Procrastination britannique – Un délai supplémentaire ne garantira pas un accord

Theresa May est à Berlin et Paris pour demander un nouveau délai. Il y a fort à parier qu’elle obtiendra du temps. Il est évoqué la date du 31 décembre 2019. C’est un peu moins que ce qu’évoquait Donald Tusk qui était prêt à aller jusqu’à un an.

Comme personne ne maîtrise les éventuelles conséquences d’une absence d’accord, aucun dirigeant ne prendra le risque d’être celui qui a enclenché le possible apocalypse.

Les dirigeants d’entreprise prennent des dispositions pour accompagner le Brexit mais aucun ne souhaite une rupture qui désorganiserait l’activité.

Cependant, cette procrastination a un coût. C’est vrai pour les anglais qui, s’ils n’avaient pas fortement stocké, seraient en récession depuis deux trimestres. C’est le cas de l’Union Européenne aussi. Toute réunion avec des collaborateurs, des clients, des banquiers ou des industriels fait la part belle aux inquiétudes sur le Brexit. Ne doutons pas que cette incertitude affecte les comportements et pénalise aussi la croissance de l’UE. On est ainsi dans une guerre d’usure en cherchant lequel craquera le premier. C’est peut être la pire des solutions car les coûts vont s’accumuler de part et d’autre de la Manche.

Car soyons clairs, un délai supplémentaire ne veut pas dire un accord du côté britannique à la date prévue. Les britanniques sont là pour encore un moment.

No deal ? Probable

Les parlementaires britanniques viennent de rejeter 4 nouvelles options après déjà les 8 de la semaine dernière. Ils ne veulent pas non plus du texte de Theresa May, présente déjà 3 fois.

Quelle option aura la possibilité d’être votée par ce parlement ? On peut chercher encore longtemps.

Un nouveau premier ministre ? Un deuxième referendum une fois qu’un nouveau gouvernement aura été nommé après des élections générales mais avec probablement une majorité politique introuvable.

Une seule possibilité pour ne pas vivre éternellement dans l’incertitude il faut que les britanniques sortent le 12 avril. Le choc sera fort mais pourra t on en Europe supporter encore des mois d’incertitude. Cela a un coût en croissance et en emplois pour l’ensemble des européens.

Encore un moment, monsieur le bourreau

Le parlement britannique est indécis. Le vote sur la possibilité d’un no deal est très partagé. 321 contre un no deal mais 278 en faveur d’une absence d’accord pour sortir.

La moitié des parlementaires souhaitent une sortie brutale de l’UE. L’idée, soutenue par de nombreux commentateurs, selon laquelle il suffirait d’abandonner la procédure de sortie parce que non populaire est fausse.

Ce qui est intéressant est que le parlement était très en faveur du “remain” juste après le référendum. Cela a pas mal évolué. C’est pour cela qu’un second référendum n’est en aucun cas une garantie d’un retour en arrière.

C’est cela la leçon du vote d’hier soir (mercredi).

Étape suivante ce soir avec le vote sur la demande de délai. Celui ci ne peut courir après le début du prochain semestre européen sinon les anglais devront voter aux élections pour le parlement européen.

Mais d’ici fin juin que peut on attendre de nouveau ? Et la Commission et les gouvernements européens vont ils valider cette prolongation pour pas grand chose.

Cet éventuel report fait penser à Madame du Barry demandant au bourreau le 8 décembre 1793 “Encore un moment monsieur le bourreau”. On sait que l’issue fut fatale.

Pour les britanniques, le plus difficile commence.

La principale conséquence du vote du parlement britannique de mardi soir est que Theresa May est sortie du jeu. Le pouvoir est désormais au parlement et à la commission européenne.

Le vote de ce soir (mercredi) porte sur le choix ou non d’un no deal. Si le no deal est choisi par les parlementaires alors les britanniques sortiront sans accord de l’UE le 29 mars.

Si le no deal n’est pas voté, un troisième vote aura lieu jeudi sur la possibilité d’un report de la date de sortie. Mais si May discute ce point avec la commission européenne c’est celle ci qui acceptera ou pas ce report. Comme l’a suggérée la porte parole de la commission, un tel report n’aura de sens que s’il permet a priori une avancée et un changement de perspectives.

Un report de 3 mois comme cela est souvent évoqué risque en plus de ne servir à rien. Theresa May restera premier ministre mais elle a déjà épuisé toutes ses ressources.

Le no deal gagne chaque jour du terrain.

Le pire pour les britanniques serait une démission de May et l’appel à des élections générales. Le risque serait un bololo institutionnel puisque une majorité serait difficile à trouver et un premier ministre aussi. La discussion sur un second référendum ne pourrait avoir lieu qu’à partir de là puisque Theresa May a exclu cette possibilité.

Pour les britanniques le plus difficile commence.

Brexit – Le coût cumulé est élevé depuis le référendum

Depuis le référendum sur le Brexit en juin 2016, la dynamique de l’économie britannique s’étiole. En témoigne le ralentissement de la croissance en 2018 à 1.4%, le rythme le plus lent depuis 2012 et une allure, comme en 2017, plus lente qu’en zone Euro et qu’en France.

Pour bien percevoir la divergence entre le Royaume Uni d’un côté et la France et la zone euro de l’autre, j’ai calculé une tendance démarrant en 2013 (début de la reprise partout) et se terminant au deuxième trimestre 2016 au moment du référendum.

La tendance de chaque pays est ensuite prolongée en conservant bien sûr les paramètres initiaux. Je calcule alors l’écart (en %) du PIB à cette tendance. Ce sont les trois courbes sur le graphe.

La courbe du Royaume Uni est 2.5% en dessous de sa tendance d’avant référendum. L’écart cumulé depuis le choix des britanniques reflète le coût associé à celui ci avant même que le Brexit ne soit formellement mis en place (le 29 mars 2019 théoriquement).

Dans le même temps, l’accélération de la croissance en zone euro et en France tout au long de 2017 inscrit ces deux pays, region, au dessus de leur tendance d’avant 2016. La France est 1.7% au dessus et la zone euro 0.8%.

En dépit du statut de principal partenaire commercial du Royaume Uni, l’expansion européenne n’a pas bénéficié aux britanniques. C’est un élément très troublant. Néanmoins le ralentissement attendu de la croissance de la zone euro, au delà des effets du Brexit, devrait peser sur la conjoncture outre-Manche et accroître, ex post, le coût du référendum.