Un accord Chine/USA pourrait il être crédible ?

Les marchés financiers valorisent fortement la possibilité d’un accord commercial entre les Etats-Unis et la Chine. Une telle situation permettrait de réduire les contraintes observées sur les échanges et d’ordonner ceux ci en fonction du cadre défini par l’accord. Rien alors ne s’opposerait au retour de flux d’échanges plus denses susceptibles de porter à nouveau la croissance globale.

Cette idée est séduisante car elle permettrait de sortir de la zone d’inquiétude qui marque l’économie mondiale depuis l’automne et pour laquelle on ne voit pas spontanément de porte de sortie.

Pourtant cette possibilité d’un accord me paraît être totalement illusoire. Les tensions entre les USA et la Chine reflètent principalement une problématique de leadership technologique. Qui de ces deux pays définira la norme sur des développements comme la 5G ou l’intelligence artificielle ou sur d’autres technologies. Les deux pays sont dans une concurrence féroce. J’imagine mal un accord où l’un des deux pays accepterait d’être soumis aux développements de l’autre. Les tensions entre les deux pays resteront fortes même si des accords mineurs pourraient être signés.

Cela va engendrer des tensions et de la volatilité dans la dynamique globale.

L’emploi américain et l’activité manufacturière – Ma chronique du mardi

Ce post est disponible en format pdf   Ma chronique du 6 novembre

La croissance de l’emploi américain est robuste. Est-ce un effet Trump ?
L’économie US a créé 250 000 emplois en octobre. C’est un peu plus que la moyenne (213 000) observée depuis le début de l’année. Cependant, généralement, le mois d’octobre est un mois plutôt généreux en nouveaux emplois, l’an dernier le chiffre était de 271 000 et depuis 2013, 246 000 emplois sont créés en octobre contre 206 000 en moyenne pour tous les autres mois.
Globalement le marché du travail va bien et traduit une économie dont le taux de croissance est soutenu mais qui n’a cependant rien d’excessif à 2.25% par an en moyenne depuis 2011.

Lire la suite

Le grand méchant loup souffle mais le commerce mondial n’est pas emporté – L’Asie danse.

Les chiffres du commerce mondial publiés par l’institut néerlandais CPB sont parus pour le mois d’août.
Sur un an, l’amélioration observée depuis juin se prolonge en août avec une progression de 3.8%. Ce chiffre est encore limité puisque avant la crise de 2008, la croissance moyenne des échanges était de 7% l’an.
Sur le graphe on note cependant, une divergence marquée entre l’allure des échanges et les indices de commandes à l’export des USA, du Japon et de la zone Euro. Habituellement ces deux indicateurs ont des allures cohérentes. Le commerce mondial est en hausse alors que la moyenne de ces 3 indices Markit continue de se dégrader. Nous relevions déjà ce point il y a un mois mais il se confirme nettement.
comex-aout2018
Le rebond des échanges se fait principalement au sein des pays émergents et notamment en Asie mais le Latam et l’Europe Centrale sont aussi en nette hausse. En revanche, la situation reste peu dynamique du côté des pays développés. La tendance y est stable et est pénalisée par l’allure des USA et du Japon pour lesquels les échanges reculent sur 3 mois. Le grand méchant loup du commerce mondial paie le prix fort de sa politique commerciale non coopérative alors que l’Asie danse.commercemondial-zone.png

Annexe

commerce Mondial-developpés
commerce Mondial-emergents

Quand les banquiers centraux deviennent procycliques

La croissance ralentit à l’échelle globale, c’est ce que suggèrent les différentes enquêtes menées auprès des chefs d’entreprise mais aussi l’allure moins rapide du commerce mondial. C’est à ce moment là que les banquiers centraux ont décidé de changer le profil de la politique monétaire passant d’un biais accommodant à un biais plus restrictif.
La croissance de 2017 à l’échelle mondiale était la résultante d’une politique monétaire globalement accommodante. Cela avait permis de renforcer la demande domestique au sein de chaque pays et de redynamiser le commerce mondial.
Avec le biais plus restrictif sur la politique monétaire, le risque est de peser encore davantage sur une conjoncture moins dynamique et de donner à la stratégie des banques centrales un caractère procyclique non nécessaire. Le risque est d’infléchir encore davantage la dynamique de l’économie et de peser sur l’emploi.
La justification d’un tel biais ne peut être une accélération de l’inflation puisque celle ci résulte de la hausse du prix de l’énergie et pas du tout de tensions au sein de l’économie. Dans une telle configuration les banquiers centraux doivent être neutres.

L’analyse de ce biais restrictif non nécessaire est développée dans mon blog anglais ici

Interview de Richard Baldwin sur la Globalisation

Sur mon blog anglais j’ai repris un interview de Richard Baldwin sur la globalisation.
Cela me semblait pertinent au moment où les US mettent en place des sanctions tarifaires sur la Chine.
Cela donne un éclairage intéressant sur le fait que la globalisation va continuer en dépit des gesticulations de la Maison Blanche
La position de Baldwin est clair quant à sa vision des tensions commerciales initiées par Washington. Ce cartoon tweeté ce matin est clair.

A lire ici

16 points pour comprendre la guerre des tarifs sur l’acier et l’aluminium

Les Etats-Unis ont pris, le 31 mai, des mesures tarifaires sur l’acier (25%) et l’aluminium (10%) à l’encontre de l’Europe, du Canada et du Mexique. L’obsession du locataire de la Maison Blanche est à la fois de rapatrier de l’activité aux USA et de limiter les déficits extérieurs des Etats-Unis. C’est l’idée qu’il développait dès son discours inaugural à la Maison Blanche selon laquelle l’économie mondiale est un jeu à somme nulle. Il faut donc s’approprier d’une manière ou d’une autre l’ensemble de l’activité. Cette vision n’est pas celle qui permet de comprendre la dynamique de la croissance et de l’économie mais c’est celle à laquelle on doit faire face.
Le coût mesuré à partir des exportations vers les USA pour ces deux produits est très élevé pour le Canada (environ 2 milliards), autour de 600 millions pour le Mexique et environ 1.7 Mds pour l’Union Européenne avec un montant proche de 400 millions pour l’Allemagne et de 150 millions pour la France. Ces chiffres sont significatifs et peuvent, de fait, avoir une incidence sur les échanges avec les américains.

Finalement qui va gagner à la mise en place de ces mesures tarifaires? A priori pas grand monde. Une guerre tarifaire c’est un peu un combat de boxe poids lourd en 15 rounds. Les deux combattants vont jusqu’au bout mais tous les deux sont sérieusement amochés au risque d’avoir des séquelles.

Plusieurs remarques Lire la suite