BCE baissera ses taux en septembre comme attendu

La BCE va réduire ses taux d’intérêt en septembre avec probablement un régime différencié du taux de dépôt selon le montant des dépôts . Elle envisage la reprise des achats d’actifs.

L’analyse que je faisais ce matin me parait toujours correcte (voir ici).
J’ajouterai une autre remarque néanmoins. Le risque de récession apparaît faible selon Draghi. Que fera la BCE en cas de récession ? Il faudra à tout prix une politique budgétaire volontariste pour en sortir.Ce n’est pas gagné

La BCE accommodante, ok mais après ?

Mario Draghi va très probablement annoncer, pour Septembre, des mesures pour une politique monétaire plus accommodante. Une possible baisse de taux et une reprise du QE provoqueraient une accentuation de la répression financière. L’émetteur de dette sera avantagé au détriment de l’épargnant. Cela donnera des marges supplémentaires aux gouvernements de la zone euro puisqu’ils seront encore moins contraints par une quelconque contrainte financière.

Quatre questions

1- Le comportement des ménages sera-t-il affecté ? La ponction sur leur épargne ne sera que progressive via la baisse des rendements obligataires (je pense ici à l’assurance vie par exemple). Ne comptons pas sur une accélération de la consommation. Cela a déjà eu lieu lorsque le taux refi est tombé à 0%.

2- Les taux des emprunts corporate vont rester très bas surtout si le QE intègre des achats de titres d’entreprises. Le risque est d’avoir des structures financières plus fragiles car l’endettement ne s’arrêtera pas.

3- La répression financière favorise l’état qui s’approprie une part supplémentaire de l’épargne. La question est : pour quoi faire ? S’il s’agit de financer des dépenses de fonctionnement alors l’efficacité sera nulle et la mesure monétaire ne fera qu’accroître le malaise. Cela veut dire que les dépenses doivent être des dépenses d’investissement pour imaginer caler la croissance sur une trajectoire plus élevée. Dans ce cas, la politique monétaire aura été efficace. Cela ramène aux discussions d’Olivier Blanchard et Martin Uribe.

4- Ces questions ramènent une fois de plus à la politique budgétaire et à son efficacité. Draghi évoque cette question à chaque conférence de presse. La politique budgétaire de la zone euro n’existera pas faute de soutien et pas seulement des allemands.

Cela veut dire que pour être efficaces les mesures annoncées par la BCE devront refléter une prise de conscience budgétaire forte de tous les pays de la zone. On peut être dubitatifs sauf si l’Allemagne entre en récession. Dans ce cas les cordons de la bourse se relâcheraient

BCE: comment cramer des munitions pour rien

A Sintra, lors du séminaire de la BCE, Mario Draghi a insisté sur le risque relatif à la croissance et aux difficultés de satisfaire la cible d’inflation (proche mais en dessous de 2%). Si des risques supplémentaires se matérialisaient alors la BCE pourrait réduire ses taux et relancer une procédure d’achats d’actifs. L’idée est de reprendre et d’accentuer ce qui a fait le succès de la BCE depuis 2013. (Taux bas =moindre incitation à reporter sa richesse dans le temps compte tenu du faible rendement associé. Cela avait soutenu la demande interne)

Il a dans le même temps appeler à une politique économique active. Sur ce point l’échec dans la mise en œuvre d’un budget de la zone euro reflète des comportements non homogènes en zone euro. Il n’y aura pas de politique budgétaire de la zone euro. On ne peut donc pas imaginer une politique de la zone euro à deux composantes.
Or une règle majeur de la théorie de la politique économique est qu’il faut autant d’instruments que d’objectifs. Il y a deux objectifs (croissance et inflation) et un seul instrument, la politique monétaire.

Cela ne fonctionnera pas surtout avec une série de chocs extérieurs négatifs. En 2016/2017, la politique monétaire avait bénéficié d’un contexte international favorable même si la politique budgétaire était peu active. Aujourd’hui, l’environnement n’est plus aussi porteur et l’absence de politique budgétaire rendra difficile l’amortissement des chocs externes. La BCE va donc agir seul et en devenant plus accommodante elle va cramer des munitions pour un résultat médiocre.

Repli du ZEW, l’Allemagne dans la tourmente

Le repli du ZEW en juin accroît le risque à la baisse de l’activité allemande (récession technique ?). Les risques et incertitudes sont tels que l’on ne peut anticiper un rebond rapide de l’activité globale. La croissance du PIB va ralentir et sûrement entrer en territoire négatif.

Le repli de la composante anticipations est spectaculaire sur le mois mais ce qui compte et explique le repli de l’indice ZEW composite est l’allure des conditions courantes.

L’Allemagne est prise dans la tourmente des risques sur le commerce mondial. Les exportations ont reculé de près de 5% en valeur en avril (et de 3% en volume depuis le début de l’année). L’impulsion habituelle de l’économie allemande est moins robuste et cela devrait persister.

Mario Draghi annonçait ce matin à Sinatra la possibilité de nouvelles mesures dans les prochains mois. Cela pourrait aller plus vite que prévu.

Une BCE trop restrictive

Mario Draghi a déclaré que la BCE était prête à agir si nécessaire. Mais il ya quelque chose que je ne comprends pas: la BCE a révisé à la baisse ses prévisions de croissance et d’inflation pour cette année et les deux prochaines années. La croissance devrait à peine converger pour atteindre 1,4% en 2021 et le taux d’inflation devrait être de 1,6% pour la même année (beaucoup moins que l’objectif de la BCE).

Cela peut-il être rassasiant? Non, ce niveau de prévisions est trop bas. Cela signifie que la zone euro n’a pas été en mesure d’amortir le choc négatif externe. Si la politique monétaire laisse encore une marge de manœuvre, cela signifie que la position actuelle est trop restrictive. Les prévisions actuelles concernant les futures mesures de politique monétaire ne suffisent pas pour inverser la tendance. Besoin de plus