Etats-Unis – Zone Euro: La dynamique de l’activité est elle comparable?

Le chiffre de croissance de la zone Euro a surpris à la hausse. Cela modifie le profil du PIB de la zone Euro mais comment se compare-t-il à celui observé aux Etats-Unis?
Ces derniers ont connu une reprise plus rapide que celle de la zone Euro et il est important de savoir comment la zone Euro se positionne par rapport à eux. On peut faire une comparaison directe mais on peut également faire une comparaison à partir de la tendance qui était observée avant la crise tant en Zone Euro qu’aux USA. On s’apercevra alors que la différence entre les deux économies n’est pas si importante.
J’utiliserai trois graphiques pour faire la comparaison et l’indicateur de référence sera le PIB en volume.

Le premier graphe est une comparaison du profil du PIB entre les deux économies.
Pour simplifier la comparaison des deux économies j’ai mis en base 100 chacun des deux PIB au premier semestre 2008 soit avant la rupture liée à la faillite de la banque Lehman.
On observe un profil commun pendant la rupture de 2008 et durant la reprise de 2009/2010 mais une divergence marquée à partir de 2011. L’économie américaine est alors portée par des politiques monétaire et budgétaire très accommodantes. La dynamique interne de la zone Euro (crise de la dette, politique d’austérité pesant sur la demande, remontée des taux d’intérêt de la BCE) est le facteur explicatif de cette divergence.
La divergence est flagrante et on constate que le PIB américain est, à la fin du 2ème trimestre 2013, 4.8% au dessus de son niveau d’avant crise alors que celui de la zone Euro est, au même moment, 2.8% au-dessous de ce niveau. L’écart est considérable et traduit bien une économie américaine qui va mieux, qui est sortie de la récession et pour laquelle Ben Bernanke envisage une sortie progressive de la politique monétaire très accommodante via la réduction du montant des actifs financiers achetés chaque mois. En revanche après 6 trimestres de repli, l’économie de la zone Euro a un rebond peu perceptible sur le graphe et reste encore sur un niveau d’activité qui ne peut pas être compatible avec un retour rapide du plein emploi. La position dans le cycle n’est clairement pas la même et le rebond du deuxième trimestre en zone Euro n’améliore pas la situation puisqu’il correspond à un rythme de croissance inférieur à celui constaté aux USA sur la même période (1.1% en taux annualisé en Zone Euro et 1.7% aux USA).

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Dans le deuxième graphe je relativise chaque trajectoire en mettant une période plus longue et en intégrant une tendance calculée de 2000 jusqu’au point haut de 2007/2008. Elle traduit l’orientation à moyen terme de la croissance sur les premières années de la précédente décennie. Pour les Etats-Unis, la progression de l’activité mesurée par cette tendance était de 2.7% par an alors que pour la zone Euro le rythme était un peu plus faible à 1.9%. 
Cette tendance est prolongée ensuite jusqu’au deuxième trimestre de 2013. Ce prolongement reflète l’évolution qu’aurait pu avoir les économies de la zone Euro et des Etats-Unis s’il n’y avait pas eu de récession en 2008 (Je ne refais pas l’histoire et ce n’est pas non plus pour gommer les facteurs ayant provoqué la rupture de 2008, mais c’est intéressant et pertinent à titre heuristique).
On constate alors qu’en dépit du rebond très marqué de l’économie américaine son PIB est encore très loin d’avoir effacé l’impact et le coût de la récession de 2008. Dans le graphique ci-dessous la courbe du PIB US (courbe rouge) est encore très en-dessous de la tendance (rouge clair). C’est une différence avec l’Allemagne qui est très proche de sa tendance de long terme (voir ici le 3ème graphe) et avec de nombreux pays émergents. Ce retard peut aussi se lire dans le profil des créations d’emplois puisque le niveau de l’emploi est encore inférieur à celui constaté en décembre 2007. C’est la première fois depuis la 2nd guerre mondiale que le marché du travail se rééquilibre aussi lentement (voir le 4ème graphe mis en annexe tout au bas de l’article).
En d’autres termes au regard de la dynamique qui était observée dans la période pré-crise les Etats-Unis  n’ont pas encore retrouvé une allure capable d’engendrer rapidement des tensions sur l’appareil productif. Cela pose aussi la question de la capacité de l’économie américaine à retrouver une allure de croissance rapide et parfois brutale comme cela avait été souvent observé dans le passé, notamment à la sortie de la récession de 1982 qui avait été la plus forte avant celle ci. On voit bien la différence dans le 5ème graphique en annexe. La reprise s’était trauite par une accélération brutale en 1983/1984 qui avait replacé l’économie sur une trajectoire plus élevée. Cela n’a pas été le cas dans la période récente d’où l’écart qui ne s’est jamais réduit. C’est probablement une mesure de la spécificité de la crise financière puisque la demande interne américaine pénalisée par une dette privée excessive n’a pas pu rebondir comme par le passé.
La zone Euro qui a connu une récession longue de 6 trimestres depuis les 3 derniers mois de 2011 jusqu’au 3 premiers de 2013 s’écarte de sa tendance de long terme. Le coût de la récession est élevé et le reste car à 1.1% (en taux annuel) la progression du PIB du deuxième trimestre il n’y a pas eu de convergence vers la tendance (qui progresse au rythme de 1.9%).

ZE-US-Comp-PIB-1Ni la zone Euro ni les Etats-Unis n’ont été capable de rebondir suffisamment pour converger vers leur tendance d’avant crise. L’activtié américaine continue de progresser même si c’est à un rythme plus faible qu’avant la crise. Depuis le point bas de 2009 le PIB américain augmente au rythme de 2.2% soit 0.5% moins rapidement que la tendance observée avant la crise. En zone Euro l’actvitié s’est contractée notamment depuis 2011 s’écartant ainsi encore davantage de sa tendance d’avant crise. Depuis le point bas de 2009 l’activité progresse au rythme de 0.7% soit 1.2% en dessous de la tendance observée avant la crise.
Un dernier graphique de comparaison porte sur l’écart entre l’évolution du PIB et sa tendance d’avant crise prolongée jusqu’au 2ème trimestre 2013. Cela donne une vision différente du coût associé à la récession et à la persistance de ce coût. Avant la crise le PIB s’enroule autour de sa tendance mais après la récession de 2008/2009 l’écart se creuse sans jamais se réduire que l’on soit aux Etats-Unis ou en Zone Euro.
Dans les deux régions le ryhme de reprise est plus faible que la tendance antérieure et de ce fait l’écart avec la tendance d’avant crise s’écarte inéxorablement.
Au début de l’année 2013, l’écart à la tendance pour les deux économies est comparable. Le retour à la dynamique d’avant crise sera très longue y compris aux Etats-Unis. Si en Europe on souhaite mettre en oeuvre des réformes structurelles pour doper la croissance à moyen et long terme ce n’est pas le cas des Etats-Unis et il y a peut être des interrogations à avoir sur ce point.
Juste une dernière remarque pour la zone Euro: à la fin des années 80 et à la fin des années 90 le taux de chômage a reculé et l’emploi fortement progressé lorsque la croissance avait pu s’installer au delà de sa tendance de long terme. Cela voudrait dire une reprise de l’ordre de 3 à 4 % dans la zone Euro pour se caler sur une trajectoire plus verteuse. Il est là l’enjeu et le défi.

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Annexe
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usa-comparaison-1983-2013