Emmanuel Macron veut limiter les risques sur la croissance

Le président de la République a annoncé plusieurs mesures lors de sa conférence de presse.
Il y a des mesures structurelles comme la réduction du nombre d’élèves par classe primaire à 24. C’est un choix important pour enrayer la dégradation des savoirs observée dans tous les classements internationaux sur l’école. C’est une première étape, une condition nécessaire pour réduire les inégalités et améliorer l’égalité des chances.
L’autre mesure structurelle porte sur les maisons de service public. Une maison devrait être mise en place dans chaque canton (Poste, CAF, Pôle Emploi,..)
Il faut que l’Etat se réapproprie les territoires pour faciliter la vie de chacun. C’est aussi une mesure de réduction des inégalités et c’était une revendication initiale des manifestants en novembre.
Des propos sur la décentralisation n’ont pas été suffisamment précisés pour y voir une mesure structurelle. .
L’objectif est de permettre un meilleur équilibre de la société française dans la durée et la capacité à faire face à un monde qui change grâce à la formation, qui démarre au primaire.

Il y avait aussi une batterie de mesures conjoncturelles portant sur la réduction de la fiscalité sur le revenu (5 milliards dès janvier 2020 pour 15 millions de français), la reconduction de la prise non fiscalisée, la réindexation des petites pensions (moins de 2000€) en 2020 et pour tous en 2021.
Ces montants sont importants et prendront effets à partir de janvier 2020 comme l’a précisé Gérald Darmanin sur la réduction des impôts.

On peut faire trois remarques
1 – Le gouvernement pave le chemin d’une croissance modérée mais stable pour 2019 et 2020. Les mesures annoncées en décembre dernier (prime d’activité, prime défiscalisée notamment) vont être un soutien à la croissance 2019. Les mesures annoncées prendront le relais en 2020.
2 – Le gouvernement souhaite immuniser l’économie française des chocs externes en soutenant la dynamique interne et notamment la consommation des ménages. Le repli du commerce mondial et les incertitudes sont autant de sources de freinage de l’activité. En soutenant la demande interne, le gouvernement permet un amortissement plus souple de ces chocs, réduisant ainsi la volatilité de la croissance française.
Les mesures nouvelles plus modestes pour 2020 que celles annoncées pour 2019 suggèrent que le gouvernement ne fait pas l’hypothèse d’une crise qui se prolonge ce qui est important dans l’anticipation faite d’une reprise de l’investissement des entreprises. Dont acte.
Ce qui est dommage est que cette réponse conjoncturelle ne soit portée que par la France en Europe alors que le choc est perçu par tous (voir ici)
3 – La question du financement reste posée. La réduction des dépenses dont le périmètre est très flou, la suppression des niches fiscales des entreprises qui doivent être précisées, ou l’allongement du temps de travail (via un allongement possible de la durée de cotisation et pas de l’âge de départ à la retraite) sont autant de mesures qui sont encore floues et qui manquent de précision.
Il est dommage que le grand débat n’ait pas permis de discuter des dépenses publiques. Si la posture initiale est celle d’un « ras le bol » fiscal, la réduction des impôts passe nécessairement par une réduction des dépenses. Les choix à faire sont complexes mais on aurait pu s’attendre à ce que le grand débat permette de faire des choix collectifs sur ce point. Cela n’a pas été le cas et c’est dommage car cela devra être fait.

Les mesures proposées permettront la réduction des tensions à court terme

Les mesures présentées par le président Macron doivent permettre, à court terme, le retour de la paix sociale. Cependant, cela ne pourra se faire dans la durée que si le débat permet de créer un consensus sur le cap à tenir à moyen et long terme. Le président a un rôle majeur sur ce point mais aussi tous les corps sociaux qui devront contribuer à définir cet objectif commun.

Le président Macron est intervenu dans le but de calmer la fièvre sociale qui agite la France depuis quelques semaines. Il a annoncé 4 mesures dont l’objet est d’accroître le pouvoir d’achat des revenus les plus faibles.
Le Smic sera augmenté de 100 euros dès le mois de janvier sans qu’il en coûte un euro supplémentaire aux entreprises donc au-delà de la hausse mécanique de ce salaire de référence, les heures supplémentaires ne sont plus soumises à charges et à impôts, la hausse de la CSG pour les pensions de moins de 2000€ par mois est annulée et enfin une prime de fin d’année sans impôts ni charges pourra être versée aux salariés. 
Ces mesures plus la suppression des taxes sur l’essence prise la semaine dernière devraient avoir un coût de 14 à 15 milliards. 
Les annonces ont été faites sans que leur financement ne soit éclairci.

On peut faire 4 remarques
1 – Il fallait agir rapidement pour tenter de désamorcer la crise sociale et éviter un emballement supplémentaire. 
Ces mesures devraient le permettre même si chacune peut être critiquée quant à son efficacité à moyen terme. 
Cette première étape était nécessaire
2 – Il faut que ces mesures s’inscrivent clairement dans un cap qui reste à définir. Le président a parlé d’un grand débat économique et de société. Celui-ci doit permettre de fixer des objectifs qui devront faire consensus. Le président n’a pas voulu s’engager au delà même s’il a rappelé les objectifs qu’il s’était fixé. 
On touche ici un sujet complexe car le président s’est engagé à réduire les dépenses, ce qui reste à faire, mais les revendications sociales portent sur la nécessité de plus de services publiques et donc davantage de dépenses. 
Le débat devra s’engager mais il faudra qu’il soit conclusif alors que les attentes et les moyens apparaissent contradictoires entre les différents intervenants. Cette étape est essentielle afin d’infléchir dans la durée les anticipations et éviter un retour de l’agitation sociale. 
3 – Cette deuxième étape est nécessaire pour éviter de retomber dans les travers du passé. En effet des mesures du type de celles annoncées ont souvent été mises en oeuvre lors de tensions sociales. Mais comme il n’y avait pas de changements à moyen terme, le coût de ces mesures étaient totalement prises en charge par l’impôt. Cette mécanique a participé à cette hausse systématique et conjointe des dépenses et des prélèvements. On paie ces errements. Le président s’est engagé à y mettre fin, dont acte. 
4 – Le président veut appliquer son programme mais les partenaires sociaux savent maintenant que le programme qui était réputé indiscutable peut être discuté. En terme de crédibilité cela change la donne. Si la deuxième étape est menée à bien alors le changement de crédibilité renforcera le gouvernement et le président. Dans ce cas on parlera de faire de la politique autrement, sinon on reviendra dans les travers habituels avec une perte de crédibilité durable. 
L’enjeu des prochaines semaines est donc déterminant mais peut déceler de bonnes surprises. Les cartes sont à l’Elysée.

Emmanuel Macron: 1 an à l’Elysée – Partie 2 – L’Europe

Les mesures prises par le gouvernement Macron au cours de sa première année sont-elles en phase avec les changements constatés à l’échelle globale ? C’est la question à laquelle doit répondre une interrogation sur la première année du président français car il est trop tôt pour faire un bilan.

Dans la partie une, j’évoquais la nécessité de rendre la croissance plus autonome même dans un monde qui reste globalisé. J’expliquais la nécessité d’améliorer les innovations associées à l’investissement et de rendre le travail plus réactif. Un travail récent de Gilbert Cette et alii suggère, à partir, d’une large comparaison internationale, que la rigidité du marché du travail en France est une source de substitution entre le travail et le capital. Cela expliquerait un taux d’investissement élevé en France. Par contre les auteurs constatent que l’innovation associé à cet investissement est insuffisante et ne permet pas d’augmenter la productivité de façon satisfaisante. Une autre conclusion de ce travail est qu’une plus grande réactivité du travail peut être associée à une meilleure qualité du capital.
C’est cette équation qui est au cœur de la question de l’offre en France : il faut rendre le capital plus efficace et faciliter la réactivité du marché du travail. J’indiquais que les mesures prises sur l’investissement public ainsi que les ordonnances sur le marché du travail permettaient certainement de desserrer ces contraintes facilitant ainsi l’ajustement de l’offre.

Il y a deux autres ruptures majeures dans l’économie mondiale auxquelles l’économie française doit répondre pour s’intégrer encore davantage: celle de la localisation de la production et celle de l’innovation.

La deuxième rupture est celle de la localisation géographique de la production Lire la suite

Emmanuel Macron: 1 an à l’Elysée (partie 1)

Le président Macron est à l’Elysée depuis maintenant un an. Il est trop tôt pour faire un bilan parce que le Président de la République a indiqué vouloir être jugé sur l’ensemble de son mandat de 5 ans mais aussi parce que la conjoncture globale très favorable est susceptible d’engendrer un biais dans la lecture des résultats. Les indicateurs d’activité ont été forts en même temps que ceux de la zone euro et se sont repliés aussi de la même façon. Lire la suite

Politique et Croissance en zone Euro

La zone Euro apparaît aujourd’hui comme un havre de stabilité. L’élection d’Emmanuel Macron et ses relations fortes avec Angela Merkel ont nourri les attentes d’une économie qui retrouve une croissance plus robuste et d’un espace politique qui veut se donner les moyens nécessaires pour se réformer afin de s’inscrire encore davantage dans la durée.
Cette rupture est remarquable car il y a 6 mois à peine on ne donnait pas cher de la zone Euro. La montée attendue du populisme lors des diverses élections devait fragiliser la construction européenne au risque de créer une dynamique moins coopérative et plus antagoniste.

En ce début du mois de juillet 2017, on relève qu’il n’en est rien et que les électeurs européens n’ont pas suivi le chemin choisi par les Etats-Unis et la Grande Bretagne. Lire la suite

Elections législatives – 2ème tour: l’emploi et l’Europe en ligne de mire

Le président Emmanuel Macron va disposer d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale avec 306 sièges pour son parti LREM et 42 pour le Modem. La majorité étant à 290, son parti a la majorité sans faire appel éventuellement au Modem. Cependant comme le montre le graphe, sa majorité est finalement assez proche de la moyenne depuis 1981 à 60%. On est loin du résultat qui avait calculé à l’issue du premier tour proche de 80%. Le résultat observé au second tour ne rentrait pas dans les fourchettes d’estimation même dans le bas de la fourchette à l’issue du premier tour..
France-legislatives2emeround-2017
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