Gains de productivité réduits et Choc sur le commerce mondial Ma chronique hebdo

La conjoncture difficile des pays développés est le produit conjoint d’un choc négatif sur l’activité via le vif ralentissement du commerce mondial et d’une croissance de la productivité qui n’est pas suffisante pour engendrer un rebond rapide de l’activité. Le risque d’un choc persistant sur l’activité et l’emploi est d’autant plus fort que les politiques économiques ne disposent pas de capacités importantes pour amortir le choc et en reporter le coût dans le temps.

La baisse des gains de productivité est une vraie source de préoccupation notamment pour les économies développées. Pour faire simple, la productivité est la mesure du surplus engendré par le processus de production. Si l’on veut avoir une image c’est dire que, via les opérations productives, 1+1 fait un peu plus que 2. Le « un peu plus » que 2 représente les gains de productivité. Selon les périodes et l’efficacité du système productif, ce « un peu plus » est plus ou moins important. Par le passé, les gains de productivité étaient très importants (+5.8% par an en moyenne en France durant la décennie des années 1960) et ont permis notamment la baisse tendancielle du temps de travail, la hausse des revenus salariés et la mise en place d’un système de sécurité sociale efficace (gains de productivité=évolution de la production en volume par heure travaillée). Plus ce surplus est élevé, plus le système productif dispose de marges pour redistribuer largement ces gains vers l’ensemble des citoyens.

Par ailleurs, en raison de la nature même du processus, ces gains créent une dynamique endogène qui permet d’amortir les chocs et de retrouver rapidement le chemin de la croissance et de l’emploi. Plus les gains sont élevés plus l’économie a la capacité de repartir rapidement et sur une échelle importante.

La période actuelle, celle de l’après crise de 2008, est caractérisée par un net ralentissement de la production par heure travaillée dans tous les pays développés. C’est ce que montre le tableau qui présente la croissance annuelle moyenne de la productivité selon 3 horizons : une période longue entre 1990 et 2007, la période depuis la reprise américaine en 2009 et celle depuis la reprise en Europe en 2013.

Croissance et Technologie – Le mystère des gains de productivité

Verbatim de ma chronique audio du jour

La longue période de crise se traduit, dans les pays occidentaux, par une trajectoire de croissance plus basse que par le passé. Aux USA et en Europe, le profil de l’activité est bien inférieur actuellement à ce qu’il était dans les cycles économiques précédents.
Pourtant, nous avions tous eu des espoirs de progression durablement élevée de l’activité économique avec l’apparition des nouvelles technologies.
A la fin des années 90, les études se multipliaient pour montrer que le changement dans les gains de productivité était durable et que cela modifierait de façon permanente le profil de la croissance. Peu d’économistes indiquaient que ce mouvement serait temporaire et que la croissance lente de la productivité des années 70 jusqu’au milieu des années 90 était la norme.

Cette discussion n’est pas purement académique car derrière les gains de productivité les questions posées portent sur la dynamique des revenus et sur l’emploi.

Depuis la fin des années 90 et cette période d’explosion des nouvelles technologies on a pu observer un net ralentissement de la productivité.
Dans une étude récente des chercheurs de la Federal Reserve Bank de San Francisco indiquent que le profil de la productivité, aux Etats-Unis, est revenu sur celui qui était constaté avant la rupture technologique des années 90. Le rythme de progression des gains de productivité est depuis 2004 de l’ordre de 1.5% contre plus de 3% de 1996 à 2003. Le changement est spectaculaire alors que l’on observe partout et quotidiennement la mise en œuvre de ces nouvelles technologies.

La question d’après est de savoir si ce changement de tendance est la résultante de la crise ou si la crise n’a fait que l’accentuer. Toujours d’après cette étude, les auteurs en utilisant deux mesures distinctes suggèrent que le changement de tendance est observable avant même la crise. L’essoufflement des gains de productivité s’observe au milieu de la première décennie des années 2000.
Cela implique que l’impact de la rupture technologique s’est ralenti d’elle même en 2004 – 2005 et la crise n’a fait qu’accentuer ce changement.

La question que l’on doit dès lors se poser est celle du futur.
Est ce que l’économie des pays occidentaux est condamnée à avoir des gains de productivité modérés limitant ainsi sa capacité à croitre davantage ? En d’autres termes, est ce que la révolution technologique qui a bouleversé les processus de production tant dans le secteur manufacturier que dans celui des services est juste un phénomène qui a fait sauter l’économie sur une trajectoire plus élevée mais sans en changer le rythme tendancielle de progression ?
Les gains forts de productivité ne seraient alors que ceux résultant du changement de trajectoire. C’est ce que semblent dire les statistiques mais cela est surprenant malgré tout au regard des ruptures que l’on a tous constatés sur notre façon de travailler, de consommer ou encore de s’insérer dans la société
On peut aussi imaginer que la rupture technologique n’a franchi qu’une première étape et que de nouveaux pas seront accomplis avec la mise en place de robots et de machines à intelligence artificielle.

On peut imaginer que c’est ce dernier aspect qui peut l’emporter au regard du bouillonnement technologique que l’on peut observer. D’autres questions se poseront alors et notamment la place que l’on accorde au travail dans ces sociétés à haute technologie.

Vidéo – Renouveau de l’activité manufacturière – Les Nouveaux défis

Vidéo

La situation évolue rapidement dans le secteur manufacturier aux USA. L’accroissement rapide de la production manufacturière (+20% depuis le 2ème trimestre 2009) s’est fait sans véritable reprise de l’emploi.
Cela pose des questions sur la répartition des gains de productivité et doit amener à s’interroger sur la notion même de politique industrielle