En dépit de l’accord avec la Commission, la question italienne n’est pas réglée

La situation italienne est au sommet du ridicule. La Commission Européenne vient d’accepter les options prises par le gouvernement italien. Le drame qui se tramait n’en est donc pas un puisque la Commission qui devait annoncer une procédure pour déficit excessif ne le fera pas. Elle avait tout le loisir de le faire compte tenu du niveau de la dette publique.
La Commission a montré ici son incapacité à intervenir pour faire respecter les règles face à un gouvernement qui ne veut rien lâcher. Sa crédibilité est franchement écornée parce que la seule question qui compte en Italie, qui est celle de la croissance, n’est pas résolue du tout.

La question de la dette, une fois encore

J’ai fait en début de semaine un post évoquant la dette publique française proche de 100%. Cette note a provoqué de nombreuses réactions sur lesquelles j’aimerais revenir.

1 – Dans ce post j’évoquais effectivement la dette publique française proche de 100% mais je m’inquiétais davantage de la dette privée des entreprises non financières et des ménages. Les réactions n’ont porté que sur la dette publique mais pas du tout sur la dette privée dont le niveau est aujourd’hui franchement préoccupant.
Mesurées sur une échelle comparable (en % du PIB), la dette privée est supérieure à la dette publique et son allure, portée notamment par les entreprises, indique une progression bien plus rapide que la dette publique. A la fin du 1er trimestre 2018, sur un an, elle est en hausse de 4.3%  contre 2.2% pour la dette publique. Lire la suite

Dette publique française à 100% du PIB – Ma chronique du lundi

Mon post en format pdf est Ma Chronique du lundi 1 Octobre 2018

La dette publique française est proche de 100% du PIB. Est-ce vraiment préoccupant?
Non, il ne faut pas en exagérer l’importance. L’INSEE en intégrant la dette de la SNCF a fait sensation puisque la dette publique mesurée en pourcentage du PIB a passé le niveau de 100% au cours de l’année 2017. Ce n’est plus le cas. Au 2ème trimestre de 2018 la dette publique ne représentait plus que 99% du PIB.
On observe deux périodes sur le graphe représentant cette série: avant et après la crise de 2008. L’Etat, en accroissant son émission de dette, a facilité l’ajustement macroéconomique en mutualisant dans le temps le choc subi par l’économie française.
Ce que l’on remarquera est qu’il y a une dérive à la hausse après 2010. Ce point n’est pas spécifique à la France et reflète une croissance plus lente de l’économie française dans la durée alors que son système social ne s’est pas adapté à cette nouvelle évolution. La dérive de la dette publique traduit la lente vitesse d’ajustement des institutions françaises.
En d’autres termes, la dette publique permet de mutualiser les chocs et c’est son rôle principal mais elle dérive lorsque l’économie tarde à s’ajuster à de nouvelles conditions économiques.dettemaastrichtFrance.png

Le seuil de 100% du PIB c’est ennuyeux ou pas ?
Cela a un caractère impressionnant et c’est symbolique mais ce n’est pas forcément une source pénalisante pour la dynamique de l’économie. Le Japon, dont la dette publique représente 240 % de son PIB, est le pays qui se sort le mieux de la crise si on regarde le PIB par tête. Je n’ai pas le sentiment que le Japon soit en faillite. Lire la suite

L’austérité n’est pas la bonne méthode

« « The biggest policy mistake of the last decade » est le titre d’un article de Ryan Cooper et l’erreur en question est bien sûr l’austérité. (C’est un article qui se focalise sur les Etats-Unis, si bien qu’il n’évoque pas le Brexit.) Cooper s’est penché sur les universitaires qui cherchèrent à convaincre de la nécessité de l’austérité et sur les raisons pour lesquelles leur analyse s’est ensuite révélée erronée. (…)

Voici le paragraphe par lequel il conclut son article : « Comme nous l’avons vu, les preuves empiriques en faveur de la position keynésienne sont écrasants. Et cela signifie qu’une décennie d’austérité stérile a durement nui à l’économie américaine, laissant celle-ci autour de 3.000 milliards de dollars en-deçà de sa trajectoire de croissance d’avant-crise. A travers une combinaison de mauvaise foi, de sophismes et de pure incompétence, les partisans de l’austérité ont directement créé le problème que leur programme était supposé éviter. Bon vent ! » …….

La suite de cet article de Simon Wren-Lewis, traduit par Martin Anota, est à lire

http://annotations.blog.free.fr/index.php?post/2018/08/22/La-plus-grande-erreur-de-politique-economique

Dette Publique – Dette Privée – Partie 2 (version in extenso)

La semaine dernière (voir ici) j’évoquais l’importance de la dette publique comme actif permettant de transférer dans le temps la richesse avec un risque réduit et la possibilité qu’elle donnait d’amortir les chocs sur la conjoncture de façon efficace. Je disais également que la question de la dette publique me préoccupait moins que celle de la dette privée et notamment de celle des ménages.

La différence majeure entre la dette publique et celle des ménages est que l’Etat a la possibilité, s’il est crédible, d’émettre à des maturités parfois très longues ce que ne peut pas faire un ménage. La souplesse dans l’adaptation à un choc est de nature très différente. Lire la suite