16 points pour comprendre la guerre des tarifs sur l’acier et l’aluminium

Les Etats-Unis ont pris, le 31 mai, des mesures tarifaires sur l’acier (25%) et l’aluminium (10%) à l’encontre de l’Europe, du Canada et du Mexique. L’obsession du locataire de la Maison Blanche est à la fois de rapatrier de l’activité aux USA et de limiter les déficits extérieurs des Etats-Unis. C’est l’idée qu’il développait dès son discours inaugural à la Maison Blanche selon laquelle l’économie mondiale est un jeu à somme nulle. Il faut donc s’approprier d’une manière ou d’une autre l’ensemble de l’activité. Cette vision n’est pas celle qui permet de comprendre la dynamique de la croissance et de l’économie mais c’est celle à laquelle on doit faire face.
Le coût mesuré à partir des exportations vers les USA pour ces deux produits est très élevé pour le Canada (environ 2 milliards), autour de 600 millions pour le Mexique et environ 1.7 Mds pour l’Union Européenne avec un montant proche de 400 millions pour l’Allemagne et de 150 millions pour la France. Ces chiffres sont significatifs et peuvent, de fait, avoir une incidence sur les échanges avec les américains.

Finalement qui va gagner à la mise en place de ces mesures tarifaires? A priori pas grand monde. Une guerre tarifaire c’est un peu un combat de boxe poids lourd en 15 rounds. Les deux combattants vont jusqu’au bout mais tous les deux sont sérieusement amochés au risque d’avoir des séquelles.

Plusieurs remarques

1 – Les annonces faites au début du mois de mars et hier ont poussé le prix de l’acier à la hausse
. C’est ce que montre très clairement le graphe.
acier.png

2 –
Cela veut dire que les entreprises américains du secteur de l’acier font face à des prix plus élevés liés aux contraintes tarifaires imposées par la Maison Blanche. Les entreprises américaines sont les premières pénalisées par la politique économique de Donald Trump. Ces prix plus élevés seront répercutés vers les industries en aval.

3 –
L’acier et l’aluminium sont au début de la chaîne de production, cela implique que tout le processus de production en aval est affecté par la hausse des prix.

4 –
Cette répercussion à la hausse des prix se retrouvera sur l’étal des magasins pénalisant le pouvoir d’achat des ménages. Pour l’achat d’une automobile, l’impact ne sera pas négligeable et pourrait compenser en grande partie l’effet de baisse d’impôt dont ont pu bénéficié les ménages américains.  Cité par le Washington Post, un ménage de la classe moyenne bénéficiant d’une baisse d’impôt de 900 dollars pourrait devoir payer 500 dollars de plus pour l’achat d’une automobile. L’effet dopant sur la conjoncture de la baisse d’impôt s’estompe nettement

5 –
Cela pose d’ailleurs une nouvelle question sur le tempo de la politique économique de Trump. Après avoir relancé l’activité par la baisse d’impôts et la hausse des dépenses publiques, était il nécessaire de mettre en oeuvre cette opération sur les tarifs douaniers qui vont amoindrir les effets du plan de relance?

6 –
Le secteur de l’acier est dans une situation plus confortable mais pour les industries en aval se dessine un cadre plus délicat. Il a été estimé qu’un emploi sauvé dans le secteur des métaux c’est 5 emplois qui seront supprimés dans ces industries en aval. Le jeu en vaut il la chandelle?

7 –
En 2002 le président Bush avait déjà mis en oeuvre une contrainte tarifaire sur l’acier (20%). Il a été estimé que cette mesure avait provoqué, en net, la suppression de 200 000 emplois.  Les mesures tarifaires ne sont pas neutres et l’économie américaine, sans même une quelconque mesure de rétorsion de ses partenaires commerciaux, est perdante.

8 –
Ce choc sur les prix est aussi une source de perturbation pour le commerce mondial en modifiant les arbitrages et éventuellement les lieux de localisation de la production. La conjoncture globale est dépendante du commerce mondial. La reprise de celui ci a la fin 2016 a permis une embellie conjoncturelle tout au long de 2017 et encore maintenant. Un choc prolongé serait pénalisant.

9 –
On voit bien aussi, et l’exemple de 2008 est significatif, que la dynamique des échanges est fragile et peut s’inverser très vite. Les annonces de la Maison Blanche sont des alertes auxquelles il faut être très attentifs.

10 –
Cette question du commerce mondial est d’autant plus ennuyeuse que les produits sont désormais fabriqués dans de nombreux pays. L’allocation des ressources est durablement affectée. La poignée de sable mis dans les rouages du commerce mondial par Trump va perturber les équilibres existants provoquant des ajustements longs et parfois complexes susceptibles d’engendrer de l’incertitude et de pénaliser ainsi les échanges et l’activité.

11 –
On doit attendre des représailles de la part des européens. La commission européenne l’a annoncé. Il ne faut pas laisser aux américains le monopole des prises de position contraignante. Des produits ont été évoqué tels que la moto (Harley Davidson), le bourbon, les jeans Levi’s, les sodas ou encore le beurre de cacahuète. Ce serait 3 mds de taxes sur les exportations US qui seraient en jeu.

12 –
Une première remarque est que la mise en oeuvre de représailles c’est prendre le risque d’une situation où la réplique entraîne une réplique supplémentaire ce qui se traduit in fine par une série de contraintes dans laquelle tout le monde est perdant. Il serait intéressant d’éviter ce genre d’escalade.
Au regard de ce que je disais aux points 2-4, est il forcément nécessaire de mettre en oeuvre des représailles car l’économie US sera pénalisée d’elle même.

13 –
Une deuxième remarque est qu’il est possible qu’une partie de la production qui s’exportait vers les USA soit détournée vers l’Europe parce que la demande américaine est moindre. Le risque est de voir le marché européen déstabilisé. C’est un point d’attention qui demande une concertation de tous les européens.

14 –
La troisième remarque est que les mesures prises par les européens sont plus malines. En effet, les mesures US sont prises sur des produits au début du processus de production. Cela perturbe l’ensemble du processus productif et l’emploi qui s’y attache. Dans le cas européen, ce sont des biens de consommation qui sont affectés. Ce n’est finalement pas très grave si la consommation de bourbon diminue. Cela n’aura en tout cas pas d’impact sur la dynamique productive en Europe et en cela c’est un point positif.

15 –
Le monde est devenu non coopératif sous l’ère Trump. Partenaires des USA, le Mexique et le Canada étaient, lors des annonces du 1er mars, exemptées de mesures contraignantes puisque faisant partis de l’accord de libre échanges nord américain. Quelle ne fût pas la surprise de Justin Trudeau de voir le 31 mai que le Canada n’était finalement pas exempté. Sa réponse très forte sur les échanges avec les USA est à la hauteur de sa surprise.
Pour les européens, la surprise est la justification des mesures tarifaires par la Maison Blanche. Elles sont mises en oeuvre dans le cadre de la sécurité nationale. Il me semblait que jusqu’à présent et depuis déjà très longtemps les américains et les européens étaient alliés.

16 –
Cette guerre tarifaire est une mauvaise nouvelle car souvent dans le passé elle s’est traduite par des chocs durables sur l’économie pénalisant l’emploi (rappelons ici l’impact de la loi Smoot-Hawley en 1930 et l’effet désastreux qu’elle a eu sur la propagation au reste du monde du choc de 1929). C’est cette dimension qui est la plus navrante. L’incompréhension des mécanismes économiques déclenchent des déséquilibres dont la résorption est longue et douloureuse pour tous et cela n’est pas acceptable.