Le ZEW reste médiocre en Septembre

Le ZEW mesuré comme la moyenne de ses deux composantes reste en territoire très négatif en septembre. Son retournement évoqué ici et là est très relatif. Les anticipations sont moins dégradées mais restent à un niveau bas. Quant aux conditions courantes, elles chutent de façon continue depuis un an au moins et septembre n’échappe pas à cette dynamique négative.
L’allure du ZEW suggère encore que le chiffre du PIB sera toujours dans le rouge au troisième trimestre. Le redressement de l’activité et l’inversion de tendance au T4 ne sont pas encore franchement perceptibles.

Les chiffres à venir. Semaine du 9 au 15 septembre

L’événement principal de cette semaine est la réunion de la BCE du 12 septembre.
Des mesures bazooka sont attendues de la part de la BCE afin de stimuler l’inflation et modifier les sombres anticipations pour l’économie mondiale et son impact négatif pour Allemagne.
> La BCE devrait abaisser le taux de la facilité de dépôt. Ce taux est négatif (-0,1%) depuis le 11 juin 2014 et au niveau actuel (-0,4%) depuis le 13 mars 2016. Il pourrait être réduit à -0,5% ou -0,6% mais avec une gradation de ce taux appliqué aux réserves que les banques ont à la BCE. Le but serait de limiter la contrainte résultant de ce taux négatif sur le système bancaire. Cela aidera les banques, notamment dans les grands pays. 80% des liquidités à la banques centrales sont associées aux 5 plus grands pays. > L’autre mesure attendue est la reprise du programme d’assouplissement quantitatif, probablement au début de l’année prochaine)

Quatre questions sont associées à ces mesures:
1 – Elles aideront les banques avec cette procédure de modulation du taux de dépôt selon les réserves (à définir, car elle peut être complexe).
2 – L’impact sur l’économie sera très très limité. Les consommateurs et les entreprises ont déjà adapté leur comportement à des taux d’intérêt bas. Par conséquent, je ne m’attends pas à un changement dans la dynamique de leurs dépenses.
Lorsque les taux d’intérêt ont chuté à 0% pour le refi, le comportement des consommateurs a radicalement changé et cette modification de l’orientation de la politique monétaire a probablement été la principale raison de la forte reprise observée dans la zone euro après 2014.
Abaisser drastiquement le taux d’intérêt réduit les incitations à transférer la richesse dans le futur. Cela se traduit par une accumulation sur les comptes bancaires et une incitation à dépenser. Mais ce ne sera pas le cas maintenant. Les consommateurs notamment sont déjà habitués aux taux bas et ne changeront pas leur comportement. Plus que cela, un signal de taux plus bas peut être interprété comme un signal que l’environnement est pire que prévu, entraînant une plus grande économie.
3 – Le programme QE est effectué à un moment caractérisé par le fait que les taux d’intérêt à long terme sont leur plus bas niveau historique. Le taux allemand à dix ans est déjà à -0,6%, mais le taux espagnol à 10 ans est à 0,2% et le taux portugais à 0,23%. Même le 10 ans italien est à 0,9%. L’objectif de la BCE est peut-être d’augmenter la répression financière avec des courbes de rendement négatives pour tous les pays de la zone euro et de signaler qu’il en sera ainsi pour une période prolongée.
4 – Nous savons que la partie manquante de la politique économique de la zone euro est une politique budgétaire coordonnée. Christine Lagarde, après Mario Draghi, a mentionné ce point dans une interview et au Parlement Européen La BCE ne peut pas faire d’une pierre deux coups. Son action doit être complétée par un programme fiscal intégré. C’est pourquoi on ne peut pas s’attendre à un impact fort des mesures qui seront prises à Francfort.

Le chiffre du commerce extérieur allemand (juillet) est l’autre chiffre important pour cette semaine.
Il sera publié lundi 9. L’Allemagne a été pénalisée par le changement de la dynamique du commerce mondial. Au deuxième trimestre, les exportations ont fortement chuté (-5,2% en rythme annuel), ce qui peut être lié au ralentissement observé du commerce mondial et à la moindre dynamique, partout, du secteur manufacturier. En juillet, la production industrielle était en baisse de -0,6% après -1,5% en juin.

Ventes au détail aux États-Unis en août (13 septembre)
Les dépenses des consommateurs sont essentielles pour les perspectives économiques aux États-Unis. Jusqu’à présent, les chiffres ont été forts. Au deuxième trimestre, l’évolution des dépenses de consommation (+ 4,7% en taux annuel) a été la plus forte depuis le quatrième trimestre de 2014. Ce chiffre est également important car c’est le dernier avant la hausse des tarifs sur les biens de consommation qui a été décidé par la Maison Blanche le 1er septembre. La plupart des produits bénéficiant de ces nouveaux tarifs sont des produits finis, ce qui augmentera leurs coûts modifiant ainsi le comportement des consommateurs. La deuxième partie de l’année sera associée à une dynamique plus faible du côté des consommateurs. Le 15 décembre, de nouveaux tarifs s’appliquent également aux produits électroniques grand public.
Le chiffre de juillet de Jolts confirmera le changement de comportement sur le marché du travail américain (10 septembre)
Le marché du travail britannique (le 10 septembre) mettra en évidence l’impact de la récente chute de l’économie britannique. Ce marché a très bien résisté au ralentissement observé depuis le référendum. La contraction de l’activité au Royaume-Uni au deuxième trimestre aura un impact.
Production industrielle pour juillet en France et en Italie (10) dans la zone euro (12), Inflation pour août aux États-Unis (12) et en Chine (10) et confirmation des chiffres de l’inflation pour août en Allemagne (12), en France ( 12) et en Espagne (13). Coûts de la main-d’œuvre dans la zone euro au deuxième trimestre (13)

Le document détaillé en anglais est disponible ici
NextWeek-September9-September15-2019

Les chiffres à venir. Semaine du 2 au 8 septembre

> L’économie mondiale ralentit très rapidement et le commerce mondial se contractait en juin. Pour anticiper l’avenir immédiat de l’activité économique, les enquêtes auprès des entreprises sont essentielles. La semaine prochaine, les enquêtes Markit et ISM seront publiées. Le 2 septembre, les enquêtes sur le secteur manufacturier pour Markit seront publiées. L’ISM sera disponible le 3 septembre. Ces chiffres mettront en évidence le dynamisme à court terme de l’activité mondiale et la dynamique future du commerce mondial.

> Le 4 septembre, l’enquête sur le secteur des services Markit sera publiée et le 5, l’enquête ISM sur les services. Aux États-Unis, l’enquête sur les services ne rééquilibre plus la faiblesse du secteur manufacturier. L’estimation rapide pour l’enquête Markit est maintenant inférieure à 51. Fragilité conduisant à une récession?

> L’emploi américain pour août sera publié le 6 septembre. Les chiffres récents sur la création d’emplois ont été révisés à la baisse (révision annuelle), ce qui a entraîné une dynamique plus faible. Cette inflexion est cohérente avec le changement de tendance observé dans l’enquête JOLTS.

> Les commandes industrielles en Allemagne pour le 5 juillet seront une autre source d’information sur la vigueur de la dynamique mondiale étant donné que cet indicateur a un profil cohérent avec l’investissement de l’entreprise OCDE. Les données récentes montrent un ralentissement rapide.
> Développements récents au Moyen-Orient avec tensions accrues ce week-end entre Israël, le Liban et la Cisjordanie.

Le document détaillé en anglais est ici
NextWeek-September2-September 8-2019

2 graphes qui montrent que les français sont optimistes

Les ménages français sont optimistes. L’indicateur de confiance calculé par l’INSEE est un peu supérieur à la moyenne de l’enquête qui démarre en 1987. Après la déprime de la fin 2018, les ménages ont désormais un horizon plus solide.
Deux composantes de cette enquête montrent ce changement de perception. La première est celle relative au chômage. Les ménages ont une perception de l’évolution du chômage, au cours des 12 prochains mois, qui traduit une amélioration du marché du travail. Les ménages sont moins inquiets, que ce qu’ils sont en moyenne sur cette question.
L’autre indicateur porte sur la façon dont les ménages se projettent dans les 6 prochains mois. Tant sur la situation de chacun pris individuellement que sur la situation à venir des français, les ménages sont optimistes un peu plus optimistes qu’ils e sont en moyenne.
La déprime de fin d’année est un peu de l’histoire ancienne. Entre-temps, près de 150 000 emplois ont été créés et la politique économique a eu un impact favorable sur le pouvoir d’achat et sur sa capacité à amortir les chocs.

Du côté des entreprises, l’indice français se maintient au-dessus de sa moyenne historique.
La comparaison de l’indice de climat des affaires avec l’IFO allemand éclaire la conjoncture des deux pays.. Pour les comparer, ils sont tous les deux centrés et réduits sur la période qui démarre en janvier 1991 (après la réunification). Les cycles des deux pays sont plutôt cohérents sur l’ensemble de la période. L’indicateur français est plus robuste jusqu’au milieu de la première décennie 2000 (réformes structurelles allemandes). C’est le contraire après la crise de 2008. L’Allemagne, plus sensible au commerce mondial et ayant développé ses échanges avec l’Asie et la Chine, connait un cycle particulier assez différent de celui de la France. La rupture récente observée outre-Rhin est un peu le revers de cette médaille. L’indice IFO revient à sa moyenne depuis 1991. Cependant, à court terme, cela se traduit par un choc fort sur l’économie allemande, un changement de régime rapide qui pourrait se traduire par une contraction de l’activité.
Les déterminants des deux économies sont très différents (cf ici). La France est très dépendante de sa demande interne et sa politique économique peut permettre d’amortir les chocs externes. Le repli rapide des exportations allemandes pourrait inciter le gouvernement à soutenir la demande interne limitant ainsi le risque de repli trop fort de l’activité. La zone Euro pourrait ainsi trouver une voie de sortie sans se reposer uniquement sur les mesures de sa banque centrale. Cela serait en outre plus efficace.

Les chiffres à venir. Semaine du 26 août au 1er septembre

Principaux Points

> Les chiffres de la croissance du PIB pour le deuxième trimestre seront publiés aux États-Unis (29), en Allemagne (27), en Italie (30) et en France (29). Nous avons déjà des estimations pour cette période (-0,3% en Allemagne, 0,1% en Italie et 1% en France au taux annualisé), mais nous aurons des détails sur les contributions en Allemagne et en Italie et sur la situation des entreprises et des ménages en France (taux de marge, taux d’épargne, pouvoir d’achat ..). Pour les États-Unis, ce sera le chiffre définitif. L’estimation avancée est de 2,1% au taux annuel. Une analyse de chaque pays est présentée dans le document

> De nombreux sondages pour août seront publiés.
Lundi, l’indice IFO fournira une nouvelle preuve de la récession de l’économie allemande. Les enquêtes ZEW et Markit du mois d’août montrent déjà une dynamique négative. Le Climat des Affaires en France sera publié mardi. Il était légèrement plus faible en juillet mais restait au-dessus de sa moyenne historique. La dynamique française repose sur une demande intérieure forte, comme le montre l’enquête Markit du mois d’août. Le point intéressant sera en Italie. Nous aurons la confiance des consommateurs et des entreprises pour le 28 août. La situation politique ayant radicalement changé en août, elle pourrait inverser l’amélioration constatée du côté des consommateurs en juillet. Il sera intéressant de suivre la réaction des entreprises, l’incertitude augmentant alors que l’Italie se rapprochera de la récession.

> La confiance des consommateurs britanniques donnera des informations sur l’impact du premier mois de Boris Johnson au 10 Downing Street (30 août).
Confiance des consommateurs américains (Conference Board le 27 août ). Elle fournira, dans le détail, des éléments importants sur le marché du travail alors que l’indice de confiance diminuera probablement (comme l’indice du Michigan) Le fait est que les perspectives du marché du travail données dans cette enquête et la dynamique de ce marché (JOLTS) sont cohérentes. Le mois d’août sera-t-il une confirmation? Nous nous attendons à ce qu’il le soit.
> La consommation américaine pour le mois de juillet (30 août) et les commandes de biens durables pour le mois de juillet (26 août) seront les premiers éléments de la demande intérieure pour le troisième trimestre. Les dépenses des consommateurs resteront assez fortes, mais on s’attend à une faiblesse des commandes, notamment des commandes hors défense et avions, ce qui conduit à une perspective négative de l’investissement des entreprises.
> Taux de chômage de la zone euro pour juillet, le 30 août. Le taux (7,5% en juillet) est presque à son plus bas historique (7,3% de novembre 2007 à mars 2008), mais la dynamique de création d’emplois est plus faible maintenant (enquête Markit de juillet et août). ). Le chiffre sera robuste mais sans attente d’une amélioration durable en raison du contexte macroéconomique plus faible.
Les chiffres allemands sur l’emploi seront intéressants (pour le 29 juillet, le 29 juillet). L’évolution récente est plus réduite que dans un passé récent et cette inflexion va se prolonger compte tenu de la situation macroéconomique de l’Allemagne. En moyenne, les emplois ont augmenté de 130 000 par trimestre en moyenne en 2018, mais seulement de 33 000 au deuxième trimestre de 2018.
> Données d’inflation pour août en Espagne (29), en Allemagne (29), en Italie (30), dans la zone euro (30) et en France (30). Les chiffres resteront proches d’un taux d’inflation de base faible, le prix du pétrole étant nettement inférieur à celui de l’année dernière (10 euros le baril en moins cette année (63 € en août 2018 contre 53 € en 2019 au 22 août)). Pas de surprises en juillet sur l’inflation (PCE) aux US en juillet (30 août)
> Indice Case Shiller pour juin aux États-Unis (27) et prix de l’immobilier pour le Royaume-Uni en juillet (30)

Le document détaillé, en anglais, est disponible ici
NextWeek-August26-September1-2019

Allemagne et France – Des dynamiques non comparables

L’Allemagne et la France ont des allures très différentes depuis le début de l’année. L’économie française résiste bien même si ses performances ne sont pas exceptionnelles alors que le signal en provenance d’Allemagne est plutôt celui d’un risque de récession. Je vous propose quelques repères pour jauger les deux économies dans le cycle actuel.

En Allemagne l’activité s’est contractée au deuxième trimestre. Le repli est modeste à -0.08% soit -0.3% en taux annualisé. On ne peut pas encore parler de récession sauf dans le secteur manufacturier comme je le signalais ici. Cependant, l’allure du ZEW suggère que l’économie outre-Rhin s’est encore affaiblie durant les mois d’été (voir ici) et le chiffre d’activité du 3ème trimestre pourrait être plus en retrait que celui du printemps. En France la progression de l’activité a été de 0.24% soit 1% en taux annualisé au cours du printemps.
L’acquis pour 2019 à la fin du 2ème trimestre n’est que de 0.5% à comparer avec 1% en France et en zone Euro. C’est un écart considérable entre l’Allemagne et ses partenaires et cette différence de croissance pourrait se prolonger dans les prochains mois compte tenu du ralentissement plus fort qu’ailleurs constaté outre-Rhin notamment dans les enquêtes.
Pour comprendre, comparons les situations française et allemande. Une façon de le faire est de regarder les contributions cumulées à la croissance du PIB de la demande interne privée, de la demande publique et de la demande extérieure. (le graphe débute en 1999 lors de la mise en place de la zone Euro).

Le premier graphe présente la situation allemande.
Le PIB est en violet et son niveau passe de 100 au premier trimestre 1999 à un peu plus de 130 au deuxième trimestre 2019. Chacune des trois autres courbes est la contribution de chacun des postes à la croissance du PIB. Les contributions sont cumulées et expliquent, une fois sommées, l’allure du PIB. Cela permet ainsi d’avoir, dans la durée, l’influence de la demande privée, des dépenses de l’Etat et du commerce extérieur. (Les stocks s’annulent dans la durée)
Pendant très longtemps, la demande externe (pointillés bleus) a été la principale contribution à la croissance. C’est notamment le cas dès le début de la mise en place de la zone Euro. La contraction de la demande interne (en gris clair) avait alors permis à l’Allemagne de dégager des soldes commerciaux bilatéraux très excédentaires (voir en annexe le cas de la balance franco-allemande). C’était la période des réformes structurelles sur le marché du travail et une volonté également de maintenir la demande domestique à un niveau réduit puisque à l’époque la demande publique, elle aussi, évolue peu.
Jusqu’en 2015, la demande externe est restée la principale contribution à la croissance. Son impact moindre désormais reste très significatif. La demande privée a pris le relais notamment via l’investissement.
La dépendance au commerce extérieur reste très forte. La net ralentissement des échanges mondiaux affecte alors directement la conjoncture allemande.

La configuration française est très différente.Le PIB est toujours en violet et est un peu au delà de 130 au deuxième trimestre 2019.
La demande privée, via la consommation est un contributeur majeur à la croissance du PIB. La contribution du commerce extérieur est plus réduite qu’en Allemagne et est pénalisante pour la croissance. Seulement son impact est de moindre ampleur qu’outre-Rhin. La dépendance de la croissance aux échanges extérieur est plus forte en Allemagne qu’en France.

Dès lors, quand le commerce mondial ralentit, la croissance allemande est immédiatement affectée et de façon plus importante qu’en France. De façon conjoncturelle, le soutien à la demande domestique mis en place par le gouvernement français avec les mesures annoncée en décembre dernier (prime non fiscalisée, hausse de la prime à l’emploi, baisse de la taxe d’habitation) permettent d’alimenter la demande privée et de soutenir la croissance du PIB.
Il en résulte que la morcellisation du monde et le moindre dynamisme probable du commerce mondial après les mesures protectionnistes ne sont pas de bonnes nouvelles pour l’Allemagne car elle s’accompagne d’un ralentissement des échanges et donc d’une réduction des impulsions externes dont bénéficie l’Allemagne. L’économie française est moins soumise à ce facteur.
Cela pourrait se traduire par une réorientation vers l’Europe de l’activité allemande. Et ce ne serait pas nécessairement une mauvaise nouvelle.

Annexe
Le graphe représente la demande interne relative de la France et de l’Allemagne ainsi que le solde commercial bilatéral entre les deux pays.
Au début de la zone Euro, au moment des réformes structurelles allemandes, la demande interne outre-Rhin s’effondre relativement à celle de la France. Cela se traduit par un déficit commercial français vis à vis de l’Allemagne. Doper la demande interne allemande pourrait permettre un rééquilibrage de la zone Euro sachant que des graphes assez similaires sont observables aussi entre l’Allemagne et l’Italie et l’Allemagne et l’Espagne.
La politique économique national a toujours un impact fort sur la dynamique de chaque pays et donc de l’ensemble de la zone Euro.