’emploi va s’ajouter aux mesures sur le pouvoir d’achat et soutenir la demande interne. De la sorte, la croissance devient plus autonome, compensant le risque associé au choc extérieur (fort ralentissement du commerce mondial). L’économie française devient plus robuste.

Le Mexique a cédé face à Trump

Finalement il n’y aura pas d’escalade de taxes à la frontière entre les USA et le Mexique. Les mexicains ont accepté de faire le nécessaire pour limiter les flux de population entre les deux pays. En mai de cette année, 144 000 personnes avaient été repoussées pour passage illégal de la frontière ou par refus des américains. Ce chiffre est le plus élevé depuis 5 ans mais moindre que ce qui a pu être observé dans le passé. Le graphe en annexe est éclairant.

Au delà de ce chiffre, Trump réussit enfin à peser sur les flux migratoires puisque l’on sait que c’est une de ses obsessions. Il avait voulu un mur/frontière entre les deux pays qu’il n’avait cependant pas réussi à financer. Il avait ensuite demandé un effort au Mexique pour limiter le passage de produits illicites à la frontière. Il avait aussi évoqué la taxe à 25% sur les automobiles pour faire changer les comportements du Mexique. Cela n’avait pas été suffisant.
Le mécanisme de taxe de 5 % supplémentaire chaque mois (à partir du 10 juin jusqu’en octobre soit 25% de taxe à la fin) sur l’ensemble des importations américaines du Mexique a été la menace suffisante même si cette mesure avait peu de soutien chez les républicains et même à la Maison-Blanche (Mnuchin et Kushner y étaient opposés).

Trump et sa stratégie du bulldozer sortent grand vainqueur de l’opération. Le président américain réussit à infléchir les flux migratoires et à faire porter le coût de l’opération au Mexique. En effet, le Mexique servira d’antichambre pour les migrants voulant arriver aux USA. Cela veut dire qu’il faudra les prendre en charge au Mexique ou faire le nécessaire pour interdire les sud-américains de passer par le Mexique pour entrer aux USA. Le coût sera durablement élevé et porté par le Mexique.

Les comportements basés sur la menace du plus fort pose de nombreuses questions.

Des relations bilatérales peuvent-elles être viables si elles reposent sur la défiance et la menace.

On observe qu’une telle stratégie ne fonctionne pas avec la Chine dont le développement est moins dépendant des USA que le Mexique.

La question maintenant est de savoir comment les Etats-Unis vont se positionner vis à vis de l’Europe notamment dans le rôle pivot qu’aura l’Europe dans la redéfinition de l’équilibre politique global. Les derniers développements des relations entre les trois zones montrent des espaces de discussions très importants et l’absence d’une position commune entre les trois régions, ni même de positions bilatérales communes face au troisieme. Les USA ne réussissent ainsi pas à contraindre l’Europe vis à vis de la Chine. C’est un élément majeur pour l’Europe et sa capacite à influencer le monde. (voir ici)

Graphe en annexe

Une BCE trop restrictive

Mario Draghi a déclaré que la BCE était prête à agir si nécessaire. Mais il ya quelque chose que je ne comprends pas: la BCE a révisé à la baisse ses prévisions de croissance et d’inflation pour cette année et les deux prochaines années. La croissance devrait à peine converger pour atteindre 1,4% en 2021 et le taux d’inflation devrait être de 1,6% pour la même année (beaucoup moins que l’objectif de la BCE).

Cela peut-il être rassasiant? Non, ce niveau de prévisions est trop bas. Cela signifie que la zone euro n’a pas été en mesure d’amortir le choc négatif externe. Si la politique monétaire laisse encore une marge de manœuvre, cela signifie que la position actuelle est trop restrictive. Les prévisions actuelles concernant les futures mesures de politique monétaire ne suffisent pas pour inverser la tendance. Besoin de plus