Pour les britanniques, le plus difficile commence.

La principale conséquence du vote du parlement britannique de mardi soir est que Theresa May est sortie du jeu. Le pouvoir est désormais au parlement et à la commission européenne.

Le vote de ce soir (mercredi) porte sur le choix ou non d’un no deal. Si le no deal est choisi par les parlementaires alors les britanniques sortiront sans accord de l’UE le 29 mars.

Si le no deal n’est pas voté, un troisième vote aura lieu jeudi sur la possibilité d’un report de la date de sortie. Mais si May discute ce point avec la commission européenne c’est celle ci qui acceptera ou pas ce report. Comme l’a suggérée la porte parole de la commission, un tel report n’aura de sens que s’il permet a priori une avancée et un changement de perspectives.

Un report de 3 mois comme cela est souvent évoqué risque en plus de ne servir à rien. Theresa May restera premier ministre mais elle a déjà épuisé toutes ses ressources.

Le no deal gagne chaque jour du terrain.

Le pire pour les britanniques serait une démission de May et l’appel à des élections générales. Le risque serait un bololo institutionnel puisque une majorité serait difficile à trouver et un premier ministre aussi. La discussion sur un second référendum ne pourrait avoir lieu qu’à partir de là puisque Theresa May a exclu cette possibilité.

Pour les britanniques le plus difficile commence.

Pouvoir d’achat, dette et emploi : Le consommateur français au cœur des débats

Ce post est disponible en version pdf ici Document

L’observation attentive de l’économie française permet d’apporter un éclairage sur le développement rapide des troubles sociaux observés depuis le mois de novembre. La question posée en novembre a été celle du pouvoir d’achat. Au démarrage de la crise, ce pouvoir d’achat n’a pas été très affecté par cette crise en raison des effets forts des stabilisateurs automatiques, ces mécanismes qui permettent par des effets de redistribution de lisser l’impact d’un choc dans le temps. Cette dynamique avait plutôt bien fonctionné par le passé, permettant de réduire les fluctuations du PIB lors des phases de recul de l’activité. C’est l’un des aspects importants du modèle redistributif français.

Avec le prolongement d’une situation macroéconomique moins robuste que par le passé, l’économie s’est adaptée. Trois changements majeurs peuvent permettre de comprendre les difficultés sociales dans lesquelles l’économie française semble embourbée.

La première difficulté est que la croissance tendancielle de l’économie française est désormais plus lente que celle connue avant la crise de 2008/2009. Cela n’est pas sans conséquence sur l’allure du pouvoir d’achat.
On peut appréhender ce phénomène à travers un graphe qui résume l’allure du pouvoir d’achat d’un côté (demande) et les données de productivité de l’autre (offre).
En violet est présentée l’évolution du pouvoir d’achat par unité de consommation et en bleu la productivité (PIB par heure travaillée).
On note le parallèle des deux indicateurs avant la crise de 2007 puis la divergence qui dure jusqu’en 2012/2013 avant qu’une convergence s’opère mais avec un taux de progression tendancielle plus réduit que celui qu’il y avait avant la crise. Dans une situation normale, ces deux indicateurs doivent avoir des allures semblables. On ne peut pas imaginer une divergence durable (les salaires ne peuvent être dissociés de la création de revenu via le processus productif).

La dynamique de l’emploi s’essouffle en France

La dynamique de l’, en , se dégrade si l’on suit l’enquête et celle sur le climat des affaires de l’ Le point haut du cycle est passé, cela s’observe sur le marché du travail. L’inquiétude sur l’emploi du troisième trimestre (voir ici) se confirme pour le 4ème trimestre. L’accélération à la baisse observée cet automne est préoccupante et suggère que le cycle s’est affaibli.emploifr-markitinsee-nov2018.png

Le Brésil ne danse plus la samba – Ma chronique du Lundi

Le post en format pdf est disponible Ma chronique du lundi 8 octobre 2018

Au Brésil, Jair Bolsonaro arrive en tête des élections présidentielles avec 46% des voix. Au-delà de ses positions clivantes sur la société brésilienne (statut des femmes, des gays), sur la critique de l’accord de Paris sur le climat, de la corruption des gouvernements précédents et son souhait de régler la violence endémique du Brésil en armant les brésiliens, y-a-t-il des fondements économiques à sa probable victoire ? (pour plus de détails sur la rupture politique voir mon post ici en anglais)
Oui très clairement. Depuis 2014 et l’effondrement du prix des matières premières l’économie brésilienne souffre. La récession de 2014-2015 et 2016 a été très longue et la reprise qui a suivi a été très faible. Il s’agit davantage d’une stabilisation que d’une véritable reprise.
Au 2ème trimestre 2018, le niveau de ce PIB est encore 6% au-dessous du niveau constaté au premier trimestre 2014.
Cette situation dramatique résulte de deux éléments: le premier est une grande dépendance aux matières premières avec une situation très confortable lorsque au début de la deuxième décennie des années 2000 la Chine devient le premier partenaire commercial du Brésil. Les débouchées s’accroissent et le prix des matières premières s’envole. Les revenus sont donc plutôt confortables et n’incitent pas à l’investissement. C’est le syndrome de la maladie hollandaise. Le revenu des matières premières n’incite pas à investir dans une activité alternative puisqu’il y a ces revenus. Lorsque la Chine croit à un rythme plus limité et que le prix des matières premières recule fortement, l’économie brésilienne est incapable de réagir. L’économie se grippe et connait une profonde récession.L’autre élément est qu’en 2014 et 2016 le Brésil a mobilisé d’importantes ressources pour financer d’abord la coupe du monde de football puis les jeux olympiques. Dans un pays connaissant un fort déficit de compte courant, le financement s’opère sous contrainte. Le financement des infrastructures publiques a évincé l’investissement productif, renforçant ainsi le syndrome de la maladie hollandaise.
Les brésiliens ont payé le prix fort de cet épisode à la gloire du Brésil. Lire la suite

L’emploi s’ajuste très vite en France en suivant l’inflexion de l’activité

La dynamique de l’emploi a ralenti au cours des premiers mois de 2018. Après une progression de 0.24% au premier trimestre, l’emploi privé n’a augmenté que de 0.16% au cours du printemps. Ces chiffres sont à comparer à la croissance observée en moyenne tout au long de l’année 2017. Elle était de 0.46%. La croissance de l’emploi a donc été divisée par 2 entre 2017 et le début de 2018.
En nombre d’emplois créés, il était de 88 600 en moyenne par trimestre en 2017, il n’est plus que de 38 500 en moyenne au premier semestre 2018 (31 000 au deuxième trimestre).
Tous les secteurs ralentissent et notamment les services comme le montre le graphe ci après.  La construction a aussi une allure plus préoccupante en phase avec le ralentissement des permis de construire. Lire la suite

16 points pour comprendre la guerre des tarifs sur l’acier et l’aluminium

Les Etats-Unis ont pris, le 31 mai, des mesures tarifaires sur l’acier (25%) et l’aluminium (10%) à l’encontre de l’Europe, du Canada et du Mexique. L’obsession du locataire de la Maison Blanche est à la fois de rapatrier de l’activité aux USA et de limiter les déficits extérieurs des Etats-Unis. C’est l’idée qu’il développait dès son discours inaugural à la Maison Blanche selon laquelle l’économie mondiale est un jeu à somme nulle. Il faut donc s’approprier d’une manière ou d’une autre l’ensemble de l’activité. Cette vision n’est pas celle qui permet de comprendre la dynamique de la croissance et de l’économie mais c’est celle à laquelle on doit faire face.
Le coût mesuré à partir des exportations vers les USA pour ces deux produits est très élevé pour le Canada (environ 2 milliards), autour de 600 millions pour le Mexique et environ 1.7 Mds pour l’Union Européenne avec un montant proche de 400 millions pour l’Allemagne et de 150 millions pour la France. Ces chiffres sont significatifs et peuvent, de fait, avoir une incidence sur les échanges avec les américains.

Finalement qui va gagner à la mise en place de ces mesures tarifaires? A priori pas grand monde. Une guerre tarifaire c’est un peu un combat de boxe poids lourd en 15 rounds. Les deux combattants vont jusqu’au bout mais tous les deux sont sérieusement amochés au risque d’avoir des séquelles.

Plusieurs remarques Lire la suite

BCE, Inflation, Fed et Emploi en France – Ma chronique du lundi

Le taux d’inflation à 1.1% en février ne ravive pas les anticipations d’un changement rapide et brutal de la politique monétaire de la BCE. Mario Draghi et Peter Praet dans des interventions en fin de semaine dernière ne montraient d’ailleurs aucun empressement à mettre en œuvre un tel bouleversement.
La BCE a calé sa stratégie monétaire sur l’atteinte d’un profil d’inflation compatible avec ce qu’elle souhaite à moyen terme. Le chiffre de 1.1% ne va pas dans ce sens.
ze-2018-Fevrier-inflation.png

Lire la suite