La Fed veut rester agile

Le point à retenir des minutes de la Fed est la fin de la baisse du bilan durant la seconde partie de l’année. La Banque centrale US ne veut pas être trop contrainte dans la gestion de sa politique monétaire. Or l’allure qui était prise et le niveau final visé jusqu’alors pouvaient rajouter à la difficulté de gérer finement la politique monétaire.

La Fed ne veut clairement pas être contrainte dans ses choix parce que l’environnement global est incertain.

La façon dont Yellen avait lancé le mouvement de réduction du bilan était éventuellement compatible avec un environnement international stable et prévisible. L’arrivée de Trump a créé du bruit et de la résonance en raison des politiques menées. Désormais la Fed doit prendre en compte ces bruits et le risque de contagion qui s’y attachent.

La Fed ne cède pas à Trump en ne relevant pas les taux mais elle ne les relève pas afin de pouvoir intervenir rapidement pour contenir les effets négatifs de la politique menée à la Maison Blanche. Elle veut être agile pour limiter les risques C’est bien pensé.

Juste une remarque sur le profil de la croissance US

La croissance américaine est attendue à 2.9% en moyenne en 2018. Cela correspond à un taux de progression de son activité compris entre 0.7 et 0.8% au dernier trimestre (chiffres non annualisés). Cette vue est consensuelle, comme est consensuelle aussi la robustesse perçue de la croissance américaine et le ralentissement vers 2.5% de l’expansion en 2019.
Si l’on sort sa calculette, on obtient des profils amusants pour rendre compatibles l’ensemble de ces éléments.
Si l’on considère le 2.9% de 2018 comme acquis (avec 0.8% en T4), la convergence vers 2.5% est intéressante. Le taux de croissance trimestriel moyen nécessaire pour converger vers 2.5% est de 0.5% par trimestre. Cela veut dire que, dès les premiers mois de l’année 2019, l’économie américaine ralentit fortement puisque sa croissance trimestrielle moyenne a été de 0.8% en 2018.
Si en revanche on fait l’hypothèse du maintien d’une croissance robuste au premier semestre dans le prolongement de 2018 (0.8% à chacun des deux trimestres) alors le profil des 2 derniers trimestres est beaucoup plus bas. Pour converger vers 2.5% en moyenne sur l’année, il faudrait une contraction de -0.2% par trimestre à partir de l’été.
En d’autres termes, si la croissance est robuste en début d’année 2019, alors pour être compatible avec les prévisions consensuelles, il faudra un sacré coup d’arrêt durant la seconde partie de l’année.

Trump contre Powell

Trump aurait la tentation de « virer » Powell après la dernière hausse de taux de la Fed. Cet article est explicite sur son intention et il aurait les moyens de le faire. L’indépendance de fait de la Fed n’est pas celle institutionnelle de la BCE.

Trump Discusses Firing Fed’s Powell After Latest Rate Hike, Sources Say

Le déficit commercial US et le resserrement monétaire de la Fed

Le commerce extérieur US se dégrade très vite en volume et hors pétrole. Les américains paient la politique budgétaire de Trump. Les importations en volume s’envolent et les exportations s’étouffent. Pas la bonne stratégie.
C’est aussi pour éviter des déséquilibres extérieurs trop importants que la Fed doit agir. Powell a évoqué ces déséquilibres liés à la politique budgétaire inconsidérée de la Maison Blanche. Il faut infléchir le profil des importations en pesant sur la demande interne. C’est le rôle de la politique monétaire.

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L’aplatissement de la courbe des taux et la récession aux USA

Une première étape a été franchie. Le spread 5ans-2ans est désormais nul. S’il passe négatif alors le spread 10ans-2ans tendra vite vers 0 avant de devenir négatif signalant la possibilité d’une récession aux USA. Imaginons 2020 pour le retournement du cycle US
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Les deux courbes ont en effet la même allure avec néanmoins une ampleur différente mais cela n’est pas l’enjeu.
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