France, USA, Royaume Uni, Espagne: croissance hétérogène au premier trimestre

Au premier trimestre 2018, la croissance est robuste aux USA et en Espagne, elle s’infléchit en France mais ralentit nettement au Royaume Uni. 
Le premier graphe montre l’évolution depuis 2015 de la croissance par trimestre pour ces 4 pays, la croissance annuelle moyenne pour les 3 premières années ainsi que l’acquis de croissance pour 2018 à la fin du premier trimestre.
La croissance US du premier trimestre est du même ordre que celle de 2017 (2.3% les deux en taux annualisé), Elle ralentit néanmoins par rapport à la fin 2017. L’acquis est de 1.7%.
En Espagne elle est proche des 2 derniers trimestres de 2017. L’acquis est de 1.8%. Après une phase de rattrapage fort et rapide, la dynamique espagnole se modère à un niveau élevé.
Au Royaume Uni, la croissance avait ralenti déjà en 2017, la progression moyenne du PIB de chaque trimestre était inférieure à celles de 2016 et de 2015. Le ralentissement s’accentue au premier trimestre de 2018. L’acquis est faible (0.7%) ce qui conditionnera le chiffre réduit de l’ensemble de l’année. C’est un signal supplémentaire pour la BoE de ne pas changer sa stratégie monétaire en mai (voir ici)
En France, l’activité a ralenti mais après une année 2017 dont la croissance trimestrielle moyenne était bien au delà des capacités de l’économie française sur le long terme. L’acquis est de 1.2%. L’accélération de 2017 a fait le lit du ralentissement de la première partie de 2018 car le rythme n’était pas soutenable. Cela a été observé via le très haut niveau dans l’utilisation des capacités de production et par les difficultés de recrutement. La croissance tendancielle de l’économie française depuis 2013 est de 1.3% et c’est par rapport à cette norme qu’il faut jauger la croissance et non par rapport à 2017 qui était exceptionnel.
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Le délicat scénario économique de la Catalogne indépendante

La question catalane est passionnante car elle ne semble poussée que par sa dimension politique. La partie économique n’est pas perçue comme pouvant poser problème; « l’intendance suivra ».
Pourtant la question économique est au coeur de la question de l’indépendance. Sans capacité à disposer d’une dynamique économique robuste, il est peu probable que l’indépendance puisse être un succès, au moins dans les premières années.
Il y a sur cet aspect deux points à discuter: l’atterrissage final de la question catalane lorsqu’une décision sera effectivement prise et mise en oeuvre i.e. lorsque la Catalogne sera effectivement indépendante ou lorsqu’elle restera définitivement dans le Royaume d’Espagne. Le second point est toute la période de transition, celle que l’on connaît aujourd’hui avec une franche incertitude avec une première étape que sont les élections programmées par le gouvernement pour le 21 décembre prochain. Lire la suite

Puigdemont gagne du temps mais pour quoi faire ?

Le président catalan, Carles Puigdemont, a déclaré l’indépendance de la Catalogne mais s’est empressé de suspendre sa mise en œuvre afin de reprendre le dialogue avec Madrid.

Avait il d’autres choix? Une déclaration d’indépendance était impossible au regard du cadre économique sauf à prendre un risque fort et durable sur le niveau de vie des catalans. C’est ce que j’évoquais dans mon post d’hier (voir ici). Il faut gagner du temps pour mettre en place un cadre économique viable. Cependant une telle stratégie est à risque car les conditions économiques de l’indépendance ne vont pas changer très vite. L’exclusion de l’UE et la fin de l’euro comme monnaie ne pourront se résoudre aisément et rapidement sans l’accord de Madrid. Le choix est donc politique afin de gagner du temps mais au risque de voir l’unité des indépendantistes s’effilocher.

La probabilité d’une véritable indépendance républicaine me semble plus réduite après le discours du président catalan d’autant qu’au delà du dialogue avec Madrid il ne présente pas de pistes pour démarrer la discussion. La posture politique ne suffit pas. Puigdemont gagne du temps mais pour quoi faire?

Situation sans issue en Catalogne?

La situation de la Catalogne est complexe mais le sentiment fort est qu’elle est sans issue.

Les entreprises dont le siège social étaient en Catalogne se localisent ailleurs en Espagne afin de ne pas subir les conséquences de l’éventuelle indépendance catalane. C’est aussi se garantir l’accès au marché unique européen. Il y avait, la semaine dernière, 7 entreprises catalanes côtés à l’indice phare espagnol Ibex 35, il n’y en a plus qu’une.

Les banques Sabadell et CaixaBank se sont exilées afin de pouvoir bénéficier encore des refinancements de la BCE.

L’incertitude est grande puisque l’UE a rappelé que l’indépendance catalane s’accompagnerait d’une sortie de l’UE et donc de la zone Euro. En outre Mariano Rajoy a indiqué la possibilité de mettre en œuvre l’article 155 qui permettrait à Madrid de reprendre les pouvoirs délégués aux régions. Les catalans ne peuvent pas non plus compter sur Madrid pour pouvoir éventuellement intégrer l’UE rapidement puisqu’il faut l’unanimité.

La Catalogne a perdu en l’espace d’une semaine une grande partie de sa substance économique et l’exclusion potentielle de l’UE rend la situation et l’avenir sombre.

On peut toujours argumenter en disant que la Catalogne représente 20% du PIB espagnol et 30% des exportations et qu’elle peut s’en sortir en raison de de ces fondamentaux.

Mais c’est oublier la fin de l’euro pour les catalans, l’absence de monnaie de substitution et l’impossibilité de mettre en œuvre un système monétaire avec une banque centrale dans un temps limité pour pouvoir éviter l’effondrement que serait une situation sans monnaie. C’est aussi un risque qui sera reflété dans le niveau des taux d’intérêt. La Catalogne indépendante ne pourra plus bénéficier de l’arrimage à l’Espagne.

En d’autres termes, l’indépendance qui, on l’a perçu, est avant tout un choix politique est une situation à risque sur le plan économique. Qui voudrait effectivement prendre ce risque de façon rationnelle?

Le risque pour la Catalogne est de se retrouver dans une impasse. Le choix économique de l’indépendance est trop coûteux et se traduirait par de nombreux départs vers le reste de l’Espagne tant du côté des entreprises que des ménages. Il y aurait là une perte de capital physique et humain tout à fait considérable. Cela nuirait dans la durée à la croissance. Mais revenir politiquement dans le giron de Madrid en renonçant à l’indépendance c’est prendre le risque de perdre la face et d’enterrer pour longtemps le désir d’indépendance. Les différents courants indépendantistes retrouveraient alors une grande hétérogénéité (actuellement la coalition indépendantiste estès hétérogène sur le plan idéologique mais avec un but commun. Si ce but disparaît que restera t il de cette unité?)

C’est à ce moment là que Madrid devra renouer le dialogue pour éventuellement modifier la constitution afin de repenser les relations entre la capitale et ses régions. Ce pourrait être un moyen alors de renouer avec l’unité espagnole.

La tentation de la BCE – Ma chronique macroéconomique

5 points à retenir cette semaine dans la conjoncture globale

Point #1La BCE, le Quantitative Easing et le Brexit
Mardi dernier, une dépêche de l’agence Bloomberg (voir ici) indiquait le souhait pour la BCE de réduire ses achats mensuels d’actifs de 10 milliards d’euros chaque mois afin de mettre fin progressivement à cette opération. L’idée serait ainsi de progressivement réduire les achats (80 milliards par mois pour l’instant) tout en continuant à réinvestir les recettes (coupons, ventes) des actifs en portefeuille. L’article ne donne pas de date et suggère aussi la possibilité d’un prolongement au-delà de mars 2017 de l’opération actuelle puisque les conditions (anticipations d’inflation de long terme convergeant vers 2%) ne sont pas remplies. Cette possibilité d’inflexion de la politique monétaire a été écartée par le vice président de la BCE Vitor Constancio (voir ici).
Quelques réflexions néanmoins: Lire la suite

Repères pour un retour de vacances

Au retour de vacances il est toujours nécessaire de se remettre les indicateurs à l’esprit.
Je vous propose une série de graphes avec un commentaire rapide pour reprendre mes publications sur ce blog.

Point 1Une croissance décevante au 2ème trimestre aux USA et en France
En France, le PIB a marginalement reculé au 2ème trimestre (-0.04% soit -0.2% en taux annualisé) et aux USA sa progression n’a été que de 0.3% soit 1.2% en taux annualisé. Pour la France c’est un coup d’arrêt lié à une dynamique interne privée qui s’est stoppée. Sa contribution à la croissance du PIB (en taux annualisé) passe de 3.6% au cours des trois premiers mois de 2016 à -0.1% au cours du printemps. La consommation s’est effondrée avec une contribution qui est passée de 2.5% à 0% et l’investissement des entreprises a chuté passant d’une contribution de +1.1% à -0.1%.
La prévision de 1.5% pour 2016 par le gouvernement est à risque car il faudrait 0.55% (soit 2.2% en taux annualisé) au 3ème et au 4ème trimestre pour atteindre cet objectif. On ne voit pas spontanément ce qui permettrait à l’économie française de se caler deux trimestres consécutivement au dessus de sa croissance potentielle. Lire la suite