May démissionne

Avec la démission de Theresa May, le Royaume Uni en terre inconnue. May avait fait preuve de modération, ménageant les britanniques et les européens pour trouver un accord. Elle a échoué mais elle avait réussi à cacher le bololo qui caractérise désormais le champ politique de l’autre côté de la Manche. Cette situation va sauter aux yeux de tous lorsqu’il faudra, dans les prochaines semaines, trouver un leader aux conservateurs qui deviendra le premier ministre.

Je crains qu’il n’existe pas de majorité en GB pour converger vers une telle situation. La seule issue possible sera de mettre en œuvre des élections générales. Pourra t il en sortir une majorité ? J’en doute.

Dans ce cadre que fera la nouvelle commission européenne ? Ira t elle à la confrontation ? Ou restera t elle dans un cadre non hostile comme l’a été Michel Barnier jusqu’à présent ?

En tout cas, cela crée à nouveau une source d’incertitude car la question du Brexit va durer encore un moment. Et les britanniques sont ceux qui seront les plus affectés par ce manque de décision.

Tensions sino-américaines: une période passionnante

Les tweets de Donald Trump, le 5 mai dernier, ont accentué les tensions entre la Chine et les Etats-Unis relançant brutalement les discussions sur les conditions d’un accord commercial. Aux nouveaux tarifs douaniers américains répondent des représailles chinoises sur les importations américaines. Cela remet en cause la longue période de calme qui avait débuté après la réunion du G20 le 1er décembre dernier.(j’avais déjà écrit sur ce point voir ici le 21 février 2019)

La volonté de Trump d’imposer de nouvelles contraintes à la Chine traduit son souhait de rapatrier des emplois aux USA, notamment dans le secteur manufacturier, mais aussi de réduire la dépendance des USA vis à vis de la Chine.
En 2018, le solde extérieur vis à vis de la Chine était déficitaire de 419 milliards de dollars en raison d’importations américaines très fortes et des exportations qui peinent à trouver leur place en Chine. Le graphe illustre parfaitement la situation inconfortable des américains.
La situation s’est aussi compliquée récemment. En effet, la contrepartie de cet excédent chinois sur les US était un financement chinois de l’économie US via notamment l’achat d’obligations de l’Etat américain. Cela a longtemps fonctionné et c’était une façon de se tenir l’un l’autre. La logique était la suivante: des débouchés pour les produits chinois sur le marché américain avec un financement de l’économie américaine par les chinois pour compenser le manque d’épargne des américains. Le fonctionnement du couple sino-américain était celui de la complémentarité. Cet équilibre change de nature parce que depuis de nombreux mois, le poids de la Chine dans le financement de l’économie US diminue. En mars 2019, le poids des actifs financiers américains détenus par la Chine dans l’ensemble des financement externe des USA était revenu au niveau bas observé en juin 2006.
L’équilibre de la relation entre les deux pays change et les Etats-Unis n’ont plus la capacité de peser sur la Chine comme ils pouvaient le faire par le passé. La Chine se démarque et souhaite davantage d’autonomie.

La Maison Blanche s’impatiente ainsi face à l’absence d’empressement des chinois à répondre à ses demandes. En taxant les importations chinoises, Washington souhaite peser sur l’activité de l’Empire du Milieu au risque d’y créer des tensions sociales fortes et forcer ainsi la main des autorités chinoises qui ne souhaitent pas prendre ce risque social. L’allure médiocre des indicateurs d’activité chinois depuis le début de l’année pourrait valider l’analyse de Washington et l’inciter à durcir encore le ton sur le plan commercial. Cette tactique n’est, cependant, pas forcément pertinente.

Au début de l’année 2019, le poids des Etats-Unis dans les exportations chinoises a nettement ralenti La dépendance chinoise aux US s’inverse alors que dans le même temps, les chinois relancent la « Belt and Road Initiative » (Nouvelles Routes de la Soie) dont l’objectif est de diversifier encore davantage les débouchés chinois. La Chine élargit ses débouchés et limite de fait l’influence des Etats-Unis sur sa conjoncture.

L’autre point de désaccord majeur entre Washington et Pékin porte sur la technologie. Il me semble que c’est le point majeur du différend entre les deux pays. Les chinois ont effectué un rattrapage technologique très rapide depuis une vingtaine d’années. Cela s’est traduit à la fois par des transferts de technologies mais aussi par des moyens considérables mis en oeuvre pour le faciliter. Cela a bien fonctionné et les chinois disposent désormais d’une avance sur les américains notamment dans la 5G et l’Intelligence Artificielle.
Cette remise en cause de la suprématie technologique américaine est un changement radical car les chinois ont les moyens de développer ces technologies sans l’appui des américains. Une telle situation aurait pu se présenter avec le Japon il y a quelques années mais les japonais sont toujours restés dans le giron des américains. Ce n’est pas le cas des chinois. Ils disposent d’un marché intérieur très vaste et des développements en dehors de la Chine qui sont très importants. Cela peut, dès lors, créer les conditions d’une dynamique technologique autonome.

La crispation de Washington a été très perceptible ces derniers mois sur le sujet. Les sanctions contre ZTE, en avril 2018, puis surtout contre Huawei, dès décembre de l’an dernier, ont montré cette sensibilité. Des pressions ont été faites sur des gouvernements européens pour qu’ils n’adoptent pas la technologie chinoise (voir par exemple ici ). De façon plus récente, Huawei a été blacklisté par Donald Trump (voir ici) et d’autres compagnies chinoises n’ont plus accès au marché américain comme China Mobile (voir ici).

L’enjeu est simple. Celui qui déterminera les normes sur ces nouvelles technologies aura un avantage comparatif considérable. Il pourra développer plus facilement les innovations utilisant ces technologies. C’est sur ce point que les négociations bloquent. Les chinois ont mis d’importants moyens pour disposer de cet avantage technologique et ils ne vont pas spontanément se mettre sous la coupe des américains. De la même façon, on ne peut imaginer que les américains acceptent spontanément l’avance des chinois et qu’ils fassent allégeance pour pouvoir utiliser les technologies de l’Empire du Milieu.

Ce bras de fer technologique ne se résoudra pas spontanément, aucun des deux pays ne fera allégeance, et donc la possibilité d’un accord entre les deux pays parait peu probable sauf à ce que la conjoncture chinoise se dégrade très rapidement mais ce n’est pas notre scénario.
Pourtant l’histoire ne s’arrête pas là. Le développement de la 5G, par exemple, est au cœur de nombreuses innovations et les pays autres que la Chine et les USA créent des activités faisant appel à cette technologie. Cela veut dire que le passage à grande échelle de ces innovations se fera via la probable utilisation de la technologie chinoise. Cela provoquera alors des tensions supplémentaires avec les américains. Emmanuel Macron a déjà pris position sur ce point (voir sa déclaration ici au Salon Vivatech)

La dynamique de l’économie mondiale change et l’équilibre nouveau ne sera pas trouvé rapidement. C’est la première fois dans l’histoire moderne qu’une telle situation s’observe. C’est la première fois que l’économie monde est susceptible de basculer vers une région nouvelle sur des critères liés aux innovations technologiques. Lorsque le cœur de l’économie monde est passé du Royaume Uni aux Etats-Unis, il y avait une continuité que l’on ne trouve pas dans la situation actuelle. L’Europe devra alors se positionner.
Cette transformation va bouleverser la dynamique de l’économie mondiale et forcément redistribuer les cartes entre les régions du monde.
Quand on vous dit que l’on vit une période passionnante.

Le rapport de force pourrait changer pour la Chine

L’ensemble des indicateurs chinois pour avril sont médiocres. L’accélération de mars n’est pas confirmée sauf dans l’investissement des entreprises publiques.

Trois remarques

1- Le soutien à l’activité tant fiscal que monétaire sont d’un effet limité. L’économie n’arrive pas franchement à basculer vers une croissance orientée par sa demande interne (les ventes de détail hors inflation sont à seulement 4.7% sur un an)

2- la reprise de l’investissement des entreprises publiques montre que la relance reste focalisée sur l’investissement et que les entreprises publiques jouent à nouveau un rôle important notamment après la reprise en main politique de Xi Jinping en décembre dernier.

3 – L’allure médiocre de la production industrielle est à rapprocher du ralentissement du commerce extérieur chinois. Les sanctions nouvelles des USA sont aussi une pression pour forcer la main des chinois pour un accord afin d’éviter des mouvements sociaux.

Une croissance qui resterait limitée en Chine serait ainsi une opportunité pour les américains dans le rapport de force entre les deux pays

Brexit – La fête continue

Le coût du référendum sur le Brexit est de plus en plus élevé pour les britanniques. L’écart du PIB à sa tendance d’avant référendum continue de se creuser en dépit du rebond de la croissance au T1 (+0.5%). La France est dans une situation plus confortable. Quand s’arrêtera cette facétie outre manche ? Car ce sont les citoyens qui paient l’addition

Toujours des inquiétudes sur l’investissement des entreprises

L’allure des commandes de biens d’équipement en Allemagne, au mois de mars, suggère un ralentissement supplémentaire de l’investissement dans les pays de l’OCDE au cours des prochains mois. Les commandes se replient de 5.9% sur un an et cet indicateur est bien corrélé avec le profil de l’investissement des pays de l’OCDE.

Cette inflexion des commandes est globale. Le rebond constaté en zone Euro est limité puisque sur un an le repli des commandes est encore de -6.5%. Le reste du monde n’a pas non plus une allure encourageante.

C’est pour cela que je m’interroge sur le profil de l’investissement dans l’industrie manufacturière et publié hier par l’INSEE. L’attente est une hausse de 11% en 2019 après 0% en 2018. Cela parait excessif puisque dans l’enquête l’investissement ralentirait au deuxième semestre. Cela veut dire que le premier semestre est très fort. Ce n’est pas forcément compatible avec ce que l’on constate dans l’allure de l’investissement des entreprises non financières au premier trimestre.
L’enquête est probablement un peu trop optimiste au regard aussi des commandes de biens d’équipement qui continuent de se contracter en avril 2019. Je n’imagine pas la France faire cavalier seul alors que le reste du monde est plutôt en phase de ralentissement de l’investissement.

Le prix du pétrole va pénaliser le pouvoir d’achat en 2019

La mauvaise surprise du début de l’année est la hausse plus marquée qu’attendu du prix du pétrole. Alors qu’il était anticipé comme devant rester très en dessous de la moyenne 2018, il est actuellement sur celle ci au voisinage de 71 dollars le baril

Conséquence majeure, l’effet gain de pouvoir d’achat attendu pour 2019, et résultant de la baisse du prix de l’or noir par rapport à 2018, sera, a priori, beaucoup plus limité qu’attendu. Ce sera un frein à la dynamique de demande domestique et à la capacité pour celle-ci de compenser le choc externe du commerce mondial. Pour les émergents ce sera un peu plus marqué encore. On commence à voir des contributions positives dans certains pays.

Cette hausse résulte d’un effet demande, comme le suggère l’analyse de la Fed de New York, alors que l’effet offre est neutre. Ainsi en dépit de la forte hausse de la production US, celle ci est grandement compensée par la réduction de la production de l’OPEP.

Cette accélération de la demande est en phase avec la tendance passée (depuis 2010) alors que l’effet négatif d’une offre supplémentaire est stabilisé et n’a plus d’impulsion forte à la baisse du prix.

En conséquence le taux d’inflation attendu pour 2019 devra être révisé à la hausse. Les taux d’intérêt réels seront plus franchement négatifs. Sur la conjoncture immédiate c’est un nuage un peu gris qui s’approche avec de moindres gains de pouvoir d’achat.

Addendum

La reprise des sanctions américaines sur l’Iran a fait grimper le prix du petrole durant le week-end. En octobre dernier, la Maison Blanche avait autorisé certains pays à importer encore du pétrole iranien malgré les sanctions US sur l’Iran. C’est cette annonce qui avait provoqué la chute du prix du brent comme on le voit sur le premier graphe. Cet épisode pourrait se terminer ce lundi selon le Washington Post, créant ainsi une tension nouvelle sur le marché pétrolier, une telle mesure étant associée à une réduction de l’offre.

Voit l’article publié par Reuters