la Fed réduit son taux

La Réserve fédérale a baissé son taux de 25 pb à 2,00-2,25%. Les raisons sont un taux d’inflation trop bas et une incertitude globale. C’est une sorte de démarche préventive assez étrange. Habituellement, la banque centrale américaine baisse son taux lorsque l’environnement est déjà morose.

L’une des raisons pour laquelle la Fed n’agit pas de façon préventive est que nous ne connaissons pas l’avenir. Pas plus la Fed que nous. Il y a donc un risque de crédibilité pour la Fed. L’autre risque est associé aux pressions politiques de la Maison Blanche. C’est aussi une source de préoccupation.

Faut il baisser les taux de la Fed en Juillet ?

La possibilité d’une baisse des taux d’intérêt de 50 points de base par la Federal Reserve américaine est sur toutes les lèvres. Le graphe des dots publié à l’issue de la réunion du 19 juin indiquait le maintien des taux au niveau actuel en 2019 mais il faisait apparaître que 7 membres suggéraient une baisse de 50 bp en 2019 (la stabilité est calculée sur la médiane des résultats).
Il n’en fallait pas plus pour que les observateurs basculent vers une baisse de même ampleur dès la réunion des 30 et 31 juillet. Les explications avancées sont celles des pressions de Donald Trump sur la banque centrale soit via des menaces relayées sur Twitter soit par les membres nommés par Trump au FOMC.

Une telle interprétation pose plusieurs questions
La première est qu’à la Fed, c’est le président qui a toujours le dernier mot. Les propos récents de Jerome Powell ne donnent pas ce sentiment d’urgence quant à la baisse des taux. Cela implique que la baisse des taux de juillet, si elle avait lieu, serait plus qu’une révolution de palais puisque son président serait mis en minorité.

La deuxième remarque est que les données macroéconomiques ne reflètent pas non plus l’urgence d’un changement de stratégie de la banque centrale.
Pour jauger la situation économique j’ai pris l’indice CFNAI calculé par la Fed de Chicago. Il regroupe 85 indicateurs de l’économie fédérale (de la production industrielle aux ventes de détail en passant par l’emploi et les commandes de biens durables). L’indicateur calculé est centré sur 0. Une valeur au-delà de -0.7 (sur l’indice en moyenne sur 3 mois comme présenté sur le graphe) suggère un risque de récession.

J’ai ensuite mesuré depuis 1985 (début de la grande modération), les changements d’allure de la politique monétaire de la Fed. Le premier graphe montre le taux des fed funds et les points retenus pour marquer l’inflexion vers une politique monétaire accommodante.

Le deuxième graphe montre les dates de changement de la politique monétaire et l’indice CFNAI..
Depuis 1985, les changements de politique monétaire ont lieu lorsque l’indice CFNAI est voisin de -0.7, c’est à dire lorsque le risque de récession se précise. La seule exception est celle de 2007 lorsque la question de la liquidité sur de nombreuses structures financières a été soulevée. Cela est un cas particulier.
Le niveau actuel de l’indice n’est pas cohérent avec un repli des taux de la Fed sauf à imaginer une rupture profonde de tous les indicateurs américains pour les mois de juin et juillet. Ce n’est pas notre scénario.

Cela signifie qu’en l’absence de justification économique ou financière, une baisse des taux de la Fed et une mise en minorité de son président traduiraient d’abord un effondrement de la crédibilité de la banque centrale américaine en raison de sa perte d’indépendance. Comme c’est l’institution financière la plus puissante au monde, il est probable que cela provoquerait des remous considérables sur les marchés financiers. Faut il prendre ce type de risque ? Je ne crois pas.

La Fed n’est pas pressée d’ajuster sa politique monétaire

Dans son communiqué de politique monétaire, la Fed indique qu’il n’y a pas d’urgence à réduire ses taux d’intérêt. Les données d’activité sont encore robustes et l’inflation reste modérée. Dès lors tant qu’il n’y a pas d’inflexion brutale, il n’y a pas de raisons pour la banque centrale de se précipiter pour ajuster sa politique monétaire. (C’est ce que j’évoquais ici)

Le graphe des dots, reflétant les anticipations des membres du comité de politique monétaire (FOMC), considère que le taux des fed funds sera stable en 2019, baissera une fois en 2020 avant de remonter en 2021 au niveau actuel.

La banque centrale américaine, qui ne veut pas se hâter compte tenu de la situation économique encore solide, ne veut pas donner de signaux sur ce qu’elle fera. C’est la fin du forward guidance pour la Fed. Elle ne s’engage sur rien confirmant ainsi sa volonté de ne pas se lier les mains par des engagements qui pourraient ne pas être en phase avec une conjoncture changeante.

Les chiffres à venir. Semaine du 17 au 24 juin

Les principaux points

  • La réunion de la Fed le 19. Pas d’attente de baisse immi e te des taux. Les données macro et l’inflation n’envoient pas d’alertes susceptible de forcer la main de la Fed
  • Le marché immobilier avec les mises en chantier le 18 et surtout la revente de maisons (21). Ce dernier indicateur reflète une sorte d’effet de richesse dont l’allure est cohérente avec la consommation des ménages. La tendance baissière des derniers mois plaident pour un ralentissement supplémentaire des dépenses au risque de peser sur le profil du PIB.
  • Les enquêtes Markit (estimations avancées pour le japon la zone euro, l’Allemagne, la France et les USA). Les indicateurs récents dans le secteur manufacturier ont été médiocres avec une forte inflexion baissière aux USA. Sera ce confirmé en Juin? On regardera aussi les commandes à l’export afin d’anticiper le profil du commerce mondial.

Le document est disponible en anglais ici

Le 30 ans US s’effondre

Le taux du 30 and américain passe sous le niveau de 2.6%. La vitesse du repli est impressionnante et traduit les inquiétudes et incertitudes relatives à l’environnement international (Mexique et toujours la Chine) La situation devient périlleuse car des anticipations très négatives sur l’activité ne permet pas d’anticiper un avenir radieux pour les prochains mois.