La production industrielle se contracte en zone Euro

Avec le repli de -0.9% de décembre, la production industrielle de la zone Euro recule de -5.3% sur le dernier trimestre (taux annualisé) et de -2.1% sur un an.
Le ralentissement du commerce mondial est une explication que le ralentissement européen a accentué.

On dispose désormais d’une image plus complète de l’activité industrielle en 2018. Les US s’en tirent bien, le Japon est toujours très volatil mais l’Europe se replie rapidement, faute d’une dynamique interne capable de compenser les chocs extérieurs. On retombe toujours sur cette éternelle question d’une dynamique coordonnée pour aller mieux. La dépendance aux impulsions du reste du monde est désormais trop importante et cela est très préoccupant

Croissance attendue à 0.4% au premier trimestre par la Banque de France

La Banque de France a annoncé attendre une croissance de 0.4% au premier trimestre. N’est ce pas contradictoire avec l’ambiance morose de la conjoncture actuelle ?
La contradiction n’est qu’apparente. Les entreprises sont inquiètes mais à court terme de nombreux éléments plaident pour un rebond de la consommation des ménages. Celle-ci avait été médiocre au cours du dernier trimestre 2018 pour des raisons non directement économiques. Les ménages bénéficiaient pourtant au mois d’octobre de la baisse complète des charges qui avait débuté en janvier. Ils disposaient ainsi d’une hausse significative de pouvoir d’achat qui n’a pas alors été exploitée. Au cours du premier trimestre 2019, on pourra ajouter à cela les mesures d’aides présentées par le président Macron le 10 décembre dernier comme la hausse de la prime d’activité ou les primes versées. En outre, le ralentissement de l’inflation, en raison de la baisse du prix du pétrole, aura aussi un effet favorable sur le pouvoir d’achat.
Pour l’ensemble de ces éléments, la consommation devrait être robuste sur les premiers mois de l’année et tirer le chiffre de croissance à la hausse.

L’incertitude viendra principalement des entreprises. Au dernier trimestre 2018, leurs investissements ont franchement ralenti en raison d’un environnement global peu porteur et parce que l’incertitude sur la situation française était élevée. L’incertitude internationale n’est pas levée et c’est ce que signalent les différentes enquêtes évoquées dans la question. Les incertitudes sociales devraient aussi inciter les entreprises à sursoir leurs dépenses en capital.
Le commerce mondial restera déprimé, les signaux ne suggèrent pas de retournement rapide.

Dès lors le chiffre de 0.4% n’est pas excessif et repose principalement sur le rebond de la consommation

Cette allure de croissance peut-elle durer au cours des prochains trimestres ?  C’est la grande question. Il n’y aura pas d’impulsion en provenance des partenaires économiques de la France. La dynamique industrielle de l’Allemagne s’est dégradée très vite ces derniers mois et va être pénalisante. L’Italie est en récession et ne va pas en sortir rapidement. Le Royaume uni entre dans la zone de turbulence associée au Brexit. Les gains d’exportations liés à de grosses livraisons de matériels de transports ne se renouvelleront pas et de ce fait le commerce extérieur français risque de retrouver une contribution négative. Cela apparaît d’autant plus probable que la demande domestique française, via la consommation et les mesures évoquées plus haut, sera en opposition de cycle par rapport à nos voisins. Cela devrait favoriser les importations et renforcer la contribution négative du commerce extérieur. En outre, en raison des premiers effets des mesures Trump sur le commerce mondial (et asiatique en particulier) on ne peut pas spontanément attendre là aussi un changement de tendance rapide. Le risque est plutôt celui d’un ralentissement supplémentaire des échanges qui pénaliserait tout le monde.

La grande inconnue sera l’investissement des entreprises. Celui-ci dépend toujours et d’abord de la demande anticipée (effet dit d’accélérateur) et ne se réalise complètement que si les conditions financières le permettent. La demande globale adressée aux entreprises va se maintenir à un niveau bas. Les entreprises ne devraient donc pas se précipiter pour accroître leurs dépenses en capital même si les conditions financières sont très favorables. En effet, le double effet CICE-baisse de charges va doper le taux de marge des entreprises. Celui ci reviendra, en 2019, à un niveau très proche de ses plus hauts historiques. Sera-ce suffisant pour créer un boom de l’investissement ? Les entreprises semblent y croire comme le montre l’enquête sur l’investissement dans l’industrie de janvier. Les dépenses des entreprises devraient augmenter de 10% en 2019 après avoir été stables en 2018. Le détail de l’enquête suggère une forte hausse de la demande interne et externe, ce qui me parait être très excessif.

J’ai du mal à anticiper une reprise de l’investissement si la croissance et l’environnement économique sont peu dynamiques. En effet, si la situation reste incertaine, la hausse des dépenses en capital ne sera pas efficace et c’est pour cela que le chef d’entreprise préférera reporter ses dépenses en capital.

En d’autres termes, le chiffre de croissance sera plus proche de 0.3% que de 0.4% dans les prochains mois.

Inflation en repli et activité en berne en janvier

Le taux d’inflation en zone euro ralentit encore au mois de janvier s’inscrivant à 1.4% après 1.6% en décembre 2018.
La principale raison de ce repli est à chercher dans la moindre contribution du prix de l’énergie. De 1% en octobre cette contribution est passée à 0.25% en janvier. Cette contribution va continuer de se contracter pour devenir négative au cours du premier trimestre. Cela traduira simplement le fait que le prix du pétrole en 2019 est plus bas que le prix enregistré en 2018.

Les indices d’activité en zone Euro ont continué d’envoyer le signal d’une activité réduite dans le secteur manufacturier. L’indice pour la zone Euro s’est ainsi inscrit à 50.5 en janvier soit une quasi-stagnation de l’activité par rapport à décembre. L’indice allemand est marginalement en-dessous du seuil de 50 alors que les indicateurs français et espagnol rebondissaient de façon modérée.
Ce ralentissement de l’activité manufacturière va continuer de peser sur la dynamique du commerce mondial. La zone Euro a depuis quelques mois une contribution négative. La zone Euro qui est un partenaire commercial majeur de nombreux pays émergents n’envoie pas un signal fort ni une impulsion positive.

La conjoncture française donne des signes inquiétants

L’économie française reste sous pression au début de l’année 2019. Les chefs d’entreprise ne souhaitent pas s’engager dans la durée en raison de l’incertitude qui pèse sur la conjoncture immédiate. Ainsi depuis le mois de novembre un net décrochage des commandes de biens d’équipement a été constatée. Il devrait se traduire par un net ralentissement voire un repli de l’investissement productif autour de la fin d’année 2018 et lancer 2019 sur une trajectoire basse. Les troubles sociaux qui durent, commencent à peser sur l’emploi comme le montre le ralentissement rapide du flux des embauches à plus d’un mois mesuré par l’Acoss pour le 4ème trimestre 2018.
On ne peut pas spontanément attendre de relais du côté des pays européens. L’indicateur composite calculé par Markit pour la zone Euro est au plus bas depuis juillet 2013. L’impulsion ne viendra pas de là.
La difficultés à réduire l’incertitude sociale vont peser sur le profil de la croissance 2019 qui devra probablement être revu à la baisse. On doit réfléchir désormais sur un taux de croissance voisin de 1% pour l’ensemble de l’année. Le grand débat puis la préparation des élections européennes, où de nouvelles listes apparaissent, vont entretenir ce climat délétère. Cela n’arrangera ni l’emploi ni le pouvoir d’achat. La France tourne en rond.

Ralentissement en zone Euro: Pourquoi ? Ma Chronique du mardi

Ce post est disponible en version pdf Ma chronique du 15 janvier

L’économie de la zone Euro ralentit et pourrait même voir son activité se contracter autour de la fin de l’année 2018 en raison des récessions allemande et italienne et de la très faible dynamique constatée en France. Ce changement d’allure est plus rapide que ce qui était anticipé en début d’année 2018. A l’époque, après une croissance très robuste l’année précédente, il était attendu le maintien d’un rythme d’expansion proche : pas d’accélération mais une progression toujours rapide de l’activité. Cela permettait d’anticiper une croissance plus endogène, via l’emploi, les revenus et l’investissement provoquant alors un processus plus autonome susceptible d’immuniser en partie la conjoncture de la zone en cas d’éventuels chocs extérieurs.
C’est cette accélération à la baisse qui est troublante car de solide, la situation de plusieurs pays est devenue fragile. C’est le cas de l’Allemagne pour qui le commerce extérieur est désormais un frein à la croissance, c’est le cas en Italie ou en France où la demande interne n’a plus l’allure souhaitée.

D’où vient cette perception d’une dégradation rapide de la conjoncture en zone Euro ?
Le premier signal que tous les conjoncturistes ont noté est le repli très rapide des indices d’activité mesurés à travers les enquêtes menées auprès des chefs d’entreprise. D’un point haut situé au dernier trimestre 2017, l’indice synthétique s’est replié rapidement et de façon monotone tout au long de l’année 2018. Il n’a pas été constaté de rebond. C’est ce que l’on voit sur l’indice Markit de la zone Euro pour le secteur manufacturier. Cet indicateur en phase avec le commerce mondial ralentissait franchement et durablement. Cette allure s’est accompagnée d’un repli des commandes domestiques et externes. Cette alerte est majeure compte tenu du rôle de l’industrie manufacturière dans la dynamique du cycle économique. C’est une source d’impulsion pour l’ensemble de l’économie. Les services n’ont pas ce rôle de locomotive. C’est pour cela que les économistes avaient, tout au long de 2018, les yeux braqués sur ce type d’indice.

Récession en zone Euro ?

L’horizon s’assombrit plus vite qu’on ne l’imaginait en zone Euro.
Les chiffres allemands publiés ce matin (8 janvier) suggèrent que l’économie d’outre-Rhin tend vers la récession (son PIB avait déjà reculé en T3).
L’Italie, avec aussi un PIB en repli au T3, a des signaux négatifs via les enquêtes auprès des entreprises. Elle est aussi probablement en récession. L’économie française manque de vigueur, les troubles sociaux pèsent lourds sur la dynamique macro.
En d’autres termes, 65 % de la zone Euro est probablement en repli au dernier trimestre 2018 (les replis allemand et italien ne compensent pas la faible hausse de la France). Cela crée une dynamique médiocre et une vraie inquiétude pour l’allure de la croissance de la zone pour les mois à venir. 
Dans un contexte où l’inflation sera réduite, cela se traduira par une croissance nominale médiocre qui n’aura pas la capacité à créer et distribuer des revenus.
Une meilleure coordination de la politique économique est une condition nécessaire (mais probablement pas suffisante) pour retrouver une trajectoire satisfaisante. Hélas, on n’en prend pas le chemin. Les deux vice-premiers ministres italiens soufflent sur les braises françaises et n’incitent pas à imaginer un avenir serein.