La conjoncture française à l’arrêt

La conjoncture en #France connait un sérieux trou d’air en décembre. L’activité selon #Markit s’est arrêtée. L’indice composite a convergé vers 50. L’Allemagne et la zone Euro ralentissent fortement. Pas d’impulsion de nos voisins et pas de reprise en France attendue en 2019

La situation en zone Euro n’est pas plus flamboyante même s’il n’y a pas eu directement l’impact des troubles sociaux français. Le coup de froid de l’activité est européen via la convergence vers la croissance potentielle mais avec des coups d’accélérateur en France, en raison des troubles sociaux, et en Italie déjà en récession.

Les mesures proposées permettront la réduction des tensions à court terme

Les mesures présentées par le président Macron doivent permettre, à court terme, le retour de la paix sociale. Cependant, cela ne pourra se faire dans la durée que si le débat permet de créer un consensus sur le cap à tenir à moyen et long terme. Le président a un rôle majeur sur ce point mais aussi tous les corps sociaux qui devront contribuer à définir cet objectif commun.

Le président Macron est intervenu dans le but de calmer la fièvre sociale qui agite la France depuis quelques semaines. Il a annoncé 4 mesures dont l’objet est d’accroître le pouvoir d’achat des revenus les plus faibles.
Le Smic sera augmenté de 100 euros dès le mois de janvier sans qu’il en coûte un euro supplémentaire aux entreprises donc au-delà de la hausse mécanique de ce salaire de référence, les heures supplémentaires ne sont plus soumises à charges et à impôts, la hausse de la CSG pour les pensions de moins de 2000€ par mois est annulée et enfin une prime de fin d’année sans impôts ni charges pourra être versée aux salariés. 
Ces mesures plus la suppression des taxes sur l’essence prise la semaine dernière devraient avoir un coût de 14 à 15 milliards. 
Les annonces ont été faites sans que leur financement ne soit éclairci.

On peut faire 4 remarques
1 – Il fallait agir rapidement pour tenter de désamorcer la crise sociale et éviter un emballement supplémentaire. 
Ces mesures devraient le permettre même si chacune peut être critiquée quant à son efficacité à moyen terme. 
Cette première étape était nécessaire
2 – Il faut que ces mesures s’inscrivent clairement dans un cap qui reste à définir. Le président a parlé d’un grand débat économique et de société. Celui-ci doit permettre de fixer des objectifs qui devront faire consensus. Le président n’a pas voulu s’engager au delà même s’il a rappelé les objectifs qu’il s’était fixé. 
On touche ici un sujet complexe car le président s’est engagé à réduire les dépenses, ce qui reste à faire, mais les revendications sociales portent sur la nécessité de plus de services publiques et donc davantage de dépenses. 
Le débat devra s’engager mais il faudra qu’il soit conclusif alors que les attentes et les moyens apparaissent contradictoires entre les différents intervenants. Cette étape est essentielle afin d’infléchir dans la durée les anticipations et éviter un retour de l’agitation sociale. 
3 – Cette deuxième étape est nécessaire pour éviter de retomber dans les travers du passé. En effet des mesures du type de celles annoncées ont souvent été mises en oeuvre lors de tensions sociales. Mais comme il n’y avait pas de changements à moyen terme, le coût de ces mesures étaient totalement prises en charge par l’impôt. Cette mécanique a participé à cette hausse systématique et conjointe des dépenses et des prélèvements. On paie ces errements. Le président s’est engagé à y mettre fin, dont acte. 
4 – Le président veut appliquer son programme mais les partenaires sociaux savent maintenant que le programme qui était réputé indiscutable peut être discuté. En terme de crédibilité cela change la donne. Si la deuxième étape est menée à bien alors le changement de crédibilité renforcera le gouvernement et le président. Dans ce cas on parlera de faire de la politique autrement, sinon on reviendra dans les travers habituels avec une perte de crédibilité durable. 
L’enjeu des prochaines semaines est donc déterminant mais peut déceler de bonnes surprises. Les cartes sont à l’Elysée.

La croissance est trop faible pour alimenter le pouvoir d’achat en France

Le pouvoir d’achat, la productivité et le PIB par tête doivent suivre une allure cohérente dans la durée. Chaque indicateur traduit, à sa façon, la capacité de l’économie, française en l’occurrence, à évoluer dans la durée.
J’ai repris ces 3 éléments depuis 2000 jusqu’à 2018 et la dernière donnée disponible pour chacun d’entre eux (données trimestrielles). J’ai mis chacun d’eux en base 100 en 2000. 
Sur le graphe on observe trois périodes.
La première période jusqu’à la crise de 2008 montre des indicateurs suivant des trajectoires parallèles et donc plutôt cohérentes. 
La deuxième période, de 2008 à 2012, montre des écarts considérables. Le PIB par tête et la productivité chutent en 2009 avant de rebondir modérément alors que dans le même temps le pouvoir d’achat se maintient à un niveau élevé, sans rupture, contrairement aux deux autres mesures. 
Cet écart prend fin avec la rigueur budgétaire et les hausses de fiscalité de 2012/2013. 
La troisième période démarre en 2014 avec des indicateurs qui ont retrouvé des trajectoires cohérentes et parallèles.
Deux remarques
1 – Les stabilisateurs automatiques ont joué favorablement, en 2009 notamment, en maintenant la capacité de demande des ménages. Cet effet, habituellement favorable dans la durée, n’a pas tenu ses promesses cette fois-ci car le rebond de la croissance a été insuffisant. On voit bien la rupture de 2011 sur le graphe en raison des politiques d’austérité. La reprise a été coupée dans son élan par les politiques budgétaires trop restrictives à l’échelle européenne.
2 – Depuis le rythme de la croissance est trop bas pour être satisfaisant. Les trois allures sont cohérentes mais ne satisfont personne en raison d’une progression trop réduite.
Dès lors, toute mesure visant à accroître le pouvoir d’achat se heurtera rapidement aux contraintes mêmes de l’économie française. 
Le vrai problème de la l’économie française reste donc la croissance qui est trop réduite.

Troubles sociaux en France et risques sur la croissance

Pour la France, l’impact des troubles sociaux sur la dynamique de croissance est le point sur lequel il faut se pencher maintenant.

Mon scénario de base pour le dernier trimestre 2018 est une croissance de 0.4% ce qui se traduirait en une croissance moyenne de 1.6% pour 2018. Pour 2019, je ne crois pas à une re-accélération de la croissance et j’attends une croissance moyenne de 0.3% par trimestre. Cela se traduirait par une croissance moyenne de 1.3% sur 2019. Lire la suite