Brexit – Ouverture sur l’inconnu

La défaite de Theresa May au parlement britannique est historique avec un écart de 230 voix (432 voix contre vs 202 pour).

Le texte qui avait été validé, au mois de Novembre, par le gouvernement britannique et la Commission Européenne ne sera pas le canevas de la nouvelle architecture européenne.

Que peut il se passer ? On a tous en tête un schéma tel que celui proposé par l’AFP. La partie gauche a été rejetée par le parlement ce soir. Il reste la partie droite du schéma.

Au delà du plan B que Theresa May doit présenter dans les trois jours et que visiblement elle n’a pas, le Royaume Uni va entrer en terre inconnue car il n’existe pas de solution triviale.

La question est de savoir qui va porter le gouvernement britannique car l’idée générale est que Theresa May doit partir. En effet, Theresa May peut elle être encore crédible après sa terrible défaite ? En aura t elle la volonté ? Que peut elle apporter désormais alors qu’elle a mis toutes ses forces dans la bataille?

On peut imaginer des élections générales mais qui prendra le 10 Downing Street ? Theresa May ? Un brexiter ? Ou Jeremy Corbyn? La première a un problème de crédibilité, alors qu’aucun brexiter ne veut le pouvoir tant que la question du Brexit n’est pas réglée et que la gauche britannique ne souhaite pas Corbyn à ce poste car il est trop extrême. Cela pose la question ainsi de qui pourrait endosser la responsabilité d’un deuxième référendum.

On peut imaginer une extension de l’article 50 mais pourquoi faire ? L’UE ne voudra pas bouger, à juste titre, et les britanniques ont déjà essayé de négocier le meilleur accord pour eux. La seule raison qui pousse dans ce sens est l’idée qu’in fine la raison l’emportera et que les britanniques renonceront au Brexit.

Reste la renonciation unilatérale de la procédure et qui serait portée par le Parlement ou le Brexit sans accord.

L’incertitude reste entière n’est pas prêt d’être levée car Theresa May va probablement s’accrocher à son poste alors qu’elle n’a plus la main.

Ralentissement en zone Euro: Pourquoi ? Ma Chronique du mardi

Ce post est disponible en version pdf Ma chronique du 15 janvier

L’économie de la zone Euro ralentit et pourrait même voir son activité se contracter autour de la fin de l’année 2018 en raison des récessions allemande et italienne et de la très faible dynamique constatée en France. Ce changement d’allure est plus rapide que ce qui était anticipé en début d’année 2018. A l’époque, après une croissance très robuste l’année précédente, il était attendu le maintien d’un rythme d’expansion proche : pas d’accélération mais une progression toujours rapide de l’activité. Cela permettait d’anticiper une croissance plus endogène, via l’emploi, les revenus et l’investissement provoquant alors un processus plus autonome susceptible d’immuniser en partie la conjoncture de la zone en cas d’éventuels chocs extérieurs.
C’est cette accélération à la baisse qui est troublante car de solide, la situation de plusieurs pays est devenue fragile. C’est le cas de l’Allemagne pour qui le commerce extérieur est désormais un frein à la croissance, c’est le cas en Italie ou en France où la demande interne n’a plus l’allure souhaitée.

D’où vient cette perception d’une dégradation rapide de la conjoncture en zone Euro ?
Le premier signal que tous les conjoncturistes ont noté est le repli très rapide des indices d’activité mesurés à travers les enquêtes menées auprès des chefs d’entreprise. D’un point haut situé au dernier trimestre 2017, l’indice synthétique s’est replié rapidement et de façon monotone tout au long de l’année 2018. Il n’a pas été constaté de rebond. C’est ce que l’on voit sur l’indice Markit de la zone Euro pour le secteur manufacturier. Cet indicateur en phase avec le commerce mondial ralentissait franchement et durablement. Cette allure s’est accompagnée d’un repli des commandes domestiques et externes. Cette alerte est majeure compte tenu du rôle de l’industrie manufacturière dans la dynamique du cycle économique. C’est une source d’impulsion pour l’ensemble de l’économie. Les services n’ont pas ce rôle de locomotive. C’est pour cela que les économistes avaient, tout au long de 2018, les yeux braqués sur ce type d’indice.

Production industrielle en berne en Europe


On a connu des périodes plus fastes que 2018 pour la production industrielle. Cela reflète le ralentissement du commerce mondial et une dynamique interne à l’Europe qui manque de robustesse. Comment inverser la tendance sera la question clé pour 2019? La croissance va ralentir aux USA et en Chine pénalisant la dynamique du commerce mondial et j’ai du mal à anticiper que les européens trouvent une dynamique commune à la veille d’élections européennes qui risquent de mettre à jour des hétérogénéités fortes entre les pays membres quant à leur volonté de renforcer l’efficacité de la construction institutionnelle de la Zone Euro ou de l’Union Européenne. Il y a une inquiétude sur l’allure des prochains mois.

Message des ménages français: no future

Pour les ménages français, le futur s’est assombri depuis 2 mois. L’indice de confiance des ménages a plongé et la perception des ménages quant à leur propre situation ou celle de l’ensemble des français est à un niveau très bas, pas forcément très différente de celle observée lors de la période après le choc Lehman de 2008/2009.
Il y a là une mesure du ressenti de ce qui se passe en France actuellement. La différence est qu’en 2008/2009 le choc était extérieur et d’une certaine manière il suffisait d’attendre pour que les effets s’estompent.
Aujourd’hui le choc est endogène, il a sa source dans la dynamique même de la société française. Quand on observe l’évolution sur un an de l’indice de confiance des ménages on constate que le choc est plus fort qu’à l’hiver 1995 lors du blocage de l’économie française.
La conséquence est que les ménages n’arrivent plus à se projeter dans l’avenir. La perception de leur propre situation est très dégradée conduisant à un comportement plus attentiste entraînant alors une dégradation de la conjoncture et une dynamique s’inscrivant dans un cercle vicieux.
Pour en sortir, le gouvernement doit proposer des mesures en rupture susceptibles de modifier très vite la perspective de chacun afin d’éviter des dérives politiques dramatiques. C’est lui qui en a la responsabilité et ce n’est certainement pas en accentuant la pression fiscale que la solution sera trouvée.

Récession en zone Euro ?

L’horizon s’assombrit plus vite qu’on ne l’imaginait en zone Euro.
Les chiffres allemands publiés ce matin (8 janvier) suggèrent que l’économie d’outre-Rhin tend vers la récession (son PIB avait déjà reculé en T3).
L’Italie, avec aussi un PIB en repli au T3, a des signaux négatifs via les enquêtes auprès des entreprises. Elle est aussi probablement en récession. L’économie française manque de vigueur, les troubles sociaux pèsent lourds sur la dynamique macro.
En d’autres termes, 65 % de la zone Euro est probablement en repli au dernier trimestre 2018 (les replis allemand et italien ne compensent pas la faible hausse de la France). Cela crée une dynamique médiocre et une vraie inquiétude pour l’allure de la croissance de la zone pour les mois à venir. 
Dans un contexte où l’inflation sera réduite, cela se traduira par une croissance nominale médiocre qui n’aura pas la capacité à créer et distribuer des revenus.
Une meilleure coordination de la politique économique est une condition nécessaire (mais probablement pas suffisante) pour retrouver une trajectoire satisfaisante. Hélas, on n’en prend pas le chemin. Les deux vice-premiers ministres italiens soufflent sur les braises françaises et n’incitent pas à imaginer un avenir serein.