Révision de la croissance en zone Euro alors que le policy-mix est contraignant – Ma chronique hebdo

L’OCDE et la BCE ont, coup sur coup, révisé à la baisse leurs prévisions de croissance pour 2019 dans la zone Euro. L’organisation du Château de La Muette est désormais à 1% pour l’année qui s’ouvre contre 1.8% précédemment alors que la banque centrale de la zone Euro est à 1.1% contre 1.7% en décembre dernier. La croissance de la zone Euro passe sous sa croissance potentielle.
La raison principale de cette rapide accélération à la baisse de l’activité trouve sa source dans la décélération rapide du commerce mondial notamment dans sa composante asiatique. La politique de la Maison Blanche n’est pas étrangère à ce repli. Ce choc externe modifie en profondeur l’équilibre de l’économie de la zone euro.

L’économie de la zone est devenue une source d’inquiétude à l’échelle globale selon le message de l’OCDE. Au-delà de sa situation, son ralentissement et la forte et rapide révision à la baisse des prévisions pour 2019 sont aussi un choc pour l’économie mondiale. La zone Euro est un contributeur majeur à la dynamique du commerce mondial. Dès lors son ralentissement brutal devient un facteur supplémentaire d’inquiétude pour l’économie mondiale.
Le souci est qu’alors qu’elle est d’une taille considérable, la zone euro apparaît comme ballottée par les événements internationaux sans pouvoir y répondre franchement. Elle a profité de l’accélération des échanges en 2017 mais subit le récent choc négatif. Son incapacité à amortir les chocs est donc un souci global et pas simplement centré sur l’Europe.

Ce comportement reflète un degré d’ouverture qui s’accroît de façon continue alors que, par exemple, aux USA cette sensibilité aux échanges avec le reste du monde est stable dans le temps. L’Allemagne a un rôle considérable dans cette évolution comme le suggère le graphe. L’Italie et la France ont des degrés d’ouverture similaires

Ce qui est finalement le plus choquant dans cette période de révision des prévisions de croissance c’est d’observer que ce repli rapide traduit l’absence d’accompagnement de ce choc par la politique économique.

Le policy-mix c’est-à-dire l’articulation entre politique budgétaire et politique monétaire est restrictif. Les conditions financières sont certes favorables en raison de la politique accommodante de la BCE mais la politique budgétaire est restrictive depuis trop longtemps et ne supporte pas l’activité. Le choc en provenance de l’économie mondiale n’est en aucun cas amorti par la politique économique menée par la zone Euro.

Le graphe montre le solde budgétaire primaire (hors paiement des intérêts) corrigé du cycle économique et exprimé en % du PIB potentiel. Cette mesure exprime le caractère restrictif ou pas de la politique budgétaire. Pour la zone Euro, le solde est positif traduisant une stratégie restrictive.

Gains de productivité réduits et Choc sur le commerce mondial Ma chronique hebdo

La conjoncture difficile des pays développés est le produit conjoint d’un choc négatif sur l’activité via le vif ralentissement du commerce mondial et d’une croissance de la productivité qui n’est pas suffisante pour engendrer un rebond rapide de l’activité. Le risque d’un choc persistant sur l’activité et l’emploi est d’autant plus fort que les politiques économiques ne disposent pas de capacités importantes pour amortir le choc et en reporter le coût dans le temps.

La baisse des gains de productivité est une vraie source de préoccupation notamment pour les économies développées. Pour faire simple, la productivité est la mesure du surplus engendré par le processus de production. Si l’on veut avoir une image c’est dire que, via les opérations productives, 1+1 fait un peu plus que 2. Le « un peu plus » que 2 représente les gains de productivité. Selon les périodes et l’efficacité du système productif, ce « un peu plus » est plus ou moins important. Par le passé, les gains de productivité étaient très importants (+5.8% par an en moyenne en France durant la décennie des années 1960) et ont permis notamment la baisse tendancielle du temps de travail, la hausse des revenus salariés et la mise en place d’un système de sécurité sociale efficace (gains de productivité=évolution de la production en volume par heure travaillée). Plus ce surplus est élevé, plus le système productif dispose de marges pour redistribuer largement ces gains vers l’ensemble des citoyens.

Par ailleurs, en raison de la nature même du processus, ces gains créent une dynamique endogène qui permet d’amortir les chocs et de retrouver rapidement le chemin de la croissance et de l’emploi. Plus les gains sont élevés plus l’économie a la capacité de repartir rapidement et sur une échelle importante.

La période actuelle, celle de l’après crise de 2008, est caractérisée par un net ralentissement de la production par heure travaillée dans tous les pays développés. C’est ce que montre le tableau qui présente la croissance annuelle moyenne de la productivité selon 3 horizons : une période longue entre 1990 et 2007, la période depuis la reprise américaine en 2009 et celle depuis la reprise en Europe en 2013.

Forte baisse du commerce mondial en décembre

Le commerce mondial ralentit vivement. Au dernier trimestre 2018 par rapport au dernier trimestre 2017, les échanges ne progressent plus que de 1.5% contre 3.9% en octobre. L’ajustement n’est pas fini si l’on suit l’indicateur Markit des commandes à l’export aux USA, Japon et Zone Euro.

L’Asie est la région qui contribue le plus à ce ralentissement. Sa contribution sur 3 mois à la croissance mondiale des importations est passée de +4.8% en septembre à -5.3% en décembre. Ce choc persistant est la résultante des choix faits à la Maison Blanche. La brutalité du mouvement explique le changement de perspectives sur l’activité depuis l’été dernier mais aussi la vision différente de la Fed quant à sa politique monétaire.

Un accord Chine/USA pourrait il être crédible ?

Les marchés financiers valorisent fortement la possibilité d’un accord commercial entre les Etats-Unis et la Chine. Une telle situation permettrait de réduire les contraintes observées sur les échanges et d’ordonner ceux ci en fonction du cadre défini par l’accord. Rien alors ne s’opposerait au retour de flux d’échanges plus denses susceptibles de porter à nouveau la croissance globale.

Cette idée est séduisante car elle permettrait de sortir de la zone d’inquiétude qui marque l’économie mondiale depuis l’automne et pour laquelle on ne voit pas spontanément de porte de sortie.

Pourtant cette possibilité d’un accord me paraît être totalement illusoire. Les tensions entre les USA et la Chine reflètent principalement une problématique de leadership technologique. Qui de ces deux pays définira la norme sur des développements comme la 5G ou l’intelligence artificielle ou sur d’autres technologies. Les deux pays sont dans une concurrence féroce. J’imagine mal un accord où l’un des deux pays accepterait d’être soumis aux développements de l’autre. Les tensions entre les deux pays resteront fortes même si des accords mineurs pourraient être signés.

Cela va engendrer des tensions et de la volatilité dans la dynamique globale.

L’emploi américain et l’activité manufacturière – Ma chronique du mardi

Ce post est disponible en format pdf   Ma chronique du 6 novembre

La croissance de l’emploi américain est robuste. Est-ce un effet Trump ?
L’économie US a créé 250 000 emplois en octobre. C’est un peu plus que la moyenne (213 000) observée depuis le début de l’année. Cependant, généralement, le mois d’octobre est un mois plutôt généreux en nouveaux emplois, l’an dernier le chiffre était de 271 000 et depuis 2013, 246 000 emplois sont créés en octobre contre 206 000 en moyenne pour tous les autres mois.
Globalement le marché du travail va bien et traduit une économie dont le taux de croissance est soutenu mais qui n’a cependant rien d’excessif à 2.25% par an en moyenne depuis 2011.

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