Les tensions Chine-USA pour le leadership technologique

Dans sa lettre aux actionnaires, Tim Cook, le patron d’Apple, explique l’inflexion des revenus de l’entreprise en évoquant la demande moins forte des produits de son entreprises en Chine. Sur un autre plan, deux entreprises chinoises ont été sanctionnées par les américains; ZTE en avril dernier et Huawei début décembre avec l’arrestation de sa CFO.

Ces situations traduisent la guerre US/Chine pour le leadership technologique. ZTE et Huawei sont leaders sur la 5G et Apple est le leader US de la téléphonie. Le bras de fer pour le leadership passe de façon visible par ce type d’entreprises aujourd’hui très puissantes et proches du consommateur (important au regard des montants mis sur le marketing).

Les sources de tensions sur les entreprises technologiques ne manqueront pas dans un futur proche. L’enjeu est celui de la norme technologique qui aujourd’hui semble plutôt basculer vers la Chine d’où la réaction forte des US.
Cela ne fait que commencer et après la téléphonie, il y aura d’autres aspects de la technologie (IA,…).
Le risque est d’assister à une forme de déglobalisation avec l’accentuation des leaders nationaux pour forcer le destin et gagner ce leadership. C’est majeur pour les deux pays mais aussi pour l’Europe qui va compter les points.

Chine – Etats-Unis, la bataille ne fait que commencer

La menace de Donald Trump sur le commerce mondial est une tentative désespérée pour les États-Unis de maintenir leur leadership sur l’économie mondiale. Depuis une vingtaine d’années, l’évolution la plus remarquable est celle de la Chine avec sa croissance spectaculaire et son poids de plus en plus imposant dans l’économie mondiale.
Les Chinois ont été les grands bénéficiaires de la globalisation. Ils ont vu leurs revenus augmenter de façon impressionnante au détriment des classes moyennes et inférieures des pays développés. C’est ce que montre le fameux graphe de l’éléphant de Branko Milanovic. C’est d’ailleurs une figure qui éclaire les évolutions politiques récentes dans les pays occidentaux. La classe moyenne est partout dans une situation plus fragile qu’il y a une dizaine ou une vingtaine d’années avec d’importantes conséquences dans leur vote politique.
La dynamique industrielle, celle qui permet d’accroître très vite les revenus, est l’apanage désormais de l’Asie et de la Chine en particulier. Depuis 10 ans, la production industrielle de chacune des 3 grandes zones qui avaient porté la croissance du monde depuis la Seconde Guerre mondiale (USA, Japon, Europe) a stagné, alors que celle de l’Asie hors Japon a doublé. Par le plan « Made in China 2025 » la Chine souhaite encore davantage accentuer ce basculement.
Cette différence dans la dynamique industrielle, désormais plus favorable à l’Asie, est au cœur des mesures prises par Trump vis-à-vis de la Chine. La production ne se développe plus dans les pays occidentaux, mais en Asie, donnant un support à une dynamique de rattrapage et de réduction du leadership des pays développés. Les USA voient s’étioler leur leadership. C’est aussi un défi de grande ampleur pour l’Europe, même si celle-ci n’a pas adopté une politique aussi brutale que celle de la Maison Blanche. En outre, le renouveau industriel des pays développés, souvent évoqué par le terme « Industrie 4.0 », n’apparaît pour l’instant que comme traduisant une substitution à la production existante et non une hausse du volume de production. C’est une étape qui, pour l’instant, n’est pas suffisante pour anticiper une inversion de tendance au mouvement évoqué plus haut de localisation de la production dans les pays asiatiques. Lire la suite

Hausse des taux obligataires en Chine – Faut-il s’en inquiéter?

Ecrit en collaboration avec Zouhoure Bousbih

Cette semaine, le marché obligataire chinois a de nouveau été sous pressions vendeuses. Le rendement des emprunts d’état chinois à 10 ans a encore une fois flirté avec les 4%, un plus haut depuis 3 ans.
La Pboc (banque centrale) est intervenue deux fois cette semaine en injectant des liquidités sur le marché, pour un montant total de 810 Mds yuans soit 122 Mds $, la plus importante injection depuis la mi-janvier.
Chine-taux 10ans

Faut-il s’inquiéter ?
Non. Le mouvement s’est amorcé juste après la fin de la réunion du P.C.C ( fin octobre) où les autorités chinoises ont clairement indiqué qu’elles allaient continuer leur lutte contre l’endettement élevé, i.e la finance de l’ombre. Cela a provoqué de la part des détenteurs des obligations d’état chinoises, de massives ventes, notamment des fonds communs de placement qui sont les seconds plus gros détenteurs d’emprunt d’état chinois. Ces derniers craignent un resserrement des conditions financières.

Les taux d’intérêt chinois ont été bas jusqu’à présent à cause la politique monétaire accommodante de la Pboc. L’orientation n’a pas changé mais l’action de la politique monétaire chinoise est devenue plus ciblée.

La Pboc est intervenue sur le marché en injectant des liquidités afin de réduire la volatilité et continuera d’intervenir en cas de nécessité afin de corriger les excès des marchés financiers.
La banque centrale chinoise doit trouver un équilibre entre sa lutte contre l’endettement élevé et la stabilisation des marchés financiers chinois pour ne pas pénaliser l’activité économique.

Est-ce que cela remet en cause l’attrait du marché obligataire chinois pour les investisseurs internationaux ? et la volonté des autorités chinoises d’ouvrir leur marché obligataire ?
A 4% les obligations d’état chinoises restent attractives par rapport à leurs homologues des pays développés. Et surtout le yuan est resté stable. La volonté de la Chine de lutter contre l’endettement élevé est plutôt un signal positif envoyé aux investisseurs internationaux. La Chine ne reculera pas  sur l’ouverture de son marché obligataire aux investisseurs internationaux  à cause de l’internationalisation du yuan. L’activité économique chinoise reste correcte. Ce n’est qu’un moment de turbulences à passer…