Le Mexique a cédé face à Trump

Finalement il n’y aura pas d’escalade de taxes à la frontière entre les USA et le Mexique. Les mexicains ont accepté de faire le nécessaire pour limiter les flux de population entre les deux pays. En mai de cette année, 144 000 personnes avaient été repoussées pour passage illégal de la frontière ou par refus des américains. Ce chiffre est le plus élevé depuis 5 ans mais moindre que ce qui a pu être observé dans le passé. Le graphe en annexe est éclairant.

Au delà de ce chiffre, Trump réussit enfin à peser sur les flux migratoires puisque l’on sait que c’est une de ses obsessions. Il avait voulu un mur/frontière entre les deux pays qu’il n’avait cependant pas réussi à financer. Il avait ensuite demandé un effort au Mexique pour limiter le passage de produits illicites à la frontière. Il avait aussi évoqué la taxe à 25% sur les automobiles pour faire changer les comportements du Mexique. Cela n’avait pas été suffisant.
Le mécanisme de taxe de 5 % supplémentaire chaque mois (à partir du 10 juin jusqu’en octobre soit 25% de taxe à la fin) sur l’ensemble des importations américaines du Mexique a été la menace suffisante même si cette mesure avait peu de soutien chez les républicains et même à la Maison-Blanche (Mnuchin et Kushner y étaient opposés).

Trump et sa stratégie du bulldozer sortent grand vainqueur de l’opération. Le président américain réussit à infléchir les flux migratoires et à faire porter le coût de l’opération au Mexique. En effet, le Mexique servira d’antichambre pour les migrants voulant arriver aux USA. Cela veut dire qu’il faudra les prendre en charge au Mexique ou faire le nécessaire pour interdire les sud-américains de passer par le Mexique pour entrer aux USA. Le coût sera durablement élevé et porté par le Mexique.

Les comportements basés sur la menace du plus fort pose de nombreuses questions.

Des relations bilatérales peuvent-elles être viables si elles reposent sur la défiance et la menace.

On observe qu’une telle stratégie ne fonctionne pas avec la Chine dont le développement est moins dépendant des USA que le Mexique.

La question maintenant est de savoir comment les Etats-Unis vont se positionner vis à vis de l’Europe notamment dans le rôle pivot qu’aura l’Europe dans la redéfinition de l’équilibre politique global. Les derniers développements des relations entre les trois zones montrent des espaces de discussions très importants et l’absence d’une position commune entre les trois régions, ni même de positions bilatérales communes face au troisieme. Les USA ne réussissent ainsi pas à contraindre l’Europe vis à vis de la Chine. C’est un élément majeur pour l’Europe et sa capacite à influencer le monde. (voir ici)

Graphe en annexe

Tensions sino-américaines: une période passionnante

Les tweets de Donald Trump, le 5 mai dernier, ont accentué les tensions entre la Chine et les Etats-Unis relançant brutalement les discussions sur les conditions d’un accord commercial. Aux nouveaux tarifs douaniers américains répondent des représailles chinoises sur les importations américaines. Cela remet en cause la longue période de calme qui avait débuté après la réunion du G20 le 1er décembre dernier.(j’avais déjà écrit sur ce point voir ici le 21 février 2019)

La volonté de Trump d’imposer de nouvelles contraintes à la Chine traduit son souhait de rapatrier des emplois aux USA, notamment dans le secteur manufacturier, mais aussi de réduire la dépendance des USA vis à vis de la Chine.
En 2018, le solde extérieur vis à vis de la Chine était déficitaire de 419 milliards de dollars en raison d’importations américaines très fortes et des exportations qui peinent à trouver leur place en Chine. Le graphe illustre parfaitement la situation inconfortable des américains.
La situation s’est aussi compliquée récemment. En effet, la contrepartie de cet excédent chinois sur les US était un financement chinois de l’économie US via notamment l’achat d’obligations de l’Etat américain. Cela a longtemps fonctionné et c’était une façon de se tenir l’un l’autre. La logique était la suivante: des débouchés pour les produits chinois sur le marché américain avec un financement de l’économie américaine par les chinois pour compenser le manque d’épargne des américains. Le fonctionnement du couple sino-américain était celui de la complémentarité. Cet équilibre change de nature parce que depuis de nombreux mois, le poids de la Chine dans le financement de l’économie US diminue. En mars 2019, le poids des actifs financiers américains détenus par la Chine dans l’ensemble des financement externe des USA était revenu au niveau bas observé en juin 2006.
L’équilibre de la relation entre les deux pays change et les Etats-Unis n’ont plus la capacité de peser sur la Chine comme ils pouvaient le faire par le passé. La Chine se démarque et souhaite davantage d’autonomie.

La Maison Blanche s’impatiente ainsi face à l’absence d’empressement des chinois à répondre à ses demandes. En taxant les importations chinoises, Washington souhaite peser sur l’activité de l’Empire du Milieu au risque d’y créer des tensions sociales fortes et forcer ainsi la main des autorités chinoises qui ne souhaitent pas prendre ce risque social. L’allure médiocre des indicateurs d’activité chinois depuis le début de l’année pourrait valider l’analyse de Washington et l’inciter à durcir encore le ton sur le plan commercial. Cette tactique n’est, cependant, pas forcément pertinente.

Au début de l’année 2019, le poids des Etats-Unis dans les exportations chinoises a nettement ralenti La dépendance chinoise aux US s’inverse alors que dans le même temps, les chinois relancent la « Belt and Road Initiative » (Nouvelles Routes de la Soie) dont l’objectif est de diversifier encore davantage les débouchés chinois. La Chine élargit ses débouchés et limite de fait l’influence des Etats-Unis sur sa conjoncture.

L’autre point de désaccord majeur entre Washington et Pékin porte sur la technologie. Il me semble que c’est le point majeur du différend entre les deux pays. Les chinois ont effectué un rattrapage technologique très rapide depuis une vingtaine d’années. Cela s’est traduit à la fois par des transferts de technologies mais aussi par des moyens considérables mis en oeuvre pour le faciliter. Cela a bien fonctionné et les chinois disposent désormais d’une avance sur les américains notamment dans la 5G et l’Intelligence Artificielle.
Cette remise en cause de la suprématie technologique américaine est un changement radical car les chinois ont les moyens de développer ces technologies sans l’appui des américains. Une telle situation aurait pu se présenter avec le Japon il y a quelques années mais les japonais sont toujours restés dans le giron des américains. Ce n’est pas le cas des chinois. Ils disposent d’un marché intérieur très vaste et des développements en dehors de la Chine qui sont très importants. Cela peut, dès lors, créer les conditions d’une dynamique technologique autonome.

La crispation de Washington a été très perceptible ces derniers mois sur le sujet. Les sanctions contre ZTE, en avril 2018, puis surtout contre Huawei, dès décembre de l’an dernier, ont montré cette sensibilité. Des pressions ont été faites sur des gouvernements européens pour qu’ils n’adoptent pas la technologie chinoise (voir par exemple ici ). De façon plus récente, Huawei a été blacklisté par Donald Trump (voir ici) et d’autres compagnies chinoises n’ont plus accès au marché américain comme China Mobile (voir ici).

L’enjeu est simple. Celui qui déterminera les normes sur ces nouvelles technologies aura un avantage comparatif considérable. Il pourra développer plus facilement les innovations utilisant ces technologies. C’est sur ce point que les négociations bloquent. Les chinois ont mis d’importants moyens pour disposer de cet avantage technologique et ils ne vont pas spontanément se mettre sous la coupe des américains. De la même façon, on ne peut imaginer que les américains acceptent spontanément l’avance des chinois et qu’ils fassent allégeance pour pouvoir utiliser les technologies de l’Empire du Milieu.

Ce bras de fer technologique ne se résoudra pas spontanément, aucun des deux pays ne fera allégeance, et donc la possibilité d’un accord entre les deux pays parait peu probable sauf à ce que la conjoncture chinoise se dégrade très rapidement mais ce n’est pas notre scénario.
Pourtant l’histoire ne s’arrête pas là. Le développement de la 5G, par exemple, est au cœur de nombreuses innovations et les pays autres que la Chine et les USA créent des activités faisant appel à cette technologie. Cela veut dire que le passage à grande échelle de ces innovations se fera via la probable utilisation de la technologie chinoise. Cela provoquera alors des tensions supplémentaires avec les américains. Emmanuel Macron a déjà pris position sur ce point (voir sa déclaration ici au Salon Vivatech)

La dynamique de l’économie mondiale change et l’équilibre nouveau ne sera pas trouvé rapidement. C’est la première fois dans l’histoire moderne qu’une telle situation s’observe. C’est la première fois que l’économie monde est susceptible de basculer vers une région nouvelle sur des critères liés aux innovations technologiques. Lorsque le cœur de l’économie monde est passé du Royaume Uni aux Etats-Unis, il y avait une continuité que l’on ne trouve pas dans la situation actuelle. L’Europe devra alors se positionner.
Cette transformation va bouleverser la dynamique de l’économie mondiale et forcément redistribuer les cartes entre les régions du monde.
Quand on vous dit que l’on vit une période passionnante.

La Fed va prolonger son biais haussier en 2019 – Ma chronique du lundi

Le post est disponible en format pdf La Fed maintient son biais – Ma chronique du Lundi

La Federal Reserve se réunit les 25 et 26 septembre. Une hausse de 25 bp est attendue sur le taux des fed funds portant ainsi le taux effectif dans une fourchette allant de 2 à 2.25%. Une autre hausse est attendue en décembre. Ces 4 resserrements sur 2018 semblent faire consensus désormais à la Fed. La question porte sur 2019 désormais. Lors de la dernière mise à jour, en juin, des perspectives économiques et financières par les membres du comité de politique monétaire (FOMC), 3 hausses de taux d’intérêt étaient prévues pour 2019. Comment se faire une idée plus précise ?
Les quatre hausses de taux d’intérêt sont validées désormais par la Fed. J’avais évoqué cette hypothèse en début d’année en raison de la mise en place de la politique budgétaire expansionniste de la Maison Blanche. Je n’ai pas changé d’avis et la hausse des taux de la Fed n’est qu’une façon de modérer les déséquilibres provoqués par cette politique qui vise à doper la demande interne.

Cette dynamique interne traduit l’impact de deux composantes. La première est l’effet direct des baisses d’impôts et de la hausse des dépenses publiques. On perçoit bien l’effet positif pour la demande dans une telle configuration. L’autre composante est la politique commerciale qui vise à substituer la production interne aux importations. La demande adressée aux entreprises s’accroît ainsi très fortement. Lire la suite

Chine – Etats-Unis, la bataille ne fait que commencer

La menace de Donald Trump sur le commerce mondial est une tentative désespérée pour les États-Unis de maintenir leur leadership sur l’économie mondiale. Depuis une vingtaine d’années, l’évolution la plus remarquable est celle de la Chine avec sa croissance spectaculaire et son poids de plus en plus imposant dans l’économie mondiale.
Les Chinois ont été les grands bénéficiaires de la globalisation. Ils ont vu leurs revenus augmenter de façon impressionnante au détriment des classes moyennes et inférieures des pays développés. C’est ce que montre le fameux graphe de l’éléphant de Branko Milanovic. C’est d’ailleurs une figure qui éclaire les évolutions politiques récentes dans les pays occidentaux. La classe moyenne est partout dans une situation plus fragile qu’il y a une dizaine ou une vingtaine d’années avec d’importantes conséquences dans leur vote politique.
La dynamique industrielle, celle qui permet d’accroître très vite les revenus, est l’apanage désormais de l’Asie et de la Chine en particulier. Depuis 10 ans, la production industrielle de chacune des 3 grandes zones qui avaient porté la croissance du monde depuis la Seconde Guerre mondiale (USA, Japon, Europe) a stagné, alors que celle de l’Asie hors Japon a doublé. Par le plan « Made in China 2025 » la Chine souhaite encore davantage accentuer ce basculement.
Cette différence dans la dynamique industrielle, désormais plus favorable à l’Asie, est au cœur des mesures prises par Trump vis-à-vis de la Chine. La production ne se développe plus dans les pays occidentaux, mais en Asie, donnant un support à une dynamique de rattrapage et de réduction du leadership des pays développés. Les USA voient s’étioler leur leadership. C’est aussi un défi de grande ampleur pour l’Europe, même si celle-ci n’a pas adopté une politique aussi brutale que celle de la Maison Blanche. En outre, le renouveau industriel des pays développés, souvent évoqué par le terme « Industrie 4.0 », n’apparaît pour l’instant que comme traduisant une substitution à la production existante et non une hausse du volume de production. C’est une étape qui, pour l’instant, n’est pas suffisante pour anticiper une inversion de tendance au mouvement évoqué plus haut de localisation de la production dans les pays asiatiques. Lire la suite

La guerre commerciale s’amplifie

Trump veut étendre les sanctions tarifaires à 200 mds d’importations provenant de Chine au lieu de 50. Cela fait suite aux mesures de représailles de la Chine. Seulement la Chine n’importe pas 200 mds des US. Il lui faudra trouver d’autres mesures.

La guerre commerciale prend de l’ampleur et pénalisera forcément la croissance si elle continue.