Davos, Trump, Chine et croissance française – Ma chronique du lundi

L’équilibre mondial change sous l’impulsion des chinois qui veulent établir des ramifications différentes dans la globalisation. L’Amérique tente de réagir à Davos et la Maison Blanche s’aperçoit que l’Amérique a besoin de ses partenaires pour retrouver de la puissance. La croissance française bute sur des contraintes physiques. Le rythme de 2% est un pic à court terme au moins. 

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Situation étonnante à Davos la semaine dernière puisque le président américain a fait machine arrière sur le commerce mondial et sur son modèle de l’économie global. Dans ce message la Maison Blanche indique qu’elle ne considère plus l’économie comme un jeu à somme nulle contrairement à ce qui avait été évoqué jusqu’alors. On se souvient que dès le discours d’investiture il y a un an Donald Trump avait clairement évoqué la nécessité de rapatrier aux USA tous les emplois, notamment industriels, afin d’en faire profiter l’ensemble des américains.  Cette vision du monde avait une conséquence majeure sur la politique commerciale  puisqu’il n’était pas imaginé la possibilité d’une dynamique coopérative avec d’autres pays ou d’autres régions du monde. C’est le développement de cette idée qui conditionne la probabilité d’une guerre commerciale avec une montée forte des contraintes douanières.

Dans son discours à Davos, Trump a altéré en profondeur son approche indiquant que “America first does not mean America alone” (L’Amérique d’abord ne signifie pas l’Amérique seule). En d’autres termes, l’Amérique ne peut pas réussir seule. C’est un changement majeur de la Maison Blanche. L’Amérique ne peut pas, ne doit pas négliger ses partenaires de longue date s’il est souhaité que l’Amérique redevienne forte..
Cette annonce vient éventuellement en contradiction avec les hausses de tarifs douaniers mis en place la semaine dernières sur les panneaux solaires et les machines à laver en attendant d’autres mesures sur l’aluminium et la propriété intellectuelle.

La lecture de ce qui s’est passé à Davos suggère que la stratégie de la Maison Blanche a changé sous la pression de la Chine. Xi Jinping n’était pas présent en Suisse mais les discussions les plus intenses ont semblé provenir d’émissaires chinois. L’objectif est de développer et d’accroître les ramifications du programme « Belt and Road » mis en place à partir de 2013 par la Chine et dont l’objectif est de dessiner le commerce mondial à partir de l’Empire du Milieu. Cette question avait été évoquée par Emmanuel Macron lors de son récent voyage en Chine autour de la Route de la Soie. Des discussions ont eu lieu à Davos sur le développement de ce programme en Amérique Latine.

La Chine souhaite mettre en œuvre un réseau international qui ne passe pas nécessairement par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). La discussion sur la Route de la Soie avec la France semble avoir été davantage unilatérale, la Chine indiquant ce qu’elle souhaitait et voulait, que bilatérale. Avec cela à l’esprit, l’attitude de Donald Trump avec ses partenaires commerciaux ne pouvait plus être celle du jeu à somme nulle car c’était prendre le risque d’isoler encore davantage les Etats-Unis.

Le bras de fer va se jouer entre Washington et Pékin. L’Europe incarnée par le beau discours d’Emmanuel Macron à Davos semble un peu hors-jeu. Le président français a prôné des solutions globales pour traiter de nombreuses questions macro globales comme la pollution, la répartition des revenus, le terrorisme et de nombreux autres sujets. Il a raison d’aller dans ce sens mais cela ne semble pas être forcément la préoccupation première des deux géants que sont les USA et la Chine.
L’Europe doit aller au-delà des principes et s’inscrire dans ce débat sur la configuration du commerce mondial. Pour l’instant elle semble un peu ailleurs et c’est aussi pour cela que des réformes sont nécessaires.

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Le deuxième point que je voulais aborder cette semaine porte sur la croissance française. Elle sera proche de 2% en 2018. Pourtant il n’est pas imaginable qu’elle puisse aller au-delà à court terme. La raison principale est que la croissance française bute sur ses capacités physiques à aller plus vite.
L’enquête de l’INSEE du mois de janvier 2018 est pertinente pour appréhender cela. Elle indique que les difficultés de recrutement s’accroissent très vite dans l’industrie, que les goulots d’étranglement se multiplient et que le taux d’utilisation des capacités de production (TUC) ne pourra pas augmenter beaucoup plus que ce qui est constaté actuellement comme le montre le graphe. Le TUC est proche de ses plus hauts cycliques. On ne peut pas utiliser davantage les machines que ce que l’on fait actuellement.
Cela montre la nécessité d’investir pour relâcher les contraintes sur l’appareil productif français. Les difficultés de recrutement obligent à accélérer les mesures prévues sur la formation et l’éducation. Cela implique aussi que si l’objectif est de desserrer les contraintes sur l’appareil productif il faudra, à court terme, aller chercher des ressources à l’étranger.

France-2018-T1-TUC

La France paie le prix d’une dynamique qui a été trop limitée depuis 2011. Dans un monde qui change très vite, la France a parfois donné le sentiment de rester statique et de prendre du retard. Dans cette phase où l’Histoire s’accélère, les contraintes qui pèsent sur l’appareil productif obligent à créer une dynamique nouvelle et une trajectoire plus élevée que celle qui s’observe naturellement. Le nouvel équilibre global entre les USA et la Chine, le rôle majeur désormais des pays émergents ou encore les innovations technologiques et la digitalisation obligent à être plus réactif et plus volontariste.
Il faut donc être capable de s’adapter rapidement. Ceci est d’autant plus important que la France, comme les autres pays développés, connait désormais une croissance tendancielle  désormais réduite, bien plus faible que celle qui était constatée avant la crise de 2008. Il faut donc être attentif à l’environnement et se donner les moyens institutionnels pour profiter de la moindre risée d’expansion.
La France doit s’inscrire dans ce mouvement pour continuer d’être une économie robuste et influente. Les ordonnances sur le marché du travail vont dans ce sens et le programme de Rupture Conventionnelle Collective s’inscrit dans cette logique, celle de pouvoir rapidement changer son fusil d’épaule.
Les entreprises doivent pouvoir adapter très rapidement leur outil de production à un monde dont l’équilibre évolue de plus en plus vite.