Trump contre Powell

Trump aurait la tentation de « virer » Powell après la dernière hausse de taux de la Fed. Cet article est explicite sur son intention et il aurait les moyens de le faire. L’indépendance de fait de la Fed n’est pas celle institutionnelle de la BCE.

Trump Discusses Firing Fed’s Powell After Latest Rate Hike, Sources Say

La Fed nous dit une hausse maintenant puis deux l’an prochain

La Fed a remonté son taux de référence de 25 points de base. Le taux des fed funds évoluera ainsi dans le corridor 2.25 – 2.5%. Ce niveau de taux se rapproche du corridor, 2.5-3.0%, considéré par la Fed comme une cible de long terme. C’est la 4ème hausse cette année.

La banque centrale n’apparaît pas inquiète quant à l’allure de l’économie dans les prochains mois. La croissance va ralentir un peu en 2019 mais le taux de chômage restera proche de son niveau actuel soit au delà du plein emploi. L’inflation sera voisine de 2%. Elle est un peu plus faible que lors de la réunion de septembre en raison de la chute du prix du pétrole.

La Fed a indiqué qu’elle pourrait remonter son taux de référence à deux reprises en 2019. En septembre, lors de la réunion précédente, elle envisageait 3 hausses. L’allure des prix du pétrole et sa conséquence sur le taux d’inflation expliquent probablement ce moindre durcissement.

Pourquoi deux hausses encore: l’économie fonctionne encore sur une tendance au-dessus du plein emploi. Ce déséquilibre doit être compensé par une politique monétaire qui doit devenir un peu restrictive pour éviter d’éventuelles déséquilibres, peu visibles actuellement mais qui pourraient se développer dans un futur pas trop éloigné. L’économie a changé mais pas au point de pouvoir trop longtemps fonctionner au delà du plein emploi sans que cela n’engendre de conséquences difficiles à gérer dans la durée. En outre, la politique de la Maison Blanche qui alimente la demande domestique se traduit par une hausse rapide des importations (voir ici). Par le biais d’une politique monétaire un peu restrictive la Fed doit peser sur la demande et limiter le déséquilibre externe.

La Fed va continuer son resserrement monétairei

La déclaration de Jay Powell, hier, a fait bouger les marchés financiers avec une hausse rapide des actions. Il aurait déclaré que le taux de la Fed était désormais proche du taux neutre, celui qui ne contraint ni ne favorise l’activité.

Pris comme cela cela signifierait que la Fed est proche d’arrêter le mouvement de hausse de son taux de référence entrepris en décembre 2015.

Cette interprétation est très excessive au regard de ce que dit effectivement Powell. Il dit que le taux est proche du bas du range d’estimation du taux neutre. En d’autres termes, le taux neutre est défini sur un intervalle et non sur un point. Powell dit que la Fed se rapproche du bas de l’intervalle. Ce n’est pas la même chose surtout aussi parce qu’il précise que la croissance restera forte et l’inflation voisine de 2%. Le discours n’a pas franchement changé, la Fed continuera d’augmenter son taux de référence, mais son interprétation a été excessive et a provoqué, à court terme, des mouvements de marchés exagérés.

Le texte de Powell es repris ci-dessous

La Fed va continuer

Selon la #Fed l’économie US va bien. Les conditions sont donc remplies pour une 4ème hausse de taux en 2018 lors de la réunion de décembre (18-19). La Fed poursuit sa stratégie de rééquilibrage du policy-mix trop accommodant (pol.budgétaire excessive) dans une économie au plein emploi. Elle continuera en 2019 pour éviter l’apparition de déséquilibres qui seraient pénalisants pour l’économie US dans le long terme.

Trump et la Federal Reserve

Donald Trump a encore récemment tancé la Federal Reserve pour le biais haussier dans la gestion de sa politique monétaire. La hausse des taux d’intérêt pénaliserait la croissance américaine. C’est un peu osé au regard de la politique budgétaire menée par la Maison Blanche.
Le graphique ci-dessous montre l’évolution du taux de chômage américain et du solde des finances publiques mesuré en pourcentage du PIB.
Le graphe montre que sur près de 60 ans, les deux indicateurs ont la même allure. L’allure de chacun est une représentation du cycle américain. Lorsque l’activité est forte alors le taux de chômage recule. Dans le même temps, les recettes fiscales progressent alors que les dépenses de soutien à l’activité sont plus réduites provoquant une amélioration du solde budgétaire. Ce double mouvement a toujours bien fonctionné, y compris lorsque Ronald Reagan relance l’économie au début des années 80.  A la fin des années 90, le surplus budgétaire est aussi une illustration de ce mouvement et de la volonté de mettre en place une politique d’austérité par Bill Clinton afin de disposer de marges de manœuvre en cas de retournement du cycle. C’était plutôt malin.

L’exception est la période actuelle. Le cycle est robuste comme en témoigne la baisse du taux de chômage à 3.7% en septembre 2018 (le plus bas depuis 1969). Pourtant l’allure du solde des finances publiques ne se réduit pas. Au contraire il se dégrade sous l’impulsion de la politique mise en oeuvre par Donald Trump. Le déficit public est proche de 5% alors que le cycle économique aurait dû entraîner une réduction significative du déficit public. Le gouvernement relance ainsi l’activité alors que l’économie est au plein emploi.
Il est, en conséquence, raisonnable pour la Fed de contrebalancer cet excès pour éviter l’apparition de déséquilibres persistants. On ne peut pas exclure que la politique budgétaire en accentuant la demande interne se traduise par une hausse significative de l’inflation et par un déséquilibre extérieur plus fort en dépit des mesures protectionnistes prises par la Maison Blanche (La hausse de la demande est forte (baisse d’impôts et hausse des dépenses) et l’offre n’a pas le temps de s’ajuster ce qui se traduit par une hausse des importations).
La Fed, par la voix de son président, Jay Powell, a clairement indiqué que cette politique n’était pas soutenable à moyen terme et qu’il était nécessaire de la contrebalancer. C’est pour cela que la banque centrale US monte ses taux d’intérêt et elle a raison. Elle emmène l’économie US sur une trajectoire plus soutenable à moyen terme.
Le risque est qu’en cas de choc négatif fort sur l’économie, les marges d’ajustement de la politique budgétaire soient nulles. Avec un déficit public déjà important avant le choc, il ne sera plus possible d’accroître le déficit budgétaire, ni de mettre en place un plan de relance comme celui mis en place par Obama en 2009. L’économie US serait alors fragilisée dans la durée. La politique de Trump profitera ainsi aux mieux-lotis qui tirent avantage de la baisse d’impôts alors que le coût de cette politique est mutualisé via la hausse de la dette publique qui en a résulté. Ce sera d’autant plus inéquitable dans la durée que certains, dans le camp républicain s’alarment du niveau de la dette publique et réclame une baisses des dépenses sociales pour la rendre soutenable à moyen terme. L’équité ne se traduit plus en américain pour l’instant. deficitpublic-txchomageUS.png