Les chiffres de la semaine à venir (21 octobre – 27 octobre 2019)

Points Marquants

> La réunion de la BCE (le 24 octobre) sera l’événement le plus important de la semaine. Lors de la dernière réunion, le 12 septembre, la BCE a adopté une politique monétaire très accommodante. Cela a conduit à des discussions importantes, notamment sur la reprise du QE et sur la « forward guidance », étant donné que ces mesures resteront en place jusqu’à ce que l’inflation des ZE converge vers l’objectif de la BCE (Un peu en dessous mais proche de 2%). Rien de nouveau n’est attendu?

> Cette réunion sera la dernière pour Mario Draghi. Il quittera la BCE à la fin du mois et sera remplacé par Christine Lagarde. Draghi a donné à la BCE l’âme et les instruments nécessaires à une banque centrale indépendante et influente.
Dans le document, je reviens sur les apports de Draghi à la BCE mais aussi sur son échec majeur. A son départ, la zone Euro est dans une situation critique malgré la politique monétaire accommodante.

> De nombreuses enquêtes auprès des entreprises pour octobre seront publiées au cours de la semaine. Le climat des affaires français (INSEE le 23), l’enquête IFO en Allemagne (25), l’estimation flash de Markit (24) et les commandes dans l’enquête CBR au Royaume-Uni (21).
La perception de l’environnement économique actuelle dans les pays développés est pessimiste et ne s’inversera pas rapidement. Les prévisions récentes du FMI reflète cette perception et l’inscription de cette situation dans la durée.
Un accord sur le Brexit aurait peut-être eu un impact positif, mais le Parlement ne l’a pas autorisé.
BoJo a demandé un nouveau délai jusqu’à la fin du mois de janvier prochain. Cela augmente l’incertitude, car nous ne savons pas ce qui se passera dans les trois prochains mois. Est-ce que nous convergeons vers un nouveau référendum? Bojo forcera-t-il le Brexit avant la fin du mois de janvier prochain? Y aura-t-il des élections générales? Personne ne sait. Beaucoup aimeraient écrire l’avenir, mais le passé récent a montré que l’avenir est peu prévisible.
Les discussions entre la Chine et les États-Unis suscitent également des incertitudes. Les discussions de la semaine dernière ont principalement porté sur l’agriculture, car il est nécessaire que les États-Unis renversent la tendance issue de la guerre commerciale. La Chine achète maintenant du soja au Brésil plutôt qu’aux États-Unis. Cela affaiblit la future campagne présidentielle de Trump.
Le risque associé à l’échec de ces négociations est une source de faiblesse supplémentaire pour l’économie globale puisqu’aucun renversement de tendance ne pourra être attendu rapidement. L’incertitude pour l’avenir reste élevée et constitue une contrainte pour l’activité économique.
> Commandes de biens durables aux États-Unis pour le 24 septembre. Ces chiffres n’ont pas été robustes récemment et pourraient se refléter dans une faiblesse de l’investissement des entreprises pour les mois à venir.
> Ventes de maisons existantes aux États-Unis pour septembre (22). Cette statistique est importante car elle reflète une sorte d’effet de richesse. Aux États-Unis, les propriétaires de maison sont plus nombreux que les personnes disposant d’un grand portefeuille d’actifs risqués. Les mouvements dans l’immobilier ont donc plus d’impact sur le comportement des consommateurs que le marché boursier ne peut en avoir. La vente de maisons existantes est pour moi la statistique la plus importante montrant cet effet de richesse. Les récentes améliorations ont été favorables aux dépenses des consommateurs.

Le document détaillé en anglais est ici
NextWeek-October21-October27-2019

2 graphes qui montrent que les français sont optimistes

Les ménages français sont optimistes. L’indicateur de confiance calculé par l’INSEE est un peu supérieur à la moyenne de l’enquête qui démarre en 1987. Après la déprime de la fin 2018, les ménages ont désormais un horizon plus solide.
Deux composantes de cette enquête montrent ce changement de perception. La première est celle relative au chômage. Les ménages ont une perception de l’évolution du chômage, au cours des 12 prochains mois, qui traduit une amélioration du marché du travail. Les ménages sont moins inquiets, que ce qu’ils sont en moyenne sur cette question.
L’autre indicateur porte sur la façon dont les ménages se projettent dans les 6 prochains mois. Tant sur la situation de chacun pris individuellement que sur la situation à venir des français, les ménages sont optimistes un peu plus optimistes qu’ils e sont en moyenne.
La déprime de fin d’année est un peu de l’histoire ancienne. Entre-temps, près de 150 000 emplois ont été créés et la politique économique a eu un impact favorable sur le pouvoir d’achat et sur sa capacité à amortir les chocs.

Du côté des entreprises, l’indice français se maintient au-dessus de sa moyenne historique.
La comparaison de l’indice de climat des affaires avec l’IFO allemand éclaire la conjoncture des deux pays.. Pour les comparer, ils sont tous les deux centrés et réduits sur la période qui démarre en janvier 1991 (après la réunification). Les cycles des deux pays sont plutôt cohérents sur l’ensemble de la période. L’indicateur français est plus robuste jusqu’au milieu de la première décennie 2000 (réformes structurelles allemandes). C’est le contraire après la crise de 2008. L’Allemagne, plus sensible au commerce mondial et ayant développé ses échanges avec l’Asie et la Chine, connait un cycle particulier assez différent de celui de la France. La rupture récente observée outre-Rhin est un peu le revers de cette médaille. L’indice IFO revient à sa moyenne depuis 1991. Cependant, à court terme, cela se traduit par un choc fort sur l’économie allemande, un changement de régime rapide qui pourrait se traduire par une contraction de l’activité.
Les déterminants des deux économies sont très différents (cf ici). La France est très dépendante de sa demande interne et sa politique économique peut permettre d’amortir les chocs externes. Le repli rapide des exportations allemandes pourrait inciter le gouvernement à soutenir la demande interne limitant ainsi le risque de repli trop fort de l’activité. La zone Euro pourrait ainsi trouver une voie de sortie sans se reposer uniquement sur les mesures de sa banque centrale. Cela serait en outre plus efficace.

Croissance: le village gaulois résiste

La note de conjoncture de l’INSEE cale de façon plus précise les attentes de l’institut de statistique sur l’allure du premier semestre 2019.
L’activité progresserait de 0.4% au premier et au second trimestre. L’INSEE a légèrement révisé à la hausse son chiffre du deuxième trimestre.
L’acquis pour 2019 serait ainsi de 1.1% à la fin du premier semestre. Pour atteindre la prévision du gouvernement à 1.4% (indiquée par Bruno Le Maire alors que dans la loi de finance la prévision est à 1.7%) il faut qu’à chaque trimestre la croissance du PIB soit de 0.4%. Ce chiffre est aussi celui publié récemment par la Banque de France.


L’articulation de la prévision de l’INSEE se cale sur deux éléments.
Le premier est le rebond de la demande interne au cours des premiers mois de 2019. Sur ce point, tous les experts sont d’accord. Les mesures qui ont été prises sur le pouvoir d’achat devraient être un soutien à la consommation des ménages. Le rythme de progression de celle ci passerait ainsi d’un chiffre moyen par trimestre de 0.125% en 2018 à 0.5% au premier trimestre et 0.4% au deuxième.
Le deuxième élément du cadre dessiné par l’INSEE est celui de l’environnement international. L’institut considère que l’inflexion observée à la fin de 2018 est un trou d’air et que l’environnement va rapidement se rétablir et permettre de retrouver une allure robuste. La demande adressée à la France est inchangée par rapport à la note de conjoncture de décembre. Et c’est un chiffre plutôt solide puisqu’elle progresse de 0.7% au premier trimestre et 0.9% au deuxième alors que le chiffre moyen pour 2018 était de 0.5% par trimestre.
Si effectivement le fort ralentissement du dernier trimestre, qui a conditionné la forte révision à la baisse des prévisions de l’OCDE (de 1.8% à 1% pour la zone Euro) et de la BCE (de 1.7% à 1%), ne se prolonge pas et même s’inverse la conjoncture peut être solide.
Une telle conjecture implique une allure plutôt robuste des exportations puisque le commerce mondial retrouve une trajectoire plus solide. Cela implique aussi un rebond de l’investissement des entreprises qui voient les perspectives de demande s’améliorer et qui profitent des avantages financiers (baisse de charges) pour investir.
Si le choc global est persistant alors l’allure des exportations est moins soutenue et l’investissement est moins dynamique, l’amélioration des conditions financières ne sont que des conditions permissives mais pas décisives lorsque la demande est médiocre.
L’allure de l’emploi sera aussi conditionné par le caractère persistant ou pas du choc.

Si l’on fait l’hypothèse d’un choc plus persistant en provenance du reste du monde alors les chiffres sont moins robustes au delà du saut du premier trimestre et sans être catastrophique la croissance tend vers 1.1- 1.2% et cela ne suggère pas nécessairement une réaccélération de la croissance en 2020 comme le suggère la Banque de France.
L’élément clé sera donc la dynamique globale au-delà des effets budgétaires de court terme liées aux mesures gouvernementales. La Fed, l’OCDE et la BCE s’interrogent sur l’allure que cette dynamique mondiale pourra avoir. La Fed ne veut plus prendre d’engagements (sur l’allure de ses taux d’intérêt et sur la réduction de son bilan) afin de pouvoir répondre à un possible choc global sans avoir les mains liées. Mais la France résiste à cette humeur chafouine.

Sur les premiers mois de 2019, la conjoncture dépendra largement de la demande interne et donc des mesures prises par le gouvernement sur le pouvoir d’achat. Une conséquence immédiate est que le gouvernement ne pourra s’engager dans une politique de réduction des dépenses publiques, étape préalable à une baisse crédible de la fiscalité. Une politique de réduction des dépenses annihilerait les mesures de soutien. Le déficit public restera donc élevé, probablement au mieux autour de 3.5% en 2019.

L’INSEE attend un rebond modéré de l’activité en 2019

La note de conjoncture de l’INSEE fait l’hypothèse que la conjoncture française n’est pas affectée durablement par la crise sociale du 4ème trimestre. L’allure de la croissance au cours du premier semestre 2019 est finalement cohérente avec celle observée depuis 2013 en dehors de l’année exceptionnelle de 2017.
On peut constater ce « retour à la normale » en observant sur le graphe la variation d’un semestre sur l’autre de l’évolution de l’activité économique mesurée par le PIB. L’allure est, à nouveau, proche de celle d’avant 2017, la croissance est proche de son potentiel.
Dans les chiffre, la croissance moyenne serait de 1.5% en 2018 et l’acquis à la fin du premier semestre de 2019 serait de 1%.