La hausse du déficit public US m’inquiète

Quand nos petits-enfants étudieront l’économie, devront ils systématiquement mettre une variable muette dans leurs équations économétriques pour la période de la présidence Trump* ? En d’autres termes, l’économie américaine entre-t-elle dans un cadre hors norme sous l’impulsion des décisions de Trump et du Congrès ? C’est la question à se poser au regard des mesures prises sur la baisse d’impôts et la hausse des dépenses et de leurs conséquences sur le déficit public abyssal des Etats-Unis .

L’allure des finances publiques est effectivement la plus problématique des questions. L’accroissement du déficit public dans la durée laisserait à penser que l’économie traverse une récession profonde. Ce n’est pas le cas loin de là puisque Janet Yellen l’a conduite au plein emploi (voir ici l’analyse de Jason Furman). La relance de l’activité par la Maison Blanche et le Congrès pose ainsi une vraie interrogation sur la rationalité d’une telle politique. On ne relance pas l’économie lorsqu’elle est au plein emploi sous peine d’engendrer d’importants déséquilibres dans la durée. C’est pénalisant pour tous. Lire la suite

Les politiques d’austérité pendant le crise: une bonne recette pour miner la reprise et accroitre la probabilité de récession 

Le graphe ci dessous traduit bien l’histoire de la politique économique depuis le début de la crise. Alors que les banquiers centraux ont réduit les taux d’intérêt pour faire face à la contraction de l’activité, les gouvernements en ont rajouté en mettant en place des politiques d’austérité.

En d’autres termes, la politique monétaire buttait sur la contrainte de non négativité des taux d’intérêt sans pour autant faire repartir l’économie. Mais les gouvernements, notamment en zone euro, ont insisté pour limiter la hausse de la dette publique. 

Cela s’est traduit par une économie qui était KO et qui en plus était contrainte sur sa politique économique. La récession n’était que la résultante de ces erreurs de politique économique.  Je crois qu’il ne doit pas y avoir trop d’ambiguïté sur ces points. 

 

source IMF

 
Dans un long papier publié dans le Guardian, Paul Krugman revient dans le détail sur la façon dont ces politiques ont été mises en œuvre. Il évoque l’austérité génératrice de croissance d’Alesina, la hausse spectaculaire de l’inflation et des taux d’intérêt après la mise en place de politiques monétaires non orthodoxes (Ferguson), les bond vigilantes mais aussi le fameux seuil de 90% que ne devait pas dépasser la dette publique (Reinhard et Rogoff).  Tous es éléments qui ont plongé la zone euro dans une longue récession dont elle sort à peine. En outre, la Grèce, qui était montré en exemple de ce qu’il ne fallait pas faire, est restée un cas isolé car vraiment spécifique.

Il indique aussi que si le Royaume Uni a été restrictif sur le plan budgétaire, cela fait un moment qu’il ne l’est plu et c’est une explication majeure de la croissance britannique. (3ème graphe dans le papier de Krugman)

 

Source: Krugman

 
Enfin Paul Krugman s’interroge sur cette opposition aux analyses keynésiennes et là aussi c’est plein d’enseignements 

Sur le solde budgétaire structurel

Très bon article de Frances Coppola (@Frances_Coppola) sur la notion obscure de déficit structurel. Elle pose la question récurrente de la distinction entre ce qui est structurel et ce qui est conjoncturel.
Avec beaucoup d’assurance les économistes parlent de solde structurel, elle montre que c’est une notion bien floue.

Sa conclusion
The aftermath of a severe negative shock is no time to be worrying about « structural » deficits. Better to restore the economy first, by every means available. Dealing with what would be better named the « residual » fiscal deficit is a job for the good times.

L’article est disponible ici http://www.pieria.co.uk/articles/the_myth_of_the_structural_deficit

Les enjeux de la politique économique en France

La politique économique française est sur le grill.
La première mission de Michel Sapin sera de négocier, à Bruxelles, un délai pour la réduction du déficit public puisque le seuil de 3% ne semble pas atteignable en 2015. Dans le même temps, les négociations continuent sur le pacte de responsabilité et notamment sur le fait de savoir s’il faut, en compensation des réductions de charges, baisser les dépenses publiques de 50 milliards.
Ces questions vont aussi être au cœur du discours de politique générale de Manuel Valls, mardi prochain.
Il peut être pertinent de s’interroger sur les contraintes pesant sur cette politique économique en regardant la dynamique de la croissance française.

Sur longue période le profil du PIB est déterminé par la demande privée Lire la suite

Trois questions sur l’économie japonaise

Le gouvernement japonais de Shinzo Abe a déclaré jeudi 8 août vouloir réduire les dépenses publiques de 62 milliards d’euros en deux ans. Cette décision est-elle compatible avec les Abenomics, dont l’une des « flèches » consiste en une politique de relance budgétaire ?
Le gouvernement Abe a deux objectifs et une contrainte. L’objectif premier est celui de pérenniser la croissance dans une économie dont la population vieillit rapidement. Pour cela il souhaite inverser la dynamique des prix passant d’une longue période de déflation à une situation d’inflation modérée à l’horizon 2015. L’objectif est de modifier les anticipations de l’ensemble des acteurs de l’économie afin d’altérer en profondeur leur comportement de dépenses et d’épargne. Pour satisfaire à ces deux objectifs le gouvernement met en place les deux premières flèches de sa stratégie. L’une correspond à une politique monétaire très accommodante pour sortir de la déflation et l’autre à une politique budgétaire ambitieuse pour soutenir l’activité.

La contrainte est cependant l’équilibre des finances publiques. Lire la suite