Trois graphes sur la demande mondiale de pétrole

(Une erreur s’était glissée dans le premier graphique dans la partie grisée. Elle a été corrigée sur le graphe et sur le document associé.)

La dynamique du marché du pétrole a changé. Le poids des pays émergents dans la demande de pétrole est aujourd’hui au moins équivalent à celui des pays industrialisés. Ce bouleversement reflète le changement d’équilibre de l’économie mondiale au cours des premières années du 21ème siècle. Au regard de l’évolution de ce marché et en raison de ce qu’il reflète en termes d’activité économique, il traduit bien un changement dans le rapport de force entre pays industrialisés et émergents.

C’est une mesure pas une explication mais elle permet de mieux appréhender le monde qui change. En outre le rôle majeur de la demande des émergents implique un prix dépendant davantage de leur comportement que de celui des pays industrialisés. Cette dépendance est nouvelle depuis le milieu de la première décennie des années 2000. La longue période de croissance limitée des pays industrialisés a renforcé ce phénomène et peut aussi permettre de comprendre la volonté américaine de développer le gaz et le pétrole de schiste pour se soustraire au moins partiellement à cette contrainte.

 Trois graphes complémentaires permettent de bien percevoir cette mutation.

Le premier retrace la part des pays OCDE et non-OCDE dans la demande mondiale de pétrole. Jusqu’au début des années 2000 et l’irruption de la Chine le partage était très en faveur des pays de l’OCDE. Ceux-ci représentaient environ 65 % de la demande alors que les pays non-OCDE ne faisaient que 35% environ. Au début des années 2000, la Chine entre de plain-pied dans l’économie globale après son adhésion à l’Organisation Mondiale du Commerce (11 décembre 2001) et brutalise l’équilibre préexistant. A partir de ce moment-là la demande des pays non-OCDE s’accroit très rapidement pour se comparer désormais à celle des pays de l’OCDE. En reprenant les projections de l’Agence Internationale de l’Energie on observe qu’en 2014 la part des pays non-OCDE sera supérieure à celle des pays OCDE.
 pétrole-partage-OCDE-nonocde

Ce changement a été rapide et reflète principalement l’effet chinois. En ôtant le poids du pays de l’Empire du Milieu la demande des pays non OCDE est passée de 30% au début des années 2000 à près de 38% en 2013. C’est une progression remarquable mais insuffisante pour expliquer et comprendre la hausse rapide du poids des émergents dans la demande mondiale.

Le deuxième graphe représente simplement le poids de la Chine dans la demande mondiale. Depuis 1994 cette part a été multipliée par 3 pour atteindre actuellement 12%. A titre de comparaison celle des USA est de 20.7% au deuxième trimestre 2013 et celle de l’Europe de 15.3%.

 Pétrole-Poids de la Chine

Le troisième graphique montre la contribution de chaque groupe à la croissance de la demande mondiale. C’est une autre façon de scruter la dynamique du marché déjà aperçue dans le premier graphique.

Pétrole-dynamique de la demande

Depuis le milieu de la première décennie des années 2000 la contribution des pays non-OCDE est bien supérieure à celle des pays de l’OCDE. Cela traduit à la fois la faible croissance et une efficacité énergétique plus élevée des pays industrialisés. Mais cela dénote aussi le fait que la dynamique de croissance s’opère principalement dans les pays émergents. En d’autres termes, les fluctuations du prix de l’énergie sont dépendantes du profil de croissance des émergents. Cela peut être dès lors une incitation majeure pour chercher des sources alternatives et plus autonomes d’énergie. Les choix et les orientations mises en œuvre pour desserrer cette contrainte sont très différents d’un pays à l’autre. Les choix américains sur le gaz de schiste est une réponse. Aux européens de trouver la leur.

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