Alerte sur l’investissement des entreprises dans l’OCDE

Les commandes à l’industrie allemande connaissent une allure baissière. Depuis le point haut de la fin de l’année 2017, l’indicateur s’est replié de près de 12% et de 8% si on lisse les données sur 3 mois.
L’inflexion conjoncturelle est significative mais se lit dans toutes les enquêtes menées auprès des chefs d’entreprise. L’IFO n’a plus fière allure, l’enquête Markit a perdu de sa superbe et quant au ZEW, il plonge rapidement..
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Dans l’indice des commandes à l’industrie allemande, l’indicateur qui nous intéresse le plus est celui des biens d’équipements. Il donne un signal sur l’allure de l’investissement au sein des pays de l’OCDE. 
Le graphe ci dessous montre que l’indicateur de commandes et l’investissement suivent la même dynamique. En juin 2018, les commandes d’équipement ne varient pas sur un an. C’est un facteur de préoccupation puisque l’incertitude globale qui s’accroît, notamment sur le commerce mondial, n’est pas propice à l’investissement. Les entreprises ne peuvent pas, ne veulent pas prendre des paris excessifs. Lorsque l’incertitude s’accentue elles ont tendance à mettre le pied sur le frein et c’est plutôt rationnel. Pourquoi investir fortement si les capacités construites ne peuvent pas être mises en oeuvre?
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La décomposition géographique de cet indicateur de commandes de biens d’équipement montre que c’est principalement la zone Euro qui avait porté le mouvement haussier et qui aujourd’hui tire l’ensemble vers le bas. La partie « non euro » ne présente pas une rupture aussi brutale que celle de la zone Euro.
Cela suggère que l’inflexion conjoncturelle de la zone Euro, avec un investissement moins dynamique, est toujours le scénario de référence.
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Quand les banquiers centraux deviennent procycliques

La croissance ralentit à l’échelle globale, c’est ce que suggèrent les différentes enquêtes menées auprès des chefs d’entreprise mais aussi l’allure moins rapide du commerce mondial. C’est à ce moment là que les banquiers centraux ont décidé de changer le profil de la politique monétaire passant d’un biais accommodant à un biais plus restrictif.
La croissance de 2017 à l’échelle mondiale était la résultante d’une politique monétaire globalement accommodante. Cela avait permis de renforcer la demande domestique au sein de chaque pays et de redynamiser le commerce mondial.
Avec le biais plus restrictif sur la politique monétaire, le risque est de peser encore davantage sur une conjoncture moins dynamique et de donner à la stratégie des banques centrales un caractère procyclique non nécessaire. Le risque est d’infléchir encore davantage la dynamique de l’économie et de peser sur l’emploi.
La justification d’un tel biais ne peut être une accélération de l’inflation puisque celle ci résulte de la hausse du prix de l’énergie et pas du tout de tensions au sein de l’économie. Dans une telle configuration les banquiers centraux doivent être neutres.

L’analyse de ce biais restrictif non nécessaire est développée dans mon blog anglais ici

Stratégie de la Fed, dollar et marchés émergents

Sur mon blog anglais je reviens sur la stratégie de la Fed et la nécessité pour elle de remonter ses taux d’intérêt pour éviter de trop importants déséquilibres résultants de la politique budgétaire trop accommodante de la Maison Blanche.
La divergence avec les taux de la BCE est impressionnante et devrait se traduire par une appréciation supplémentaire du billet vert. La conséquence est une plus grande fragilité des pays émergents. La hausse des taux courts US et celle du dollar ont fortement réduit l’intérêt du carry trade. Cela se traduit par d’importantes sorties de capitaux et une réduction de la liquidité sur les marchés émergents. La crise là bas n’est pas terminée.
L’article est disponible ici
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4 graphes pour comprendre l’accélération de l’inflation en France

Le Constat
L’inflation en France est depuis 3 mois au-dessus de 2%. Elle s’est inscrite, en juillet, à 2.3%, le plus haut niveau depuis mars 2012. Le décrochage à la hausse date du début de l’année 2018. On constate dans le même temps que l’inflation sous jacente évolue peu (même si on ne dispose pas encore du chiffre de juillet). Elle reste nettement au-dessous de 1%.
L’accélération vient de la hausse rapide du prix de l’énergie et les consommateurs le constatent déjà en faisant le plein de leur voiture sur la route des vacances. Son impact va s’estomper au cours de l’automne et de ce fait l’accélération de l’inflation ne sera que temporaire.
L’inflation, à 2.3%, progresse plus vite que les salaires et se traduit par une baisse du pouvoir d’achat. Comment dans ces conditions imaginer que les consommateurs français puissent se ruer dans les magasins et alimenter la croissance française? Ils resteront prudents d’autant que le ralentissement déjà observé de l’activité va engendrer un peu plus d’incertitude sur le marché du travail. C’est déjà un peu perçu dans l’enquête mensuelle auprès des ménages. La composante liée au marché du travail a changé d’allure depuis le printemps.
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Croissance française décevante en T2

La croissance du 2ème trimestre en France est décevante. Elle est équivalente à celle du T1 à 0,158%, arrondi à 0,2% (0,153 au T1). L’acquis est de 1,3% pour 2018 à la fin du T2.

Pour atteindre la croissance 1,7%,objectif de la loi de finance, il faudrait 0,55% par trimestre au T3 et au T4. Pour 2% il faudrait 1% par trimestre alors n’y pensons pas.

La consommation est le point faible de la croissance avec une contraction en T2 (-0,1%). Cela reflète l’impact des effets fiscaux (hausse CSG vs réduction des charges) et une accélération de l’inflation au T2. On notera le rebond de l’investissement des entreprises.

Le T3 démarre mieux avec des enquêtes plus positives du côté des entreprises mais la croissance pour 2018 devrait se situer autour de 1,5 % après 2,3% en 2017.

Cela veut dire que l’objectif de réduction du déficit public à 2,3% du PIB ne sera pas tenu. Le déficit public restera voisin de son chiffre de 2017 à 2,6%.