Trump et la Federal Reserve

Donald Trump a encore récemment tancé la Federal Reserve pour le biais haussier dans la gestion de sa politique monétaire. La hausse des taux d’intérêt pénaliserait la croissance américaine. C’est un peu osé au regard de la politique budgétaire menée par la Maison Blanche.
Le graphique ci-dessous montre l’évolution du taux de chômage américain et du solde des finances publiques mesuré en pourcentage du PIB.
Le graphe montre que sur près de 60 ans, les deux indicateurs ont la même allure. L’allure de chacun est une représentation du cycle américain. Lorsque l’activité est forte alors le taux de chômage recule. Dans le même temps, les recettes fiscales progressent alors que les dépenses de soutien à l’activité sont plus réduites provoquant une amélioration du solde budgétaire. Ce double mouvement a toujours bien fonctionné, y compris lorsque Ronald Reagan relance l’économie au début des années 80.  A la fin des années 90, le surplus budgétaire est aussi une illustration de ce mouvement et de la volonté de mettre en place une politique d’austérité par Bill Clinton afin de disposer de marges de manœuvre en cas de retournement du cycle. C’était plutôt malin.

L’exception est la période actuelle. Le cycle est robuste comme en témoigne la baisse du taux de chômage à 3.7% en septembre 2018 (le plus bas depuis 1969). Pourtant l’allure du solde des finances publiques ne se réduit pas. Au contraire il se dégrade sous l’impulsion de la politique mise en oeuvre par Donald Trump. Le déficit public est proche de 5% alors que le cycle économique aurait dû entraîner une réduction significative du déficit public. Le gouvernement relance ainsi l’activité alors que l’économie est au plein emploi.
Il est, en conséquence, raisonnable pour la Fed de contrebalancer cet excès pour éviter l’apparition de déséquilibres persistants. On ne peut pas exclure que la politique budgétaire en accentuant la demande interne se traduise par une hausse significative de l’inflation et par un déséquilibre extérieur plus fort en dépit des mesures protectionnistes prises par la Maison Blanche (La hausse de la demande est forte (baisse d’impôts et hausse des dépenses) et l’offre n’a pas le temps de s’ajuster ce qui se traduit par une hausse des importations).
La Fed, par la voix de son président, Jay Powell, a clairement indiqué que cette politique n’était pas soutenable à moyen terme et qu’il était nécessaire de la contrebalancer. C’est pour cela que la banque centrale US monte ses taux d’intérêt et elle a raison. Elle emmène l’économie US sur une trajectoire plus soutenable à moyen terme.
Le risque est qu’en cas de choc négatif fort sur l’économie, les marges d’ajustement de la politique budgétaire soient nulles. Avec un déficit public déjà important avant le choc, il ne sera plus possible d’accroître le déficit budgétaire, ni de mettre en place un plan de relance comme celui mis en place par Obama en 2009. L’économie US serait alors fragilisée dans la durée. La politique de Trump profitera ainsi aux mieux-lotis qui tirent avantage de la baisse d’impôts alors que le coût de cette politique est mutualisé via la hausse de la dette publique qui en a résulté. Ce sera d’autant plus inéquitable dans la durée que certains, dans le camp républicain s’alarment du niveau de la dette publique et réclame une baisses des dépenses sociales pour la rendre soutenable à moyen terme. L’équité ne se traduit plus en américain pour l’instant. deficitpublic-txchomageUS.png

Dette publique française à 100% du PIB – Ma chronique du lundi

Mon post en format pdf est Ma Chronique du lundi 1 Octobre 2018

La dette publique française est proche de 100% du PIB. Est-ce vraiment préoccupant?
Non, il ne faut pas en exagérer l’importance. L’INSEE en intégrant la dette de la SNCF a fait sensation puisque la dette publique mesurée en pourcentage du PIB a passé le niveau de 100% au cours de l’année 2017. Ce n’est plus le cas. Au 2ème trimestre de 2018 la dette publique ne représentait plus que 99% du PIB.
On observe deux périodes sur le graphe représentant cette série: avant et après la crise de 2008. L’Etat, en accroissant son émission de dette, a facilité l’ajustement macroéconomique en mutualisant dans le temps le choc subi par l’économie française.
Ce que l’on remarquera est qu’il y a une dérive à la hausse après 2010. Ce point n’est pas spécifique à la France et reflète une croissance plus lente de l’économie française dans la durée alors que son système social ne s’est pas adapté à cette nouvelle évolution. La dérive de la dette publique traduit la lente vitesse d’ajustement des institutions françaises.
En d’autres termes, la dette publique permet de mutualiser les chocs et c’est son rôle principal mais elle dérive lorsque l’économie tarde à s’ajuster à de nouvelles conditions économiques.dettemaastrichtFrance.png

Le seuil de 100% du PIB c’est ennuyeux ou pas ?
Cela a un caractère impressionnant et c’est symbolique mais ce n’est pas forcément une source pénalisante pour la dynamique de l’économie. Le Japon, dont la dette publique représente 240 % de son PIB, est le pays qui se sort le mieux de la crise si on regarde le PIB par tête. Je n’ai pas le sentiment que le Japon soit en faillite. Lire la suite

Quand les banquiers centraux deviennent procycliques

La croissance ralentit à l’échelle globale, c’est ce que suggèrent les différentes enquêtes menées auprès des chefs d’entreprise mais aussi l’allure moins rapide du commerce mondial. C’est à ce moment là que les banquiers centraux ont décidé de changer le profil de la politique monétaire passant d’un biais accommodant à un biais plus restrictif.
La croissance de 2017 à l’échelle mondiale était la résultante d’une politique monétaire globalement accommodante. Cela avait permis de renforcer la demande domestique au sein de chaque pays et de redynamiser le commerce mondial.
Avec le biais plus restrictif sur la politique monétaire, le risque est de peser encore davantage sur une conjoncture moins dynamique et de donner à la stratégie des banques centrales un caractère procyclique non nécessaire. Le risque est d’infléchir encore davantage la dynamique de l’économie et de peser sur l’emploi.
La justification d’un tel biais ne peut être une accélération de l’inflation puisque celle ci résulte de la hausse du prix de l’énergie et pas du tout de tensions au sein de l’économie. Dans une telle configuration les banquiers centraux doivent être neutres.

L’analyse de ce biais restrictif non nécessaire est développée dans mon blog anglais ici

Stratégie de la Fed, dollar et marchés émergents

Sur mon blog anglais je reviens sur la stratégie de la Fed et la nécessité pour elle de remonter ses taux d’intérêt pour éviter de trop importants déséquilibres résultants de la politique budgétaire trop accommodante de la Maison Blanche.
La divergence avec les taux de la BCE est impressionnante et devrait se traduire par une appréciation supplémentaire du billet vert. La conséquence est une plus grande fragilité des pays émergents. La hausse des taux courts US et celle du dollar ont fortement réduit l’intérêt du carry trade. Cela se traduit par d’importantes sorties de capitaux et une réduction de la liquidité sur les marchés émergents. La crise là bas n’est pas terminée.
L’article est disponible ici
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