L’austérité n’est pas la bonne méthode

« « The biggest policy mistake of the last decade » est le titre d’un article de Ryan Cooper et l’erreur en question est bien sûr l’austérité. (C’est un article qui se focalise sur les Etats-Unis, si bien qu’il n’évoque pas le Brexit.) Cooper s’est penché sur les universitaires qui cherchèrent à convaincre de la nécessité de l’austérité et sur les raisons pour lesquelles leur analyse s’est ensuite révélée erronée. (…)

Voici le paragraphe par lequel il conclut son article : « Comme nous l’avons vu, les preuves empiriques en faveur de la position keynésienne sont écrasants. Et cela signifie qu’une décennie d’austérité stérile a durement nui à l’économie américaine, laissant celle-ci autour de 3.000 milliards de dollars en-deçà de sa trajectoire de croissance d’avant-crise. A travers une combinaison de mauvaise foi, de sophismes et de pure incompétence, les partisans de l’austérité ont directement créé le problème que leur programme était supposé éviter. Bon vent ! » …….

La suite de cet article de Simon Wren-Lewis, traduit par Martin Anota, est à lire

http://annotations.blog.free.fr/index.php?post/2018/08/22/La-plus-grande-erreur-de-politique-economique

2 Graphes sur l’effort fiscal en Grèce 

Deux graphes publiés dans 2 posts de Paul Krugman (ici et ici) donnent une mesure de l’effort fiscal observé en Grèce. Souvent il est évoqué l’incapacité des grecs à mettre en œuvre une politique d’austérité : ces deux graphes prouvent le contraire.

Le premier représente le solde budgétaire primaire (solde hors intérêts sur la dette) corrigé du cycle (afin d’éliminer les effets immédiats de la conjoncture) et mesuré en % du PIB potentiel. La Grèce en 2014 fait mieux que tous les autres pays de la zone Euro; mieux que l’Allemagne, que la France, que l’Italie ou encore l’Espagne. A la même date le chiffre américain est un déficit de -2.3%, au Royaume Uni le déficit est de -2.4% et au Japon il est de -6.6%.

Ce graphe est une mesure de l’austérité qui s’est appliquée à la Grèce et qui s’est traduit par une réduction des dépenses hors intérêts et une hausse de la fiscalité.

Sources: Krugman, FMI Fiscal Monitor 2015

Le deuxième graphe montre l’évolution des dépenses de l’état hors intérêts sur la dette. Depuis 2007 le repli est de 20% soit un chiffre bien supérieur à celui de l’Espagne.

Sources: Krugman, Commission Européenne

L’austérité mise en place en Grèce est au cœur de la récession longue et profonde que connaît ce pays depuis 2009. Une réduction aussi importante et durable des dépenses a déprimé la demande interne poussant à la baisse l’activité économique.

On ne peut pas, lorsque le revenu par habitant recule dans la durée (le PIB a baissé de 25% depuis 2009) et que le taux de chômage est supérieur à 25%, imaginer que le secteur privé, habituel support du cycle économique, puisse compenser les mesures d’austérité.

Demander des efforts budgétaires supplémentaires à la Grèce dans le cadre des négociations actuelles c’est accepté l’idée que la récession grecque se prolonge encore et s’accentue. Mais dans ce cas le recul supplémentaire du PIB ne permettra pas la convergence vers les objectifs fixés. Dès lors, le caillou Grec dans la chaussure de la zone Euro ne partira pas mais en plus il grossira.

Les politiques d’austérité pendant le crise: une bonne recette pour miner la reprise et accroitre la probabilité de récession 

Le graphe ci dessous traduit bien l’histoire de la politique économique depuis le début de la crise. Alors que les banquiers centraux ont réduit les taux d’intérêt pour faire face à la contraction de l’activité, les gouvernements en ont rajouté en mettant en place des politiques d’austérité.

En d’autres termes, la politique monétaire buttait sur la contrainte de non négativité des taux d’intérêt sans pour autant faire repartir l’économie. Mais les gouvernements, notamment en zone euro, ont insisté pour limiter la hausse de la dette publique. 

Cela s’est traduit par une économie qui était KO et qui en plus était contrainte sur sa politique économique. La récession n’était que la résultante de ces erreurs de politique économique.  Je crois qu’il ne doit pas y avoir trop d’ambiguïté sur ces points. 

 

source IMF

 
Dans un long papier publié dans le Guardian, Paul Krugman revient dans le détail sur la façon dont ces politiques ont été mises en œuvre. Il évoque l’austérité génératrice de croissance d’Alesina, la hausse spectaculaire de l’inflation et des taux d’intérêt après la mise en place de politiques monétaires non orthodoxes (Ferguson), les bond vigilantes mais aussi le fameux seuil de 90% que ne devait pas dépasser la dette publique (Reinhard et Rogoff).  Tous es éléments qui ont plongé la zone euro dans une longue récession dont elle sort à peine. En outre, la Grèce, qui était montré en exemple de ce qu’il ne fallait pas faire, est restée un cas isolé car vraiment spécifique.

Il indique aussi que si le Royaume Uni a été restrictif sur le plan budgétaire, cela fait un moment qu’il ne l’est plu et c’est une explication majeure de la croissance britannique. (3ème graphe dans le papier de Krugman)

 

Source: Krugman

 
Enfin Paul Krugman s’interroge sur cette opposition aux analyses keynésiennes et là aussi c’est plein d’enseignements 

Austérité à la Française

Les discussions autour de l’austérité en France sont confuses. Elles ne discernent pas systématiquement la question du rééquilibrage des finances publiques et celle de la croissance. Et même s’il existe des liens entre les deux les questions doivent être posées séparément. La confusion est accentuée par la polémique vaine sur l’enjeu des politiques de demande ou d’offre. Mario Draghi a, la semaine dernière à Jackson Hole, répondu clairement à cette question en indiquant que la temporalité des deux politiques n’étant pas identique, les deux étaient complémentaires au regard de la situation de la zone Euro (voir ici).

Dans les discussions sur l’austérité, la difficulté est que tous les acteurs de l’économie ne sont pas soumis aux mêmes contraintes. Il y a trois points à regarder: celui des dépenses de l’Etat et de leur contribution à la croissance; celui de la croissance et enfin celui de la demande privée.(*)

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France: La dynamique perturbante de la production industrielle

Le graphe ci dessous présente l’indice de la production industrielle en France depuis 1960. On retrouve bien les repères habituels concernant l’économie française. La croissance rapide des années 60 puis l’inflexion après le 1er choc pétrolier; la pente devient moins forte après 1974. La troisième période est celle observée depuis 2008. L’activité est en rupture profonde.

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