Les chiffres de la semaine (7 au 13 octobre 2019)

Points marquants de la semaine

> Les données les plus importantes cette semaine seront les indices de production industrielle en Europe. Allemagne et Espagne (8) et France, Italie et Royaume-Uni (10).
Leur dynamique reflétera et mettra en évidence le risque de récession en Europe car les enquêtes auprès des entreprises ne sont pas robustes actuellement dans toute l’Europe.
L’Allemagne connait une période de grande fragilité quant à son activité et les enquêtes auprès des entreprises au cours de l’été et en septembre ont confirmé la possibilité d’une profonde récession en Allemagne.
En Italie, la dynamique reste faible et les risques à la baisse sur l’activité si l’on suit les enquêtes auprès des entreprises.
En Espagne, la dynamique est plus faible depuis la fin du printemps. Cela a obligé la Banque d’Espagne à réviser à la baisse ses prévisions pour 2020 et 2021. Le chiffre industriel indiquera si le risque de baisse doit être envisagé dès 2019
Au Royaume-Uni, l’incertitude liée au Brexit entraîne une baisse de la croissance du secteur industriel.
En France, la dynamique reste forte

> Au Japon, les dépenses des ménages en août (8) seront intéressantes, car une hausse du taux de TVA est attendue en octobre. Nous nous souvenons qu’après la hausse précédente du taux de TVA en avril 2014, l’impact sur le comportement des ménages a été très important et persistant. Cela a été déprimant en ce moment. Peut-on prévoir la même dynamique?

> L’enquête Jolts (9) aux États-Unis confirmera probablement l’évolution de la tendance du marché du travail aux États-Unis. C’est déjà ainsi que cela est perçu par les ménages.
> Taux d’inflation aux États-Unis avec l’IPC (10) qui présente un biais à la hausse par rapport à la mesure privilégiée de la Fed (PCE). Le taux d’inflation de base était élevé à 2,4% en août.

Le document détaillé est disponible ici en anglais
NextWeek-October7-October13-2019

La courbe des taux US est totalement inversée.

Ça y est, depuis 2 jours le taux sur le 30 ans US est passé sous le taux des fed funds. Tous les taux d’intérêt de la courbe US sont désormais sous le taux des fed funds. Cela traduit une terrible inquiétude sur le futur. Les investisseurs ne veulent plus prendre de paris sur l’avenir.
On relèvera que l’inversion de la courbe ne traduit plus un effet de compression résultant de la hausse du taux de la Fed comme cela était appréhendé à l’automne dernier mais un effet d’anticipations médiocres sur le futur. Les deux schémas sont très différents et le deuxième est le plus inquiétant.

Un tel signal a toujours été un précurseur de deux points :
le premier est une baisse des taux de la Fed. Pour des raisons macroéconomiques (les données sont encore robustes) et de crédibilité et d’indépendance de la banque centrale US j’espère que cette baisse de taux n’aura pas lieu en juillet (voire ici)
Le second point est que cette configuration des taux d’intérêt américains est toujours un signal de récession à venir. De façon simple, il n’y a pas que les investisseurs qui ont des anticipations médiocres sur l’avenir. La chute rapide des taux d’intérêt est simplement un signal quant à la perception du futur. Celle ci n’est pas spécifique aux financiers. La récession US aura certainement lieu au cours de l’année 2020.
On imagine que d’ici-là, le locataire de la Maison Blanche fera feu de tous bois pour bien montrer qu’il a tout fait pour éviter ce repli de l’activité lors d’une année électorale. La pression sur la Fed va dans ce sens, celle sur les chinois aussi. Mais s’il échoue les boucs émissaires ne manqueront pas. Jay Powell, le président de la Fed, sera au premier rang mais aussi probablement Xi Jinping, le président chinois qui n’aura pas mis toute la bonne volonté nécessaire pour conclure un accord avec les US. « Pile je gagne, face tu perds »

L’ISM manufacturier en repli pour le 3ème mois consécutif

L’ajustement à la baisse de l’ISM du secteur manufacturier se poursuit depuis le point haut d’août 2018. L’indicateur phare de l’économie US doit se caler sur une dynamique réelle moins volatile et moins forte. Le CFNAI que je prends comme référence est calculé comme la tendance commune de 85 indicateurs de l’économie réelle.
Il y a encore une marge d’ajustement et cela se produira compte tenu de la dégradation de l’environnement international et de l’absence de mesures de politique économique outre-Atlantique susceptible de doper la croissance très rapidement.
Cela veut dire que l’ISM va aller croiser le niveau de 50 au cours des prochains mois et probablement passer en dessous même si ce n’est que de façon temporaire.

Le repli de l’ISM tient notamment au recul des flux de commandes et aux moindres tensions observées sur les livraisons.

La Fed n’est pas pressée d’ajuster sa politique monétaire

Dans son communiqué de politique monétaire, la Fed indique qu’il n’y a pas d’urgence à réduire ses taux d’intérêt. Les données d’activité sont encore robustes et l’inflation reste modérée. Dès lors tant qu’il n’y a pas d’inflexion brutale, il n’y a pas de raisons pour la banque centrale de se précipiter pour ajuster sa politique monétaire. (C’est ce que j’évoquais ici)

Le graphe des dots, reflétant les anticipations des membres du comité de politique monétaire (FOMC), considère que le taux des fed funds sera stable en 2019, baissera une fois en 2020 avant de remonter en 2021 au niveau actuel.

La banque centrale américaine, qui ne veut pas se hâter compte tenu de la situation économique encore solide, ne veut pas donner de signaux sur ce qu’elle fera. C’est la fin du forward guidance pour la Fed. Elle ne s’engage sur rien confirmant ainsi sa volonté de ne pas se lier les mains par des engagements qui pourraient ne pas être en phase avec une conjoncture changeante.