L’Italie, la Route de la Soie et la Chine – Ma Chronique hebdo

La signature d’un compromis entre l’Italie et la Chine à propos de l' »Initiative Ceinture et Route » (Belt and Road Initiative (BRI par la suite)) est marquant puisque l’Italie est le premier pays fondateur de l’Union Européenne à entrer dans le processus. Cette initiative vise à développer des courants d’échanges plus denses entre la Chine et diverses régions du monde.
En Europe, l’Italie est le 12ème pays de l’UE à s’inscrire dans cette initiative chinoise. La Grèce, la Hongrie ou encore la Pologne n’y sont pas hostiles. La densité du transport ferroviaire entre Chengdu et Lodz s’est franchement accrue ces 5 dernières années dans le cadre des échanges entre les deux pays. En revanche la Suède est plutôt hostile à l’initiative chinoise. Les français et les allemands sont prudents dans leurs réactions probablement parce qu’ils perçoivent à la fois les opportunités que cela donne en matière d’activité et d’échanges mais aussi les contraintes d’un programme défini avant tout par la Chine.

L’accord entre la Chine et l’Italie n’est pas encore très important en montant et il ne reflète pas encore un engagement ferme des deux pays. Il a cependant créé un peu de pagaille dans le gouvernement italien entre Di Maio qui a tout fait pour favoriser cet accord et Salvini qui n’en voulait pas.

Les chinois sont très attachés à cette dynamique internationale et au rôle de la Chine dans l’équilibre global. Xi Jinping avait remis au premier plan cette vision du monde avec la mise en place de la BRI dès 2012 juste après son arrivée à la présidence de la Chine. Il voulait et souhaite encore inscrire la nouvelle phase du développement chinois dans un cadre plus large, celui dans lequel s’est inscrit le développement chinois il y a plus de 2000 ans lorsque le développement tentaculaire des Routes de la Soie façonnait l’Asie jusqu’à l’Europe. Lors de son récent voyage en Europe, Xi Jinping n’a pas manqué de rappeler les relations très anciennes entre Rome et la dynastie Han qui régna entre 206 avant JC et 220 après JC. Il a évoqué aussi le voyage en Chine de Marco Polo, riche marchand vénitien au 13ème siècle. Les chinois voulaient ainsi marquer l’attachement historique avec l’Italie mais aussi l’influence et l’inscription dans la durée de la Chine à l’échelle planétaire.

Cette irruption de la Chine en Europe par le biais de cette Initiative provoque forcément des interrogations sur les relations des deux régions. C’est une étape nouvelle que de cibler l’un des fondateurs de l’Union Européenne. D’autant que l’Italie n’était pas si mal lotie dans les investissements chinois en Europe. Si le Royaume Uni a été la cible préférée des investisseurs et entreprises chinoises depuis 2000 (59.9 Mds d’euros en cumulé jusqu’en 2018 selon Merics), l’Italie se classe juste derrière l’Allemagne avec un montant de 15.3 Mds contre 22.1 pour les allemands. La France se classe 4ème avec 14.3 milliards.

Mais ce choix politique de l’Italie pose plusieurs questions.

Cette décision est elle un moyen de diviser les européens dans un contexte global où l’homogénéité de l’Europe est interrogée. Plusieurs pays ne souhaitent plus respecter les règles de l’UE de façon aussi stricte que par le passé. Cela est le cas de l’Italie mais aussi de la Pologne, de la Roumanie et de quelques autres. Au regard de la méfiance des européens à l’endroit de la Chine, n’est ce pas pour cette dernière un moyen d’enfoncer un coin dans l’unité européenne ? On peut s’interroger car en facilitant le relâchement des contraintes européennes les chinois peuvent trouver des espaces plus confortables pour mettre en œuvre une stratégie de développement globale tout en renforçant leur position internationale ?

On peut aussi se demander si le choix fait par l’Italie n’est pas un moyen pour l’Europe du sud de faire pression sur l’Europe du nord et sur la Commission Européenne. Les relations avec la Chine pourraient ainsi être un levier pour les pays du sud et notamment pour l’Italie dont les tensions avec Bruxelles se sont franchement accrues depuis l’arrivée du gouvernement de coalition.
La Chine a déjà fait des emplettes dans le port d’Athènes (Pirée), de Sines au Portugal, de Valence en Espagne et ont pris pied dans le port industriel de Venise (Mestre-Marghera). La Chine, parfois via Hong Kong, possède désormais ou gère 10 % des ports européens sans compter les offres qu’ils déposent pour en gérer davantage. C’est un chiffre significatif et cela pourrait alimenter les déséquilibres et les pressions entre Etats européens dans une Europe moins homogène.

On peut finalement se demander si ce comportement des chinois qui cherchent à gagner en influence n’est pas le reflet du caractère secondaire de l’Europe. Celle-ci est une zone à fort pouvoir d’achat mais qui est divisée malgré les institutions et qui ne semble pas faire partie de la bataille technologique que la Chine livre avec les USA. C’est alors un moyen de rompre l’unité imaginée des européens vis-à-vis des américains et de se donner les moyens d’avancer les pions technologiques qui se traduiront in fine par le leadership technologique de la Chine en Europe afin d’asseoir sa position globale ? On a vu récemment, notamment vis-à-vis de l’Allemagne, les menaces faites par la Maison Blanche pour ne pas permettre l’utilisation de la technologie Huawei dans le renouvellement des infrastructures de téléphone mobile.

Enfin, dans cet accord, le point important est Trieste. C’est ce port, une zone industrielle franche, qui doit être la tête de pont italien des chinois. Trieste a des avantages considérables que le Pirée n’a pas et qui explique une grande partie de l’échec des investissements chinois dans le port d’Athènes. D’abord parce que c’est un port inscrit dans un cadre déjà industriel. Ensuite, il existe un réseau ferroviaire beaucoup plus dense qu’en Grèce qui peut ainsi mettre Munich a une distance et un trajet plus court qu’entre Hambourg et Munich. En d’autres termes, Trieste est proche de l’Allemagne du sud, de l’Italie du nord et du sud-est de la France. La route de Shanghai à Trieste est plus courte de près de 10 jours par rapport à une route vers les ports du nord de l’Europe. C’est considérable et cela peut donner à Trieste le pouvoir de contrebalancer Rotterdam ou Hambourg. Cela ne serait pas négligeable dans la formation d’un nouvel équilibre européen.

Retrouver cette chronique en format pdf Ma Chronique hebdo du 1 Avril

Trois remarques sur le budget, l’Italie et la Commission Européenne

La Commission Européenne vient de retoquer le budget présenté par l’Italie pour 2019. Le déficit, s’il n’apparaît pas excessif (2.4%), est perçu comme fragile car les prévisions de croissance sont trop optimistes. En outre, avec un gouvernement de rupture, on doit s’attendre à un certain laxisme sur les dépenses. Le gouvernement n’a pas été élu pour faire la même chose que ses prédécesseurs. En d’autres termes, le risque est un dérapage du budget avec la possibilité d’aller au delà du fameux seuil de 3% du PIB qui serait incompatible avec une stabilisation de la dette publique. Le niveau de la dette publique italienne est voisin de 132% du PIB et est clairement au-delà de la norme de 60%. Ce n’est pas soutenable. Mais une trajectoire soutenable passe-t-elle par une réduction drastique du déficit public? Pas sûr.

Il y a plusieurs plusieurs points soulevés par l’articulation entre le budget, l’Italie et la Commission Européenne.  Lire la suite

Dette publique française à 100% du PIB – Ma chronique du lundi

Mon post en format pdf est Ma Chronique du lundi 1 Octobre 2018

La dette publique française est proche de 100% du PIB. Est-ce vraiment préoccupant?
Non, il ne faut pas en exagérer l’importance. L’INSEE en intégrant la dette de la SNCF a fait sensation puisque la dette publique mesurée en pourcentage du PIB a passé le niveau de 100% au cours de l’année 2017. Ce n’est plus le cas. Au 2ème trimestre de 2018 la dette publique ne représentait plus que 99% du PIB.
On observe deux périodes sur le graphe représentant cette série: avant et après la crise de 2008. L’Etat, en accroissant son émission de dette, a facilité l’ajustement macroéconomique en mutualisant dans le temps le choc subi par l’économie française.
Ce que l’on remarquera est qu’il y a une dérive à la hausse après 2010. Ce point n’est pas spécifique à la France et reflète une croissance plus lente de l’économie française dans la durée alors que son système social ne s’est pas adapté à cette nouvelle évolution. La dérive de la dette publique traduit la lente vitesse d’ajustement des institutions françaises.
En d’autres termes, la dette publique permet de mutualiser les chocs et c’est son rôle principal mais elle dérive lorsque l’économie tarde à s’ajuster à de nouvelles conditions économiques.dettemaastrichtFrance.png

Le seuil de 100% du PIB c’est ennuyeux ou pas ?
Cela a un caractère impressionnant et c’est symbolique mais ce n’est pas forcément une source pénalisante pour la dynamique de l’économie. Le Japon, dont la dette publique représente 240 % de son PIB, est le pays qui se sort le mieux de la crise si on regarde le PIB par tête. Je n’ai pas le sentiment que le Japon soit en faillite. Lire la suite

Italie: Les chiffres de croissance sont trop optimistes

Dans un interview, Giovanni Tria, le ministre de l’économie italien, a précisé les prévisions de croissance de l’Italie pour 2019 et 2020. Ces chiffres sont attendus à 1.6% et 1.7% respectivement. Rappelons deux choses: de tels chiffres n’ont été atteints en 2006 lorsqu’il y avait une euphorie globale et en 2010 avec la relance coordonnée de l’activité après la crise de 2009. Rien de tel attendu pour les deux prochaines années. La tendance de croissance est de 1.1% loin des chiffres annoncés.

Le doute que l’on peut avoir sur ces chiffres engendre une interrogation sur le chiffre de déficit budgétaire de 2.4% en 2019, 2020 et 2021. La croissance moins forte et les dépenses forcément un peu plus fortes dans cette période de rupture politique suggèrent que ces prévisions de déficit ne sont pas crédibles. La situation italienne est à risque. En d’autres termes, l’objectif de réduction d’un point chaque année du ratio dette publique sur PIB est illusoire

https://www.bloomberg.com/news/articles/2018-09-30/italy-s-tria-tells-il-sole-he-never-threatened-to-resign

Italie – Comprendre le risque de l’annonce sur le budget en sept points

Les investisseurs ont peu goûté la publication du programme budgétaire italien qui prévoit un déficit du budget de 2.4% du PIB en 2019, 2020 et 2021. Les incertitudes reviennent sur l’Italie. Le taux à 10 ans a progressé fortement comme le montre le graphe arrêté ce matin à 1015.

Source Bloomberg

Quelles sont les inquiétudes des investisseurs ? Lire la suite