Montée supplémentaire des tensions entre les USA et la Chine

Les représailles annoncées par Donald Trump aux représailles chinoise (hausse des taxes douanières sur 75 Mds de produits américains importés en Chine) sont d’abord des augmentations de tarifs douaniers sur les produits chinois importés aux US ( la taxe passe de 25 à 30% sur 250 mds au 1er octobre et les 300 mds supplémentaires qui devaient être taxés à 10% le 1er septembre le seront désormais à hauteur de 15%). Dès le premier septembre, 98.6% des produits chinois importés aux USA seront taxés à hauteur d’au moins 15%. C’est un choc négatif pour l’économie globale

Le report d’une partie de ces 300 mds au 15 décembre semble oublié Les produits grand public qui devaient être exemptés jusqu’au 15 décembre pour les cadeaux de Noël ne le sont plus. Les téléphones, ordinateurs et les produits électroniques grands publics seront payés au prix fort par les consommateurs américains. Les mesures prisent par la Maison Blanche vont affecter davantage et plus directement le consommateur.

L’autre partie des représailles est d’interdire aux entreprises US de travailler avec la Chine. Cependant, la Maison Blanche ne peut le faire formellement. La question est reportée sur les entreprises. Que feront elles ? Elles devront choisir entre intérêt économique et intérêt politique. Il y a ici une probable source de dissension entre le pouvoir politique et le pouvoir économique. De nombreuses entreprises US sont en relations denses avec la Chine soit pour la fabrication (téléphones) soit pour la technologie chinoise. Google indiquait récemment que la sécurité du système d’exploitation Android nécessitait de travailler avec Huawei.

Le risque me paraît plus important pour les entreprises US que pour la Chine dont le développement techno est rapide et au cœur des nouveaux développements industriels. Les chefs d’entreprise US vont ruer dans les brancards car les mesures de la Maison Blanche vont pénaliser leur business. Refaire aux US ce qui est fait en Chine serait très coûteux et très long. Compte tenu de la globalisation toujours à l’œuvre, les chaînes de valeur sont très importantes et passent par la Chine pour de nombreuses entreprises US. La mesure prise par Trump est de rompre ses chaînes de valeur au détriment de ses compatriotes.

L’économie, vue par la Maison Blanche, s’éloigne de l’idée de marchés libres et du libre choix des entrepreneurs. C’est l’antithèse de ce que représente l’Amérique dans l’inconscient collectif. Les Etats-Unis changent en profondeur.

La récession au coin de la rue ?

Les investisseurs ne voient pas d’issues aux incertitudes. Ils se précipitent sur les actifs non risqués. La récession au coin de la rue

Par le passé, lorsque tous les taux de marché sur la dette publique US étaient sous le taux des fed funds cela était annonciateur d’une récession. La période actuelle n’échappera pas à la règle. Le repli des taux reflète un fort pessimisme sur les prochain mois et l’absence de paris sur l’avenir.

Changement d’allure du marché du travail US

Le marché du travail américain a franchement changé d’allure depuis 6 mois. Il se stabilise mais ne s’est pas encore retourné. Ce sera pour la deuxième partie de l’année.
Les ménages ont la perception que la situation ne s’améliore plus en tendance et le nombre d’emplois disponibles ne s’améliore plus. Comme la croissance ralentit, le marché du travail va forcément changer d’allure. Cela sera intéressant à quelques mois des élections présidentielles

la Fed réduit son taux

La Réserve fédérale a baissé son taux de 25 pb à 2,00-2,25%. Les raisons sont un taux d’inflation trop bas et une incertitude globale. C’est une sorte de démarche préventive assez étrange. Habituellement, la banque centrale américaine baisse son taux lorsque l’environnement est déjà morose.

L’une des raisons pour laquelle la Fed n’agit pas de façon préventive est que nous ne connaissons pas l’avenir. Pas plus la Fed que nous. Il y a donc un risque de crédibilité pour la Fed. L’autre risque est associé aux pressions politiques de la Maison Blanche. C’est aussi une source de préoccupation.

Solide rapport de l’emploi US

Le rapport de l’emploi #US est solide & le faible chiffre de mai (72 000) n’était que temporaire. L’emploi a progressé de 224 000 en juin ( 191 000 privé) et le chiffre moyen pour les 6 premiers mois de l’année est comparable à ceux de 2016 et 2017. Il n’y a pas d’urgence pour la Fed à changer de stratégie. On notera d’ailleurs qu’en 2017 avec des chiffres d’emplois comparable elle avait tendance à être un peu restrictive.

Du côté des salaires on constate une décélération à 3.14% (3.4% en février). Le taux de la Fed restera sur un plateau tant que le salaire ne ralentira pas franchement (reflet d’une forte baisse de la croissance). On n’y est pas. Aucune raison pour la Fed de presser le pas.

Faut il baisser les taux de la Fed en Juillet ?

La possibilité d’une baisse des taux d’intérêt de 50 points de base par la Federal Reserve américaine est sur toutes les lèvres. Le graphe des dots publié à l’issue de la réunion du 19 juin indiquait le maintien des taux au niveau actuel en 2019 mais il faisait apparaître que 7 membres suggéraient une baisse de 50 bp en 2019 (la stabilité est calculée sur la médiane des résultats).
Il n’en fallait pas plus pour que les observateurs basculent vers une baisse de même ampleur dès la réunion des 30 et 31 juillet. Les explications avancées sont celles des pressions de Donald Trump sur la banque centrale soit via des menaces relayées sur Twitter soit par les membres nommés par Trump au FOMC.

Une telle interprétation pose plusieurs questions
La première est qu’à la Fed, c’est le président qui a toujours le dernier mot. Les propos récents de Jerome Powell ne donnent pas ce sentiment d’urgence quant à la baisse des taux. Cela implique que la baisse des taux de juillet, si elle avait lieu, serait plus qu’une révolution de palais puisque son président serait mis en minorité.

La deuxième remarque est que les données macroéconomiques ne reflètent pas non plus l’urgence d’un changement de stratégie de la banque centrale.
Pour jauger la situation économique j’ai pris l’indice CFNAI calculé par la Fed de Chicago. Il regroupe 85 indicateurs de l’économie fédérale (de la production industrielle aux ventes de détail en passant par l’emploi et les commandes de biens durables). L’indicateur calculé est centré sur 0. Une valeur au-delà de -0.7 (sur l’indice en moyenne sur 3 mois comme présenté sur le graphe) suggère un risque de récession.

J’ai ensuite mesuré depuis 1985 (début de la grande modération), les changements d’allure de la politique monétaire de la Fed. Le premier graphe montre le taux des fed funds et les points retenus pour marquer l’inflexion vers une politique monétaire accommodante.

Le deuxième graphe montre les dates de changement de la politique monétaire et l’indice CFNAI..
Depuis 1985, les changements de politique monétaire ont lieu lorsque l’indice CFNAI est voisin de -0.7, c’est à dire lorsque le risque de récession se précise. La seule exception est celle de 2007 lorsque la question de la liquidité sur de nombreuses structures financières a été soulevée. Cela est un cas particulier.
Le niveau actuel de l’indice n’est pas cohérent avec un repli des taux de la Fed sauf à imaginer une rupture profonde de tous les indicateurs américains pour les mois de juin et juillet. Ce n’est pas notre scénario.

Cela signifie qu’en l’absence de justification économique ou financière, une baisse des taux de la Fed et une mise en minorité de son président traduiraient d’abord un effondrement de la crédibilité de la banque centrale américaine en raison de sa perte d’indépendance. Comme c’est l’institution financière la plus puissante au monde, il est probable que cela provoquerait des remous considérables sur les marchés financiers. Faut il prendre ce type de risque ? Je ne crois pas.