Le référendum, arme ultime pour les britanniques

Le Parlement britannique ne veut pas du Brexit. Il a refusé par trois fois l’accord signé par le gouvernement de Theresa May avec l’Union Européenne et qui aurait permis une sortie en douceur. Il ne veut, cependant, pas une sortie sans accord et dans la précipitation. C’est pour cela qu’il a retoqué les propositions de Boris Johnson visant une sortie à la date négociée du 31 octobre qu’il y ait ou pas un accord.
Pour les parlementaires, cette date apparaît désormais trop proche pour avoir le temps de négocier un accord qui ne serait pas celui obtenu par Theresa May. La date limite de sortie serait repoussée au 30 janvier 2020. La sortie rêvée des britanniques, selon les parlementaires, se ferait alors à cette date et en accord avec les 27 autres pays de l’Union Européenne (UE).

Plusieurs remarques autour de ces points
1 – Que s’est il passé depuis le 29 mars, date théorique de sortie, pour que les parlementaires apparaissent dans une situation de précipitation à moins de deux mois de la nouvelle date butoir ?
La recherche d’un équilibre politique lors du long processus de désignation du premier ministre a paralysé les initiatives et réduit la possibilité de réfléchir à de nouvelles options. Les deux mois entre la démission de Theresa May, le 24 mai, et la nomination de BoJo, le 24 juillet, ont été perdus, mordant largement sur le délai accordé par l’UE
2 – Le prolongement au-delà du 31 octobre ne sera possible qu’avec l’accord de l’UE. Celle ci se réunit les 17 et 18 octobre pour évoquer la question du Brexit. Des voix dissonantes sont déjà audible. Le président français mais aussi l’Espagne et quelques autres avaient manifesté de l’agacement au report au 31 octobre. Amélie de Montchalin, secrétaire d’Etat aux affaires européennes pour la France, indiquait encore, le 5 septembre, la probable sortie des britanniques le 31 octobre et sans accord. L’Europe pourrait couper l’herbe sous le pied des parlementaires britanniques.
3 – Lors du sommet du 10 avril dernier, les européens avaient paru désuni sur la question du report, il serait souhaitable que cela ne soit plus un objet lors du prochain sommet d’octobre. L’union entre européens doit présider au prochain sommet des 17 et 18 octobrel.
4 – Les Européens peuvent avoir intérêt à couper rapidement le lien. La question du Brexit reste dans toutes les têtes, crée de l’incertitude et reporte, en conséquence, les ajustements économiques qui pourraient avoir lieu selon la forme de la sortie. Il peut être urgent pour les européens d’en finir rapidement.
5 – L’économie britannique souffre également de cette situation. Sa croissance est désormais nettement plus faible que celle du G7 et l’investissement des entreprises est 11% en dessous du niveau qu’il aurait pu avoir en cas d’absence de référendum. Les coûts sont considérables.
6 – Boris Johnson a perdu. Son coup d’Etat a échoué. Il ne pourra pas mettre le parlement de côté et ultime affront, il ne peut convoquer des élections générales le 15 octobre, juste avant la date fatidique (Il redemandera aux parlementaires la possibilité d’élections générales lors de la session parlementaire de lundi prochain (9). Mais il n’aura pas la majorité des 2/3 si la date est trop proche) . Vue de Londres, la sortie de l’UE, quoiqu’il arrive, pour le 31 octobre ne pourra avoir lieu.
Désormais, BoJo ne dispose plus d’une majorité au parlement après la défection de Phillip Lee et l’expulsion de 21 membres du parti conservateur. Le système apparaît paralysé.

De ce bololo politique, rien ne semble pouvoir sortir. La démission de BoJo pourrait être perçue comme une solution mais elle reposerait immédiatement la question de son ou sa remplaçante et du délai pour le faire. Compte tenu de l’état du parti conservateur et de sa fragilité à la Chambre ce serait un pari risqué.
Il faut rebattre les cartes et cela passe probablement par des élections générales à une date plus lointaine que le 15 octobre (la date limite pour le renouvellement du parlement est le 5 mai 2022).
Mais le risque serait celui d’une absence de majorité. C’était déjà ce qui s’était passé après les dernières élections voulues par Theresa May. le 8 juin 2017. Elle n’avait dû son salut qu’au petit parti séparatiste irlandais, le DUP..
Le recomposition de la droite anglaise, après les événements récents, tant au sein des conservateurs eux mêmes qu’en raison de la concurrence de Nigel Farage, le poids plus importants des Libdem et la défiance vis à vis de Corbyn, le patron des travaillistes qui veut nationaliser à tout crin, suggèrent l‘impossibilité d’une majorité claire. Des élections rapides, comme le souhaitait Johnson auraient obligé chaque candidat à se positionner pour ou contre la sortie de l’UE. Cela aurait alors faciliter la tâche du premier ministre issu de ses élections. Mais cette majorité aurait pu n’être que de courte durée en se faisant uniquement sur la question du Brexit. Des élections plus lointaines, après les 31 octobre, poseront les questions différemment sans pour autant faciliter la recherche d’une majorité et la nomination d’un premier ministre. Les questions existentielles posées par le référendum de juin 2016 ne semblent pas spontanément solubles dans la politique.
Dans ces conditions, l’absence d’une majorité claire capable de trancher, l’Europe aurait intérêt à couper tout recours à un délai supplémentaire . En d’autres termes, le bololo politique ne serait pas levé en cas d’élections générales mais le Brexit dur se profilerait..

Pour lever les ambiguïtés, et face à l’incapacité du gouvernement et des parlementaires à trouver un accord que personne ne veut, un nouveau référendum est nécessaire. Personne ne pourra dire qu’il ne savait pas puisque la première consultation a eu lieu le 23 juin 2016. Les britanniques s’étaient prononcé à 51.89% en faveur de la sortie. A eux de confirmer ce choix ou pas. Ils doivent décider de leur avenir collectivement puisque le gouvernement et le Parlement n’y arrivent pas.

BoJo et les élections générales

Le moment est extraordinaire. Boris Johnson a perdu. Les parlementaires britanniques voteront demain sur une motion pour éviter un no deal. BoJo devrait alors appeler à des élections générales. Cette nouvelle consultation pourrait permettre d’y voir plus clair quant à la volonté des brits de rester ou pas dans l’UE. Le résultat des élections générales sera définitif sur le maintien ou pas dans l’UE.

Ces élections seront la clarification que tout le monde attend depuis le premier référendum du 23 juin 2016. Étais ce une erreur ou l’expression d’une volonté ? Plus personne ne pourra dire “on ne savait pas “. On peut s’attendre à ce qu’un résultat favorable au Brexit précipite la sortie sans accord.

Il va régner une grande incertitude sur la Grande Bretagne parce que chacun aura à l’esprit que cette deuxième consultation sera la dernière

Une forte volatilité est donc à attendre sur les marchés et sur la livre en particulier. Celle ci sera haussière avec un sondage favorable au maintien et inversement. Les marchés actions aussi suivront ce signal.

La volatilité risque d’être exacerbée car chacun sait qu’il n’y aura pas de chance supplémentaire.

La conjoncture est toujours préoccupante

L’indicateur mondial Markit pour le secteur manufacturier se stabilise (49.5) mais l’activité continue de se contracter. Le léger rebond des émergents tire l’activité à la hausse. Les pays développés continuent de se contracter rapidement. La situation est toujours préoccupante.

Cette stabilisation est néanmoins assombrie par le repli sous le seuil de 50 de l’indice ISM manufacturier (49.1). C’est le point le plus de l’ISM depuis janvier 2016. Globalement ce n’est pas une bonne nouvelle d’autant que son ajustement a été brutal et rapide

Le signal issu des flux de commandes à l’exportation ne suggèrent pas un retournement rapide à la hausse de la dynamique du commerce mondial. La dynamique globale est toujours très préoccupante. Il devrait continuer de se contracter au cours des prochains mois et peser, toujours, sur l’activité globale.

L’or depuis 1968

Voilà un graphe que je voulais faire depuis longtemps. En 1968, le marché de l’or renaît progressivement. Comment a évolué sa valeur réelle depuis cette date et comment se compare l’once d’or au SNP 500. L’or est grand vainqueur lorsque les dividendes du SNP ne sont pas réinvestis.

Mais les points d’entrée sur le marché sont plus importants que la tendance longue. Celui qui est entré dans le marché en 1980 ou en 2011/2012 n’a pas fait de bonnes affaires. le signal d’accélération à la hausse est l’observation de taux réels négatifs. On s’en approche aux USA

Le Coût du Brexit est déjà élevé

Le Brexit n’a pas encore eu lieu mais il a déjà un coût macroéconomique. La croissance britannique a franchement ralenti depuis le référendum de juin 2016. Le graphe illustre ce changement de dynamique. Le PIB est 3.4% au dessous du niveau qui aurait pu être le sien si la croissance de l’activité avait suivi la tendance constatée entre le début de la reprise au Royaume-Uni et le référendum. Dans le même temps, l’économie française, avec le même calcul, est 2.1% au dessus de sa tendance. La zone euro est 0.7% au dessus et l’Allemagne, pour des raisons qui ne sont pas directement liées au Brexit, est. -0.8% au dessous de sa tendance.

L’urgence pour les britanniques est de trouver un accord avant le 31 octobre afin de limiter le risque de rupture que présenterait une sortie de l’UE sans accord. Angela Merkel est prête à chercher un accord dans les trente jours. C’est ce qu’elle a indiqué lors d’une conférence de presse avec Boris Johnson le 21 août. Emmanuel Macron est plutôt sur l’idée qu’il n’y aura pas d’accord. (un rencontre entre Johnson et Macron aura lieu le 22 apres midi)

La question posée est de savoir qui fera l’effort. La commission européenne a rédigé un texte en accord avec Theresa May et ne veut pas en dévier. ce texte a été refusé trois fois par le parlement britannique. Boris Johnson n’en veut pas, refusant notamment l’arrangement sur l’Irlande (le fameux backstop). De ce point de vue, le G7 de Biarritz va être important. Outre les discussions supplementaires entre l’UE et le Royaume-Un, ce G7 va aussi positionner les britanniques vis a vis des USA de Donald Trump. Cela pourrait être un élément majeur dans la négociation puisque l’UE est déjà dans un rapport de force avec les USA.

Hong Kong – Quelques réflexions

Les manifestations observées à Hong Kong (HK) opposent les habitants de ce territoire rattaché à la Chine le 1er juillet 1997 et le gouvernement chinois. Elles sont massives. Le 18 août, 1.7 millions de personnes manifestaient soit 25% de la population.

L’enjeu est l’évolution politique du territoire de Hong Kong après l’adoption d’un amendement de la loi d’extradition par le gouvernement de Hong Kong. Ce qui est mis en cause est la perception, par les Hongkongais, de l’emprise que pourrait avoir sur le système juridique de HK au risque de réduire son indépendance vis à vis de Pékin. La particularité de HK pourrait ainsi être en partie gommée (1 pays, 2 systèmes depuis les accords de 1997) avec associé à cela un risque sur la sécurité personnelle pour chaque habitant de HK.
Carrie Lam, la cheffe du gouvernement de HK, a déclaré, le 8 juillet, que l’amendement était mort (The bill is dead) mais cela n’a pas calmé les manifestants qui souhaitent sa démission. C’est elle qui a lancé l’amendement et n’est pas élue démocratiquement puisque la chambre qui l’a ninvestie est de 1200 personnes principalement nommées par Pékin. Cette nomination aurait dû résulter d’un vote au suffrage universel. Mais, depuis 2014 et le mouvement des parapluies, Pékin a changé vis à vis de HK. Le gouvernement chinois ne semble plus vouloir accepter les accords initiaux sur la démocratie.
Cette critique de l’évolution politique de HK tient aussi au fait que le gouvernement chinois intervient dans les élections législatives, invalidant un candidat ou un autre.
La Chine s’oppose très fermement à cette agitation sociale. Les troupes chinoises sont aux frontières de HK et manœuvrent sans pour autant intervenir.

Pour comprendre ce qui se passe et la réaction forte du gouvernement de Pékin il faut revenir en arrière.
En 1997 lors de la rétrocession de HK à la Chine par les britanniques, il était écrit qu’il y aurait un pays mais deux systèmes. HK resterait soumise aux lois du marché et la Chine resterait socialiste. La Chine s’occuperait de la défense et des affaires étrangères mais HK aurait sa propre constitution marquée par un haut degré d’autonomie par rapport à la Chine avec notamment le maintien des libertés de la presse, de manifester, d’association….
L’accord du 1er juillet 1997 est signé pour 50 ans c’est à dire jusqu’en 2047. A partir de cette date, le système un pays deux systèmes peut se fondre en un pays, un système.

C’est sur ce point que les inquiétudes naissent à HK. L’idée au départ était la convergence des deux systèmes avec l’hypothèse que, la Chine s’enrichissant, son système politique allait faire davantage de chemin vers HK que le contraire. C’est le point défendu notamment par Samuel Pisar, selon lequel un plus grand confort économique se traduirait par l’adoption progressive d’un système politique plus libéral et démocratique.
Les hongkongais constatent, au regard des agissements de Pékin, que ce sont eux qui convergent vers le système politique chinois. Ils craignent d’être progressivement assimilés et de n’être plus qu’une province chinoise comme une autre. La conséquence serait un accès à l’information plus réduite et une capacité à être entendue beaucoup plus limitée qu’actuellement. Ils ont donc beaucoup à perdre.

Le gouvernement de Pékin ne veut pas prendre le risque d’accepter un désordre social et le gouvernement n’hésite pas à réprimer les manifestations qui ont lieu dans les régions. Pour éviter ce type de situation, les autorités chinoises font acte d’un grand activisme dans la politique économique mise en oeuvre. Il ne faut en aucun cas qu’une possible instabilité sociale ne se développe. C’est une des raisons du développement à grande échelle de la surveillance électronique des chinois. La reconnaissance faciale ou l’idée du crédit social sont des moyens de limiter les risques. C’est une forme de dictature digitale pour éviter l’agitation sociale.
Cette nécessité est d’autant plus grande que la croissance ralentit et que la capacité de l’économie chinoise à créer tous les emplois souhaités est discutée.

En d’autres termes, les autorités de Pékin ne souhaitent pas de diffusion des manifestations de HK vers le reste de la Chine qui est affaibli par une croissance plus lente. Cette situation est périlleuse car les populations de Shenzhen ou de Canton suivent l’évolution des rapports entre HK et Pékin. De nombreuses habitants de Shenzhen travaillent à HK, en conséquence il n’y a plus d’étanchéité entre HK et le reste de la Chine.

De nombreuses questions sont posées par ce rapport de force.
Une intervention militaire chinoise à HK fait partie des options possibles. Un tel choix politique se heurterait au risque de créer un lien avec ce qui s’était passé à Tien’anmen au printemps 1989.
Cela nuirait à la Chine dont le développement international a été décuplé par rapport à 1989. Les initiatives chinoises visant à étendre l’influence de la Chine telles que « les nouvelles routes de la soie » (Belt and Road Intitiative) seraient mise à mal par une intervention militaire. En tout cas ce serait un risque élevé à prendre au moment où la Chine tient tête aux USA et propose des capacités technologiques susceptibles de faire basculer l’équilibre du monde vers la Chine (l’affaire Huawei est symbolique de cela puisque cette entreprise a les capacités de renouveler les réseaux de téléphonie mobile et de faire basculer rapidement les pays européens vers la 5G chinoise).
Ce serait donc un risque majeur alors que la Chine veut rivaliser sur le plan économique et politique avec les USA.
En outre, le rabaissement du statut de HK, au rang de région chinoise (ce qui serait le cas s’il y avait intervention), accentuerait la défiance de toutes les capitales du monde vis à vis de Pékin.

Une telle défiance pourrait cependant n’être que de court terme. Les chinois peuvent, en effet, faire l’hypothèse que leur puissance économique et technologique leur assurera le leadership des prochaines années. Dans ce cas, une intervention n’aurait qu’un impact limité dans le temps. Tien’anmen n’a pas empêché la croissance et l’emprise de la Chine sur le monde au cours des trente dernières années.

Le rôle de la Chine dans le monde est en train de se jouer. Elle fait face aux USA dans un rapport de force économique et politique global. L’enjeu est celui du leadership technologique, économique et politique. Washington n’arrive pas à conclure son bras de fer avec Pékin. Les représailles chinoises ont fait reculer D.Trump, la semaine dernière, lorsque celui ci a repoussé au 15 décembre la taxation de produits électroniques grand public.
La Chine est aussi dans la construction de son équilibre interne. Le maintien de HK dans son statut actuel c’est la possibilité d’accéder au reste du monde et à celui-ci d’accéder à la Chine. Ce lien est essentiel même si HK ne représente plus que 3% du PIB chinois contre 20% en 1997.
La Chine redevient peut être la puissance économique qu’elle était avant la révolution industrielle de l’Europe. La façon dont sera réglée les manifestations de HK en dira long sur la façon dont, dans un monde globalisé, ce leadership pourrait s’exercer.

La croissance chinoise en repli à 6.2%

Le ralentissement de l’économie chinoise est clairement un fait. Comme il a été souvent souligné la croissance de 6.2% sur un an au deuxième trimestre est le chiffre le plus faible depuis 27 ans.

Deux phénomènes à l’œuvre pour expliquer cela.

D’abord le mouvement tendanciel de l’économie chinoise qui passe de l’industrie aux services. Ce basculement est traditionnel lorsqu’une économie croît dans la durée. La hausse des revenus associée à la croissance de l’industrie (forte productivité) provoque une demande de services de santé, d’éducation, de services liés à une économie plus complète et une demande de loisir plus importante. Cette bascule vers les services se traduit par des gains de productivité plus faible et une croissance plus réduite. Ceci est assez ordinaire.

Associé à cela des difficultés liées à l’ajustement d’une économie de très grande taille au sein de laquelle il existe des surcapacites considérables et un endettement très important des entreprises. La politique économique s’évertue à limiter les risques associés à cela.

Il faut éviter les ruptures.

L’autre phénomène est effectivement l’impact des mesures prises par les US qui se traduisent par un fort ralentissement des exportations ce qui pénalise l’économie à court terme.

Le risque est que les mesures Trump perturbent l’ajustement Interne de l’économie chinoise et grippe les mécanismes la dynamique endogène de celle ci. C’est le risque d’autant que le développement dans la durée s’est traduit par un compte courant nettement moins excédentaire et donc des marges de manœuvres plus limitées