Huawei versus America

Qui peut, au regard de cette carte, s’attendre à un accord sino américain sur le commerce? La vraie question porte sur le leadership techno ? Huawei a une étape d’avance sur les US.

La carte suggère que la firme chinoise est déjà en négociations avancées avec de nombreux pays de l’Asie à l’Europe en passant par l’Afrique et l’Amérique latine. Dans le même temps, les US s’interdisent de travailler avec Huawei. Le Japon, l’Australie, la Nouvelle Zélande et Taïwan ont fait alliance avec les Etats-Unis.

L’Allemagne a subi récemment des pressions américaines pour ne pas basculer sur des infrastructures Huawei pour le remplacement de son réseau mobile. Les allemands ont passé outre ce qui montre aussi le changement d’équilibre qui pourrait se dessiner au dessus de l’océan Atlantique.

Comment attendre un accord qui validerait la dominance de l’un sur l’autre? De la Chine sur les US?

Il y a ici un risque de choc persistant susceptible d’affecter la conjoncture au delà du trou d’air que tout le monde veut voir pour se rassurer.

Gains de productivité réduits et Choc sur le commerce mondial Ma chronique hebdo

La conjoncture difficile des pays développés est le produit conjoint d’un choc négatif sur l’activité via le vif ralentissement du commerce mondial et d’une croissance de la productivité qui n’est pas suffisante pour engendrer un rebond rapide de l’activité. Le risque d’un choc persistant sur l’activité et l’emploi est d’autant plus fort que les politiques économiques ne disposent pas de capacités importantes pour amortir le choc et en reporter le coût dans le temps.

La baisse des gains de productivité est une vraie source de préoccupation notamment pour les économies développées. Pour faire simple, la productivité est la mesure du surplus engendré par le processus de production. Si l’on veut avoir une image c’est dire que, via les opérations productives, 1+1 fait un peu plus que 2. Le « un peu plus » que 2 représente les gains de productivité. Selon les périodes et l’efficacité du système productif, ce « un peu plus » est plus ou moins important. Par le passé, les gains de productivité étaient très importants (+5.8% par an en moyenne en France durant la décennie des années 1960) et ont permis notamment la baisse tendancielle du temps de travail, la hausse des revenus salariés et la mise en place d’un système de sécurité sociale efficace (gains de productivité=évolution de la production en volume par heure travaillée). Plus ce surplus est élevé, plus le système productif dispose de marges pour redistribuer largement ces gains vers l’ensemble des citoyens.

Par ailleurs, en raison de la nature même du processus, ces gains créent une dynamique endogène qui permet d’amortir les chocs et de retrouver rapidement le chemin de la croissance et de l’emploi. Plus les gains sont élevés plus l’économie a la capacité de repartir rapidement et sur une échelle importante.

La période actuelle, celle de l’après crise de 2008, est caractérisée par un net ralentissement de la production par heure travaillée dans tous les pays développés. C’est ce que montre le tableau qui présente la croissance annuelle moyenne de la productivité selon 3 horizons : une période longue entre 1990 et 2007, la période depuis la reprise américaine en 2009 et celle depuis la reprise en Europe en 2013.

Chocs de politique économique

La désynchronisation des politiques économiques, notamment aux USA, a provoqué des chocs négatifs sur l’économie globale qui se traduisent par une synchronisation à la baisse du cycle économique. Les politiques commerciales créent des ruptures dans les chaines de valeur et tous les pays sont affectées (un produit est fabriqué dans 3 pays A, B et C. Si des droits de douane sont mises dans la liaison entre A et B réduisant ou modifiant l’activité sur le produit en A et B alors C est affecté). La dynamique des échanges s’est franchement réduite au cours des derniers mois en Asie (pas simplement en Chine) affectant les exportations de la zone Euro.

Les gains de productivité ne sont plus suffisant pour provoquer un rebond endogène de la croissance. Les chocs ont donc de la persistance. Les politiques monétaires vont donc rester durablement accommodantes et les taux d’intérêt resteront très bas pour toutes les maturités.

Le modèle économique et le modèle social devront s’ajuster à cette allure nouvelle. Sacré enjeu pour les pays européens

Addendum
Pour ceux qui doutent de la rupture dans la dynamique du commerce en Asie il suffit de regarder ces deux graphes. L’un reprend l’évolution de la contribution de l’Asie hors Japon à la croissance des importations mondiale. L’autre montre l’allure des exportations en Asie.
Dans les deux cas, le mouvement de repli est rapide et fort. C’est un choc négatif sur l’économie et il n’est pas forcément indépendant de la politique commerciale menée par Trump