La question de la dette, une fois encore

J’ai fait en début de semaine un post évoquant la dette publique française proche de 100%. Cette note a provoqué de nombreuses réactions sur lesquelles j’aimerais revenir.

1 – Dans ce post j’évoquais effectivement la dette publique française proche de 100% mais je m’inquiétais davantage de la dette privée des entreprises non financières et des ménages. Les réactions n’ont porté que sur la dette publique mais pas du tout sur la dette privée dont le niveau est aujourd’hui franchement préoccupant.
Mesurées sur une échelle comparable (en % du PIB), la dette privée est supérieure à la dette publique et son allure, portée notamment par les entreprises, indique une progression bien plus rapide que la dette publique. A la fin du 1er trimestre 2018, sur un an, elle est en hausse de 4.3%  contre 2.2% pour la dette publique. Lire la suite

Discussion sur la croissance en France sur BFM Business

Vidéo

Cliquer sur l’image pour voir la vidéo

Le gouvernement, par la voix de Bruno Lemaire, a révisé en baisse son objectif de croissance à 1.7% pour 2018 contre 2% prévu en avril dernier. De ce fait le déficit public sera plus proche de 2.6% que de 2.3% prévu en avril.

J’étais invité hier soir sur BFM business par Annie Lemoine et Emmanuel Lechypre pour en parler.

Il y a deux questions posées.

La première porte sur la convergence vers 1.7%. Si je prends la prévision de la Banque de France à 0.4% en T3 alors il faut 0.8% au dernier trimestre pour arriver à 1.7%. C’est possible mais un peu hasardeux car ce chiffre est très élevé. Au cours des 10 dernières années ce chiffre de croissance n’a été atteint que 2 fois.

La deuxième question est celle du scénario sous jacent. Le profil attendu généralement est une explosion des dépenses au dernier trimestre en raison des gains de pouvoir d’achat résultant de la dernière étape de la baisse des charges et de la réduction partielle de la taxe d’habitation. Il y aurait un rattrapage fort après les comportements plus restrictifs observés au premier semestre en conséquence notamment du resserrement fiscal provoqué par la hausse de la CSG non totalement compensée par des baisses de charges pour les salariés. L’hypothèse est faite que le comportement des ménages est symétrique. Ce n’est probablement pas aussi simple car l’inflation est un petit peu plus élevée.

On peut tabler aussi sur une accélération de l’investissement des entreprises. Cette partie du scénario paraît plus difficile encore alors que le commerce mondial ralentit, que nos principaux partenaires commerciaux connaissent une croissance plus réduite et que les commandes de biens d’équipement stagnent. Investir fortement alors que la demande ralentit n’est pas très orthodoxe.

En fait la question de fond est de savoir si la croissance potentielle de la France est de l’ordre de 1.3% (loi de programmation budgétaire 2018-2022) ou si elle est de 1.7% comme le suggère cette même loi de programmation puisque l’économie française serait à 1.7% de croissance moyenne jusqu’en 2022. En d’autres termes, la croissance française serait capable, sans engendrer de tensions, d’être au dessus de son potentiel de façon permanente (sic)

Si la croissance potentielle est plus proche de 1.3% que de 1.7% alors le point haut du cycle est passé et l’on va converger vers celle ci. J’attends une croissance de 1.5% cette année et 1.4% l’an prochain.

Les français s’adaptent, sont critiques mais pas réfractaires

Il parait que les français sont réfractaires aux changements. Peut être mais peut être pas. L’environnement des français a été bouleversé au cours des deux dernières décennies. Du choc technologique avec l’apparition du smartphone aux changements profonds du fonctionnement du marché du travail (30% des CDD sont d’un jour ou moins) les français se sont adaptés. Ils ne sont pas hostiles aux changements et adaptent leur comportement.

La question des réformes est tout autre: les réformes se succèdent depuis des décennies pour améliorer la situation des français. Chaque gouvernement a sa recette pour faire baisser le chômage. Pour autant, le taux de chômage est à 9.1% en France au 2ème trimestre 2018 et il a baissé beaucoup moins vite que la moyenne de la zone Euro.
Les français sont simplement critiques car les réformes s’accumulent sans pour autant que le bien-être s’améliore.
Il pourrait y avoir une réponse à cela s’il y avait systématiquement une évaluation des politiques publiques pour que chaque français puisse avoir une mesure de l’efficacité des réformes mises en oeuvre.
Finalement les français sont critiques lorsqu’ils ne perçoivent pas la façon dont la réforme va changer leur vie en mieux.
Ce pourrait être le cas par exemple avec la réforme du prélèvement à la source.  Va-t-elle créer les conditions pour une amélioration de la situation de chacun après le choc psychologique que chaque français subira lors de la lecture de sa feuille de paie en janvier prochain? Ce n’est qu’un effet nominal, mais l’on sait depuis Keynes que l’illusion nominale est un élément clé du comportement. Et je ne parle pas des économies d’impôts qui seront perçus qu’avec beaucoup de retard?
Chacun y verra-t-il une amélioration du bien-être ou une raison d’être critique?

L’emploi s’ajuste très vite en France en suivant l’inflexion de l’activité

La dynamique de l’emploi a ralenti au cours des premiers mois de 2018. Après une progression de 0.24% au premier trimestre, l’emploi privé n’a augmenté que de 0.16% au cours du printemps. Ces chiffres sont à comparer à la croissance observée en moyenne tout au long de l’année 2017. Elle était de 0.46%. La croissance de l’emploi a donc été divisée par 2 entre 2017 et le début de 2018.
En nombre d’emplois créés, il était de 88 600 en moyenne par trimestre en 2017, il n’est plus que de 38 500 en moyenne au premier semestre 2018 (31 000 au deuxième trimestre).
Tous les secteurs ralentissent et notamment les services comme le montre le graphe ci après.  La construction a aussi une allure plus préoccupante en phase avec le ralentissement des permis de construire. Lire la suite