Pouvoir d’achat, dette et emploi : Le consommateur français au cœur des débats

Les stabilisateurs automatiques ont été efficaces, c’est ce que l’on a vu jusqu’en 2011/2012. Le pouvoir d’achat avait été maintenu.  Cela aurait continué si la croissance, mesurée par l’indicateur d’offre, était revenue sur sa tendance d’avant crise. Cela n’a pas été le cas, la productivité progresse désormais moins rapidement. Le pouvoir d’achat s’est ajusté sur l’allure de la productivité. La convergence des deux indices s’est traduite par de terribles ajustements fiscaux en 2012/2013.
La croissance de l’activité est désormais plus réduite en tendance qu’avant la crise (1.3% vs 2% pour le PIB et la productivité est passée d’une croissance de 1.1% en moyenne annuelle à 0.7% depuis 2014). Le modèle de la redistribution est probablement à redessiner afin de prendre en compte cette rupture.

La deuxième difficulté vient de ce que l’endettement des ménages continue de progresser à vive allure.
On observe qu’au deuxième trimestre de 2018, le taux d’endettement est proche de 93.9% du revenu disponible. Cela traduit un fort endettement sur l’immobilier (77%) reflétant aussi le prix élevé de l’immobilier en France.

Mais les crédits à la consommation sont repartis à la hausse comme le montre le troisième graphe. Cet endettement est passé ainsi de 11.9% du revenu disponible au plus bas en 2014 à 13.1% au deuxième trimestre 2018. L’accélération est rapide, compensant probablement la hausse insuffisante des revenus.

Cette problématique de l’endettement comme substitut à un revenu insuffisant avait déjà été posée avant la crise de 2008. La hausse des revenus n’était pas alors perçue comme suffisante pour satisfaire aux besoins de consommation des ménages. Cette mécanique a déjà été constatée dans d’autres pays.
La hausse des crédits à la consommation fait implicitement l’hypothèse que les revenus augmenteront dans le futur permettant ainsi de réduire la contrainte de liquidité. Au regard, cependant de l’allure attendue du PIB, question évoquée plus haut, ces attentes sont peut-être excessives.
La contrainte de revenu est réduite lorsqu’il y a la possibilité de s’endetter à court terme mais la situation déraille lorsque le pouvoir d’achat est davantage contraint par une hausse des taxes par exemple.

La troisième source d’inquiétude est celle qui est portée par la dynamique du marché du travail et plus précisément sur la polarisation de celui-ci. C’est une évolution récente qui se traduit par une capacité à trouver un emploi pour les gens qualifiés mais aussi pour des gens peu qualifiés même si cela s’accompagne d’une situation souvent plus précaire. Les grands perdants de cette polarisation sont ceux qui dépendent des emplois intermédiaires, ces emplois qui ne requièrent pas une qualification forte au départ mais qui peuvent, dans le temps, évoluer vers des emplois plus rémunérateurs et plus prestigieux.
Ces emplois sont au cœur de la transformation du marché du travail. Ils souffrent de la concurrence provoquée par les innovations et la technologie. Le nombre de ces emplois se contracte alors qu’ils sont associés à une large classe moyenne. C’est aussi, en conséquence, un segment du marché du travail pour lequel la dynamique des salaires est plus faible.
Cette classe moyenne voit ainsi sa situation se précariser dans la durée pour elle mais aussi pour ces enfants. En effet la situation plus fragile des uns limite leur capacité à améliorer leur propre situation et à investir, comme cela pouvait être fait dans le passé, dans l’avenir de leurs enfants. L’horizon s’est bouché et au regard des transformations technologiques de la société personne ne peut faire l’hypothèse que ce segment du marché du travail va s’améliorer.

On comprend alors la logique des difficultés sociales. Le changement structurel sur le marché du travail va continuer et s’approfondir en raison de l’impact des innovations et des changements technologiques. Il ne sera pas rapidement remis en cause même si le gouvernement fait des efforts considérables de formation. Cette tonalité morose s’accompagne d’une contrainte de revenu plus forte que par le passé. D’abord parce que l’économie française n’est plus aussi performante et puis parce que les ménages pour s’en sortir font appel au crédit dont le montant total est désormais très élevé. Les chocs sur le pouvoir d’achat ont alors des effets parfois spectaculaires, le sentiment de ne pas pouvoir s’en sortir, au risque de provoquer des troubles sociaux durables. Dans ce contexte, la suppression de l’ISF en relâchant la contrainte budgétaire de ceux qui n’avaient pas de difficultés est perçue comme injuste alors qu’économiquement c’est probablement une nécessité que de supprimer cet impôt.

L’effort de formation doit être au cœur de la politique économique pour que chacun puisse améliorer son propre parcours tout en relevant le profil de la productivité et la capacité à distribuer des revenus pour l’ensemble de l’économie. Elle incitera aussi à l’investissement.
Cette économie française, au regard des troubles récents, est sur le fil du rasoir entre remise en cause des institutions et risque de ruptures économiques. C’est la responsabilité de chacun d’éviter le basculement politique qui se ferait au détriment de la stabilité de la société et de la capacité de l’économie à créer de la richesse et des emplois.

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