Italie, Pétrole – Ma chronique du lundi

Les prochaines élections générales en Italie seront centrées sur l’euro et l’appartenance de l’Italie à la zone Euro. C’est la conclusion que l’on peut faire du refus, à juste titre, du président italien, Sergio Mattarella, de valider un gouvernement qui aurait été dominé par la Ligue dont on connait le peu de goût pour l’Europe et ses institutions.
Ce qui effraie est que les italiens ne sont plus fans de la zone Euro. Dans le dernier sondage (Octobre 2017) Euro-baromètre de la Commission Européenne, 40% pensent que l’Euro est une mauvaise chose pour l’Italie contre 25% pour la zone Euro et pour la France. Seulement 45% trouvent que c’est un facteur positif pour l’Italie contre 64% en moyenne dans la zone Euro et en France. On voit bien que la question européenne, qui avait eu un rôle très important dans la campagne électorale française au printemps 2017, ne repose pas sur les mêmes ressorts en Italie. Près de la moitié des italiens sont sceptiques quant à l’intérêt de la monnaie européenne. C’est une vraie différence.

Ne doutons pas que la Ligue fera campagne sur ce thème et que ce sera la source de la polarisation de la politique en Italie. La question dès lors est de savoir qui incarnera le soutien de l’euro dans l’ensemble des partis italiens? Le Parti Démocrate serait légitime de le faire mais avec qui? Peut on imaginer le Forza Italia de Berlusconi être le fer de lance d’une campagne pour l’euro?
Un point particulier est que l’action de Mattarella ne peut fonctionner qu’une fois. Il ne pourra pas s’opposer éternellement à un gouvernement qui veut se positionner contre l’euro et l’Europe.  C’est une fragilité de la situation actuelle qui doit inciter à la mobilisation en Italie.

Cette situation est différente de celle de la Grèce car il n’y a pas de troïka en Italie contrairement à la Grèce. La BCE, le FMI et la Commission Européenne ne sont pas à Rome pour gérer l’économie italienne contrairement à ce qui se passait à Athènes. Les marges de manœuvre du gouvernement Tsipras étaient ainsi au mieux très faibles.
Pour l’Italie ce serait un choix politique sans réel contrôle de Bruxelles et de la Commission Européenne. Et puis la taille n’est pas la même. L’Italie est la troisième puissance économique de la zone Euro. Une sortie de la zone aurait des effets déstabilisants à tous les étages de la construction européenne mais nous ne sommes pas là. Il reste quelques mois pour altérer la perception actuelle.

La crise italienne n’est pas non plus une réminiscence de la crise des dettes souveraines de 2011/2012. A l’époque, de nombreux pays de la zone Euro avaient subi un choc considérable, conséquence de la chute de Lehman. La dette publique avait progressé très vite, les déficits publics augmentaient fortement et les banques étaient empêtrées dans des portefeuilles composés en très grande partie de dettes publiques dont le prix se dépréciait. La question alors était de savoir comment et à quelle vitesse les pays concernés pouvaient sortir de cet ajustement multidimensionnel. La réponse la plus simple a été de plonger de nombreux pays en récession (l’idée de la purge est toujours un succès alors que cela ne marche pas mais cela donne le sentiment, totalement erroné d’aller dans le bon sens). L’idée d’une sortie de la zone Euro n’était pas majoritaire loin de là et c’est pour cela que beaucoup ont accepté les sacrifices. Puis Mario Draghi est arrivé à temps, avant la décomposition de la zone, en donnant à la BCE le rôle de prêteur en dernier ressort.
Aujourd’hui en Italie, la situation économique est très précaire pour des raisons que j’ai déjà évoqué ici avec une inclination à la sortie de la zone Euro.  Le ressort n’est pas le même. La crise politique espagnole que l’on observe après les tensions du week-end traduisent principalement les interrogations relatives à la crédibilité de Mariano Rajoy à la tête de l’Etat espagnol. L’euro n’est pas du tout remis en cause dans le sondage Euro-baromètre. Seulement 23% des espagnols considèrent que la monnaie unique est un facteur négatif pour l’Espagne (65% favorable).  En outre, la dynamique économique de l’Espagne n’est pas comparable à celle de l’Italie (voir le premier graphe ici).
Le seul risque, et il est important, est que vue de loin, l’Italie et l’Espagne soient perçus comme identiques.

L’Italie va se ranger sous un gouvernement technique. Mario Monti entre fin 2011 et début 2013 présidait aussi un gouvernement technique. Il n’est pas certain qu’il ait laissé un bon souvenir comme le montre le graphe. Il n’est pas responsable de tout mais justement c’est le piège d’un gouvernement technique qui ne peut pas franchement prendre de décisions fortes pour provoquer une rupture.
Cottarelli, incarnation de la rigueur budgétaire, ne pourra pas avoir de majorité.
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La situation italienne sur les marchés s’était améliorée en début de journée. Mais cela s’étiole et le spread avec l’Allemagne s’accroît désormais très vite vers 230 bp.
Au regard des risques, les marchés financiers ne « pricent » pas un risque élevé car les investisseurs ont tendance à penser qu’une solution raisonnable sera prise finalement et qu’en conséquence il n’est pas nécessaire de faire des paris excessifs. C’est peut être cette posture qui est excessive.
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Sur le pétrole
Le prix du pétrole se détend depuis la fin de la semaine dernière. Les pays de l’OPEP sont prêts à accroître leur production et à ne pas stresser le marché outre mesure. Ce qui est intéressant dans le marché pétrolier actuel est que la demande est solide compte tenu de la robustesse de la croissance mondiale. Dès lors toute nouvelle sur le marché a un impact sur le prix. Le graphe ci-dessous montre que les ruptures sont observées lors de décisions bien précises. Par le passé, lorsque l’Arabie, la Russie et quelques autres s’étaient mis en tête de réduire la production cela n’avait pas eu d’impact car la demande était encore médiocre. Ce n’est plus le cas et cela change l’allure du marché. Cela veut dire que l’on ne va pas directement vers 100 dollars le baril. On passera par une case autour de 75 dollars avant parce que la régulation se fera par l’offre et qu’un prix excessif serait dommageable pour la croissance mondiale.petrole