Un choc persistant sur l’économie mondiale – Ma chronique hebdo

Depuis l’automne, les inquiétudes et les incertitudes sur l’activité globale s’intensifient. Le repli rapide du commerce mondial traduit ce changement d’allure. De 4% de progression annuel en septembre 2018, son profil est désormais négatif avec, en janvier, une contraction de -0.4%. C’est ce renversement qui a provoqué les inquiétudes de l’OCDE et de la BCE les amenant à fortement réviser à la baisse leurs prévisions de croissance notamment en zone Euro.

Au cœur de la question conjoncturelle est celle du caractère permanent, persistant de ce choc. Sur ce point, il y a deux arguments qui sont liés et un troisième.

L’explication politique de ce repli est un premier point. Les contraintes tarifaires sur les échanges posées par la Maison Blanche ont modifié l’équilibre du commerce entre les USA et la Chine. Cela s’est traduit par un repli rapide des échanges en Asie depuis le début de l’automne. C’est le facteur principal du repli du commerce mondial. En visant la Chine directement, Donald Trump pénalise l’ensemble de la zone.

L’autre point est l’incertitude provoquée par le choix politique de la Maison Blanche. Incertitude sur la dynamique des échanges puisque les contraintes mises en œuvre sont accompagnées de menaces portant sur de nouvelles mesures tarifaires. Cela s’observe par exemple sur l’automobile allemande qui pourrait faire l’objet d’un droit de douane à 25%. La nouvelle menace américaine porte sur 11 milliards d’exportations européennes vers les US en raison de subventions européennes à Airbus. Ceci doit être tranché par l’OMC mais cette menace est renouvelée alors que Boeing est en difficulté avec le 737 Max.

Cette situation pourrait trouver rapidement une issue si un accord commercial était signé d’abord entre les USA et la Chine. Cela fixerait de nouvelles règles abaissant tout d’un coup l’incertitude. Les investisseurs ont envi de croire à ce développement pour retrouver les conditions d’une expansion durable. Cela parait cependant peu probable car les enjeux entre les deux pays portent sur le leadership technologique et aucun des deux ne voudra céder à l’autre ce qui serait admettre sa supériorité. Cependant, le regard nouveau de la Maison Blanche vers l’Europe suggère que le dossier des échanges internationaux n’est pas clos à Washington DC.

L’activité globale s’essouffle en zone Euro – Vif repli du secteur manufacturier

L’activité mesurée par les enquêtes Markit en zone Euro est en ralentissement au mois de mars. Elle progresse mais à un rythme plus faible qu’en février. Sur le premier trimestre de 2019, la moyenne de mon indice synthétique est de 51 à comparer au chiffre de 52.6 constaté au dernier trimestre de 2018. Le secteur manufacturier subit le choc du commerce mondial notamment via l’Allemagne. Ce choc négatif et persistant va continuer de pénaliser la zone Euro.

Les situations de la France et de l’Allemagne sont hétérogènes. Les secteurs manufacturier et de services sont au-dessous du seuil de 50 en France alors qu’en Allemagne la chute du secteur manufacturier est compensée par la bonne tenue de l’indice des services (très au-delà du seuil de 50).
La bonne tenue de l’indice de la zone Euro traduit aussi des situations plus robustes en Italie et en Espagne.

La situation sur le secteur manufacturier se dégrade très vite en zone Euro.
L’indice se contracte rapidement et est au plus bas depuis avril 2013.
L’Allemagne voit son activité du secteur se contracter très rapidement en phase avec l’allure récente du commerce mondial. C’est sûrement ce point le plus ennuyeux pour la zone euro car cela traduit un choc négatif persistant. Ce choc ne concerne pas que le secteur de l’automobile.
La situation française dans le secteur manufacturier n’est pas enthousiasmante.

La production industrielle se contracte en zone Euro

Avec le repli de -0.9% de décembre, la production industrielle de la zone Euro recule de -5.3% sur le dernier trimestre (taux annualisé) et de -2.1% sur un an.
Le ralentissement du commerce mondial est une explication que le ralentissement européen a accentué.

On dispose désormais d’une image plus complète de l’activité industrielle en 2018. Les US s’en tirent bien, le Japon est toujours très volatil mais l’Europe se replie rapidement, faute d’une dynamique interne capable de compenser les chocs extérieurs. On retombe toujours sur cette éternelle question d’une dynamique coordonnée pour aller mieux. La dépendance aux impulsions du reste du monde est désormais trop importante et cela est très préoccupant

Inflation en repli et activité en berne en janvier

Le taux d’inflation en zone euro ralentit encore au mois de janvier s’inscrivant à 1.4% après 1.6% en décembre 2018.
La principale raison de ce repli est à chercher dans la moindre contribution du prix de l’énergie. De 1% en octobre cette contribution est passée à 0.25% en janvier. Cette contribution va continuer de se contracter pour devenir négative au cours du premier trimestre. Cela traduira simplement le fait que le prix du pétrole en 2019 est plus bas que le prix enregistré en 2018.

Les indices d’activité en zone Euro ont continué d’envoyer le signal d’une activité réduite dans le secteur manufacturier. L’indice pour la zone Euro s’est ainsi inscrit à 50.5 en janvier soit une quasi-stagnation de l’activité par rapport à décembre. L’indice allemand est marginalement en-dessous du seuil de 50 alors que les indicateurs français et espagnol rebondissaient de façon modérée.
Ce ralentissement de l’activité manufacturière va continuer de peser sur la dynamique du commerce mondial. La zone Euro a depuis quelques mois une contribution négative. La zone Euro qui est un partenaire commercial majeur de nombreux pays émergents n’envoie pas un signal fort ni une impulsion positive.