Toujours des inquiétudes sur l’investissement des entreprises

L’allure des commandes de biens d’équipement en Allemagne, au mois de mars, suggère un ralentissement supplémentaire de l’investissement dans les pays de l’OCDE au cours des prochains mois. Les commandes se replient de 5.9% sur un an et cet indicateur est bien corrélé avec le profil de l’investissement des pays de l’OCDE.

Cette inflexion des commandes est globale. Le rebond constaté en zone Euro est limité puisque sur un an le repli des commandes est encore de -6.5%. Le reste du monde n’a pas non plus une allure encourageante.

C’est pour cela que je m’interroge sur le profil de l’investissement dans l’industrie manufacturière et publié hier par l’INSEE. L’attente est une hausse de 11% en 2019 après 0% en 2018. Cela parait excessif puisque dans l’enquête l’investissement ralentirait au deuxième semestre. Cela veut dire que le premier semestre est très fort. Ce n’est pas forcément compatible avec ce que l’on constate dans l’allure de l’investissement des entreprises non financières au premier trimestre.
L’enquête est probablement un peu trop optimiste au regard aussi des commandes de biens d’équipement qui continuent de se contracter en avril 2019. Je n’imagine pas la France faire cavalier seul alors que le reste du monde est plutôt en phase de ralentissement de l’investissement.

Un choc persistant sur l’économie mondiale – Ma chronique hebdo

Depuis l’automne, les inquiétudes et les incertitudes sur l’activité globale s’intensifient. Le repli rapide du commerce mondial traduit ce changement d’allure. De 4% de progression annuel en septembre 2018, son profil est désormais négatif avec, en janvier, une contraction de -0.4%. C’est ce renversement qui a provoqué les inquiétudes de l’OCDE et de la BCE les amenant à fortement réviser à la baisse leurs prévisions de croissance notamment en zone Euro.

Au cœur de la question conjoncturelle est celle du caractère permanent, persistant de ce choc. Sur ce point, il y a deux arguments qui sont liés et un troisième.

L’explication politique de ce repli est un premier point. Les contraintes tarifaires sur les échanges posées par la Maison Blanche ont modifié l’équilibre du commerce entre les USA et la Chine. Cela s’est traduit par un repli rapide des échanges en Asie depuis le début de l’automne. C’est le facteur principal du repli du commerce mondial. En visant la Chine directement, Donald Trump pénalise l’ensemble de la zone.

L’autre point est l’incertitude provoquée par le choix politique de la Maison Blanche. Incertitude sur la dynamique des échanges puisque les contraintes mises en œuvre sont accompagnées de menaces portant sur de nouvelles mesures tarifaires. Cela s’observe par exemple sur l’automobile allemande qui pourrait faire l’objet d’un droit de douane à 25%. La nouvelle menace américaine porte sur 11 milliards d’exportations européennes vers les US en raison de subventions européennes à Airbus. Ceci doit être tranché par l’OMC mais cette menace est renouvelée alors que Boeing est en difficulté avec le 737 Max.

Cette situation pourrait trouver rapidement une issue si un accord commercial était signé d’abord entre les USA et la Chine. Cela fixerait de nouvelles règles abaissant tout d’un coup l’incertitude. Les investisseurs ont envi de croire à ce développement pour retrouver les conditions d’une expansion durable. Cela parait cependant peu probable car les enjeux entre les deux pays portent sur le leadership technologique et aucun des deux ne voudra céder à l’autre ce qui serait admettre sa supériorité. Cependant, le regard nouveau de la Maison Blanche vers l’Europe suggère que le dossier des échanges internationaux n’est pas clos à Washington DC.

Ralentissement inéluctable en Chine – Ma chronique hebdo

Ce post est disponible ici  Ma chronique du 28 janvier

La croissance chinoise pour l’année 2018 a, de nouveau, ralenti. Elle s’est inscrite à 6.6% en moyenne sur l’année contre 6.9% en 2017.
Le chiffre est toujours respectable mais c’est le plus bas depuis 1989 et 1990 comme le montre le graphique. La moyenne sur 10 ans, voisine de 8%, est aussi au plus bas. Le rythme de 10 % de progression de l’activité qui avait caractérisée l’économie chinoise est désormais du passé. L’attente d’un retour vers ce chiffre est illusoire. L’économie chinoise change créant ainsi les conditions d’une croissance plus lente. 

Un enjeu global fort
Ce ralentissement de la croissance chinoise est souvent perçu comme une alerte pour la croissance mondiale. Celle-ci, très dépendante des pays développés pendant toute la période d’après seconde guerre mondiale, est désormais conditionnée par la situation en Chine.  Là-bas, l’expansion y a été exceptionnelle depuis le début des années 90. Elle a été une source d’impulsion forte et durable pour l’ensemble de la planète.

Ce changement de moteur de croissance, la bascule des pays développés vers la Chine, est d’autant plus nécessaire que, depuis 2008 notamment, la croissance potentielle des pays développés s’infléchit. Pour tous, des USA à la France, la croissance susceptible de s’inscrire dans la durée sans engendrer de déséquilibres permanents est plus réduite qu’avant la crise de 2007. Aucun de ces pays n’est capable de créer de façon endogène une croissance forte et autonome. La Chine a été capable de créer une impulsion dont a pu bénéficier l’ensemble de l’économie globale en lieu et place des économies développées et notamment des Etats-Unis.

La Chine a réussi à créer les conditions d’une croissance plus forte pour tous dans la durée soit en créant une concurrence nouvelle et compétitive sur les marchés occidentaux, soit en développant des relations avec les autres pays émergents (Asie, Afrique, Latam) soit en attirant des capitaux pour bénéficier de la croissance chinoise même si c’était au coût de transferts de technologie.

Selon les données du FMI exprimées en dollars courants, le poids du PIB chinois dans le PIB mondial est passé de moins de 2% en 1991 à 6% à la veille de la crise de 2007 mais à 16% en 2018. L’accélération est spectaculaire avec un poids équivalent à celui de la zone Euro.

Mesuré en parité de pouvoir d’achat (pour avoir un système de prix et de taux de change plus cohérent que dans la mesure exprimée en dollar), le PIB chinois est plus important que celui des USA depuis 2014 déjà et que celui de la zone Euro depuis 2011.
D’une manière générale, la hausse du poids de la Chine s’est faite au détriment principalement de l’Europe et du Japon alors que les USA conservaient un poids considérable. C’est aussi pour cela que les tensions liées au leadership technologique sont un enjeu sino-américain excluant l’Europe. Celle-ci n’a pas réussi à accompagner de façon satisfaisante le rapide développement du pays de l’Empire du Milieu.

Un dernier point à avoir à l’esprit, les importations chinoises représentaient, en 2017, près de 80% des importations américaines. Un choc interne chinois pesant sur les importations du pays aurait des conséquences proches de celles d’un choc sur la demande interne US et donc sur ses importations. L’impact global d’un choc sur la croissance chinoise serait plus proche qu’on l’imagine de l’impact d’un choc sur la croissance américaine.

Les atouts de la croissance française

La croissance de l’économie française va s’accélérer en 2017 et 2018. Elle profitera d’un environnement global plus porteur que l’on peut noter par la hausse du commerce mondial depuis quelques mois. Elle bénéficiera aussi d’une situation de la zone Euro telle que l’on ne l’a pas connu depuis longtemps. Le profil de l’activité s’accélère au sein de tous les pays de la zone, même en Italie, et les chefs d’entreprise sont désormais beaucoup plus optimistes qu’il y a encore quelques mois.
La situation de la zone Euro est aussi caractérisée par la neutralité de la politique budgétaire désormais et par une politique monétaire qui restera accommodante encore un bon moment. Cela veut dire que tant que l’inflation restera bien inférieure à l’objectif de 2% fixé par la BCE, celle-ci ne modifiera pas sa politique monétaire. En outre comme il n’est pas anticipé que le prix du pétrole remonte vivement il n’y aura pas d’accélération de l’inflation et de ce fait les taux d’intérêt longs resteront encore à un niveau très bas. Ce cadre favorise la prise de risque et dope l’envie d’investir.
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La nouvelle géographie…. – Ma chronique pour Forbes

Ma chronique hebdomadaire publiée sur http://www.forbes.fr  est disponible ici
Le thème cette semaine porte sur la nouvelle géographie de la production mondiale.

« La géographie de l’économie mondiale a changé de façon spectaculaire depuis 2008. Jusqu’alors la puissance des Etats-Unis, mais aussi de l’Europe, permettait d’appréhender le jeu avec l’Asie comme presque équilibré.

Cette dernière, sous l’impulsion de la Chine, voyait sa part progresser rapidement dans l’économie globale, mais les pays développés avaient encore la capacité de contenir cette dynamique. Le marché asiatique n’était alors pas suffisamment développé et le pouvoir d’achat était insuffisant pour en faire une zone autonome en matière de croissance. En outre les produits, notamment de Chine, ne disposaient pas encore des qualités et de la technologie souhaitées. Dès lors, le développement de l’Asie était conditionné par celui des pays occidentaux.

Ce n’est désormais plus le cas….. »

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